Zoom sur le dernier Rachid Taha

 

zoom rachid taha

Rachid Taha a encore frappé fort et demeure politiquement engagé dans un album résolument rock !

Dire que dans son dernier album, Rachid Taha allie culture orientale et occidentale relève un peu du pléonasme : il fait de la musique hybride depuis toujours. Mais la formule est loin de s’user avec le temps, et n’en fait pas moins l’écoute répétée de Zoom une expérience des plus excitantes!

Chaque piste du disque trouve une façon d’unir l’Arabe ou le Maghrébin au Caucasien. Les instruments gharbi se tournent d’abord vers le chaâbi le temps de « Wesh N’Amal », où l’oud de Hakim Hamadouche fait une course folle avec la guitare américaine de Justin Adams, puis vers le charqi via « Zoom Sur Oum », où le texte français est chanté en compagnie de violons jouées à l’égyptienne. Un autre beau métissage arrive dans le morceau raï/punk « Khalouni », surtout quand les bruits de guitare électrique miment le mélisme de Cheba Fadela.

Quant aux thèmes, si Rachid dit les avoir traités depuis toujours, ils paraissent aujourd’hui plus légitimes que jamais. Dans « Ana », Taha se dit de toutes les saisons (« ana rabi3, ana chta, ana saïf, ana khrif »), une allusion directe aux mouvements arabes de 2011. Pareil pour la nouvelle version rock de l’antixénophobe « Voilà Voilà ». Qui croirait qu’une chanson si actuelle date pourtant d’il y a vingt ans?

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Les nombreux featurings forment une des autres forces de l’album. Le sample d’ « Enta Oumri » d’Oum Kalthoum est une indéniable accroche, même si la chanson en contient une autre : la césure « Je zoom-me, sur Oum-me »qui donne à l’auditeur l’impression de trébucher. Brian Eno s’occupe en grande partie du final, y compris le chant du couplet ironique « the foreigners, they are the cause of all our problems everywhere ». Et il y a la voix fifties de Jeanne Added dans la reprise orientalisée d’Elvis Presley. Mais là encore, la clé de la chanson se trouve dans les vers antithétiques de Rachid : le duo chante en même temps « m3aq toul 7ayati » (je serai là pour toujours) et « tomorrow will be too late » (demain, ça sera trop tard). Puisqu’il faut être bilingue pour le comprendre, le morceau serait-il une métaphore des quiproquos interculturels?

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Mais de toute manière, les plus grands moments sont composés et interprétés par Rachid à lui-seul. Impossible de passer à côté du mizmar synthétisé dans « Jamila », traitant d’une victime du mariage arrangé. La piste doit aussi son charme à la guitare électrique et aux chœurs de Mick Jones, avant que les clappements ne laissent place au dénouement tragique : le suicide (« Jamila qetleth rou7ha »), et Rachid d’ajouter « Jamila, kayn bezzaf, hadl quissa machi men qadim ezzaman » (« il y a plusieurs autres Jamila, ce conte ne date pas d’il y a très longtemps »).

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Le dansant « Fakir » constitue l’autre morceau phare du disque : la trompette du folklore européen se transforme tour à tour en mizmar maghrébin et Rachid Taha y fait un peu de pub : « l’dernier album ta3 Rachid Taha, sem3ou lli masme3tou chay ». Tout est dit, allez vite l’écouter si ce n’est pas encore fait!

Note : 8,5/10

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