ZERO, un air de déjà vu

ZERO, c’est l’histoire d’Amine Bertale, un homme meurtri, malmené par la vie. Son quotidien se résume à des humiliations constantes, venant d’un père dictateur ou de  supérieurs rongés par la corruption… La société toute entière semble le mépriser, faisant de lui un être lâche et résigné, anti-héros par excellence. On lui a toujours répété qu’il ne valait rien, et il a fini par y croire.

Flic miteux le jour, ZERO est avant tout un oiseau de nuit. Il passe ses soirées à boire du mauvais alcool de contrebande et à écumer les cabarets des bas fonds casablancais. Avec Mimi, une jeune prostituée attendrissante de 22 ans dont il a fait sa petite protégée, ils forment une équipe de choc et usent de combines véreuses pour arrondir leurs fins de mois.

Deux rencontres vont le secouer et le pousser à sortir de son marasme, deux femmes très différentes qui vont pourtant susciter en lui l’envie de se battre. La première est la ravissante  Kenza, médecin bourgeoise dont il fait la connaissance à l’hôpital. Ensemble ils vivront une belle idylle, le choc des cultures donnant parfois lieu à des scènes poétiquement absurdes. La seconde est une mère de famille démunie errant dans cette ville tentaculaire en quête de sa fille disparue, qui saura le toucher et ainsi déclencher sa mue en héros.

Dans son second long métrage dédié à Casablanca, Noureddine Lakhmari poursuit son exploration nocturne de la métropole. Il l’exhibe encore une fois dans sa réalité crûe, en souligne la noirceur et la beauté sulfureuse. Sous cette couche de crasse et de misère, se révèlent des acteurs poignants à l’image d’un extraordinaire Mohamed Majd jouant le père de ZERO, dont la colère contre la terre entière jaillit par tous les pores. Mais l’on se laisse surtout surprendre par un nouveau talent qui bousculera sans aucun doute le cinéma marocain… Younes Bouab (le grand frère d’Assaâd) dans son premier grand rôle devant la caméra. Il porte le film sur ses épaules, incarnant avec justesse un ZERO aux fêlures profondes, d’abord broyé par ce violent mépris qu’il subit continuellement, puis s’élevant contre lui.

Une mention spéciale également au tatoueur obsédé par les papillons, personnage complexe autour duquel j’imaginerai bien se construire un film.

Verdict, malgré certains points positifs et un casting bien choisi, le film m’a laissée sur ma faim… Noureddine Lakhmari ne s’est pas vraiment aventuré à changer les ingrédients d’une recette qui marche, au risque de susciter chez le spectateur une impression de déjà vu. On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec Casanegra : une pléthore de personnages dont certains très clichés, les mêmes tabous, une esthétique identique… Le scénario est certes différent et intéressant, mais je pense que le réalisateur s’est un peu perdu à trop vouloir mettre en avant les personnages. Au final on se retrouve face à des histoires qui se superposent parfois sans lien entre elles, à défaut d’un fil conducteur épuré de tout superflu.

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