Vous avez dit « Culture » ?

  • Etc 
  • mercredi 27 juillet 2011 à 19:58 GMT

« Égalité », un grand concept, débattu, célébré, défendu, et souvent assimilé exclusivement  aux notions de justice sociale, de parité homme et femme ou encore d’égalité devant la loi et la justice. L’on oublie souvent un volet, non moins important, qui concerne la culture, et l’égalité d’accès à ce bien de l’Humanité.

Tout d’abord je tiens à préciser que mon propos n’a pas pour but de remettre en cause un certain déterminisme social, étudié par de nombreux sociologues, qui tentent de prouver qu’il y a une prédétermination sociale qui guide l’intérêt à la culture. Néanmoins je voudrais comprendre pourquoi deux siècles après que l’industrialisation des sociétés occidentales accompagnée de l’alphabétisation aient bouleversé toute l’organisation des sociétés pour mettre en place une culture de masse, au Maroc, encore aujourd’hui, l’accès à la culture reste toujours largement réservé à une petite élite.

Crédit photo: Lamiae Skalli

Sans même évoquer les problèmes d’alphabétisation que connaît notre pays, qui rend de facto de nombreuses œuvres artistiques inaccessibles. Concentrons nous juste sur les facteurs qui poussent la petite classe moyenne éduquée à s’en éloigner. Oui, parce que la diminution vertigineuse du nombre de salles de cinéma qui ne sont plus que 37 aujourd’hui alors qu’elles étaient de 280 il y a trente ans, la rareté des pièces de théâtre, l’inexistence des musées dans les villes du royaume seraient de bons indicateurs pour montrer que le citoyen marocain ne s’intéresse tout simplement pas à l’Art.

Mais ce serait beaucoup trop facile de se contenter d’énoncer cela, car si en Europe aujourd’hui il est commun de trouver des tarifs réduits pour les cinémas et musées pour faciliter l’accès au plus grand nombre, le Maroc a encore du chemin à faire pour ouvrir les portes de la culture de masse. Oui, je pense que la disparition des milieux institutionnels de diffusion de la culture (Cinémas, Théâtres …)  n’est pas due à un manque d’intérêt pour l’Art. Sinon comment peut-on expliquer l’extension du marché des films piratés (demandez à nos amis de Derb Ghalef), le renouveau de la musique marocaine, ou encore le nombre grandissant du public des festivals annuels? Si le peu de musées et de cinémas qui existent encore sont désertés par nos concitoyens c’est parce qu’ils ont recours à des moyens gratuits ou moins coûteux pour  accéder à la culture.

En effet, dans un pays où le SMIG est d’environ 2300 Dhs, peu ont les moyens de s’offrir une sortie au cinéma qui coûte 50dhs par exemple. L’Art est devenu un marché où quelques monopoles imposent des prix élevés, un marché marqué par ailleurs par un faible investissement étatique,  ce qui le rend exclusivement réservé à ceux qui en ont les moyens ; comment dès lors ne pas s’étonner du désintérêt des marocains pour la culture ?

Pour ne pas dresser un tableau noir de la situation, je préfère conclure en citant l’article 33 de la nouvelle constitution approuvée par 98.49% de la population, qui impose aux pouvoirs publics « de prendre toutes les mesures appropriées en vue d’étendre et généraliser la participation de la jeunesse au développement ­[..] culturel [..] du pays et de faciliter l’accès des jeunes à la culture, à la science, à la technologie, à l’art au sport et aux loisirs, tout en créant les conditions propices au plein déploiement de leur potentiel créatif et innovant dans tous ces domaines ». Une seule chose à rajouter : Ferjouna !