Vivre n’a jamais été plus difficile, avec Never Let Me Go

J’ai toujours pensé que les japonais figuraient parmi les meilleurs à retracer un parcours nimbé par l’absence, la solitude et la quête identitaire. Ce film n’est autre qu’une adaptation du roman de  Kazuo Ishiguro où ces trois règles resurgissent dans l’intrigue avec une fascinante voix glaciale, une susurration de fatalité qui rappelle à l’ordre et séduit par sa finesse et sa lugubre poésie. Tout ceci nous est livré par Mark Romanek qui, encore une fois, fera preuve de son génie de l’image avec des prises totalement envoûtantes, nous trempant dans un monde où horreur et tristesse se mêlent sans répit.

Ce film suit la vie troublée de trois « condamnés à mort » qui vivent dans le seul but de fournir leurs organes en donnation. Grandissant au sein de l’institution Heilsham avec la conviction qu’ils bénéficient d’une éducation garante de morale, ils se rendent compte -grâce à une enseignante trop vite répudiée pour avoir dévoilé la réalité où il seront jetés- que leur pensionnat n’agissait que dans un but purement égoîste, les préparant à être donneurs d’organes sans vie, sans ambition future. Ils sont donc confrontés à l’effroyable réalité qu’ils n’arrivent toujours pas à dénouer, essayant moult enjeux pour fuir leur destin ultime, grâce auxquels naîtra une relation amoureuse qui pourrait leur servir de sursis, d’échappatoire à l’enfer qui les attend. C’est ainsi que se noue un triangle amoureux qui sera sans doute source de dissection amicale, avant que chacun n’entreprenne son propre chemin, pour qu’ils se retrouvent enfin à un moment de défaillance brutale. Trois héros. Trois vies. Trois voix qui vont évoluer parallèlement, se disperser dans une sorte de subterfuge à cause d’un combat perdu d’avance, pour finalement se rejoindre sans rancune particulière, avec comme seuls ornements de leur vie macabre: le regret, l’amertume, et le désespoir. On y retrouvera une Carrey Mulligan (Kathy) plus pondérée et réservée que jamais, que ce soit dans ses manières ou ses paroles, une Keira Knightley (Ruth) imprévisible qui nous trouble avec son comportement effronté mais paradoxalement indécis, ainsi qu’un Andrew Garfield (Tommy) -qu’on a récemment vu dans dans The Social Network– qui nous surprend avec sa sensibilité naturelle et son caractère doublement émotif.

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Un monde brisé par l’effroi, la terreur, la brutalité de l’existence où il n’y a d’autre écho qu’une révolte opprimée par la servitude. Un univers kafkaîen où nous entraîne Kazuo Ishiguro pour nous faire réfléchir sur la fatalité du destin, la mort, le sacrifice, mais aussi l’amour et ses limites avec les enjeux capricieux de l’amitié. Un film poignant, où Mark Romanek nous bouleverse non seulement avec ses images choquantes, mais également avec une musique de Rachel Portman qui rythmera vos battements de coeur tout au long de l’histoire. Car il faut dire que ce qui fait la force de ce film, c’est la faiblesse dont il inocule le bacille dans chacun de nous, conscients qu’on est pas les seuls à en souffrir, mais aussi qu’on est loin d’en être perdants, puisqu’à la différence de nos protagonistes, nous continuons toujours à palper nos organes, rassurés par leur présence.

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