Une danse, une histoire #1: Les Aïssawas

Vous êtes vous jamais essayés à la transe, l’exutoire de toute l’oppression terrestre dans l’âme, cette catharsis qui délivre ses adeptes, l’espace d’une danse, de leurs maux matériels et les relie au divin, en une osmose libératrice ? La transe, c’est la quête des Aïssawas, l’une des plus antiques confréries sises au Maroc . Mais, au-delà de la spiritualité, leurs danses sont l’un des visages multiples de la culture et de l’art populaire marocain à la conquête duquel Artisthick part pour vous, afin de l’extirper des tréfonds de l’oubli dans lequel il commence à sombrer, supplanté par un Autre qui semble de plus en plus remplacer au lieu d’enrichir.

De premier abord, dans le souci d’en faire une expérience ludique, nous commencerons par les danses, et tout particulièrement les Aïssawas, en explorant, le moins monotonement possible, leur histoire et leur rite, dans la mesure de la non-érudition, de ce que tout marocain se doit de connaître.

les Aïssawas prennent souche donc à Meknès, de laquelle ils partiront pour asseoir leur rituel dans plusieurs autres villes comme Fès, Casablanca, Rabat, Salé, Oujda et, à plus petite échelle,  Agadir, Marrakech et Taroudant. Leur écho atteindra même d’autres cieux, dont  l’ Algérie, la Tunisie , la Libye , l’Égypte, la Syrie et le lointain Irak. Sur un plan artistique, leurs danses et chants  se verront aussi apprivoiser par d’autres styles, à l’image du cocktail Jazz-Aïssawa que nous avons vu lors du dernier festival du jazz in Chellah, qui a donné un résultat grandiose.
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Il faut dire que le rite actuel, ayant subi l’usure du temps et les dérogations successives, n’a presque du rite originel que le nom. Descendants de la Tariqa Chadhiliya, et disciples du Cheikh el Kamel, ni le chant ni la danse, encore moins les boucs noirs n’étaient du menu. S’inscrivant plutôt dans une optique d’ascèse soufie, les adeptes récitaient des litanies surérogatoires en glorifiant Dieu, et c’était tout.

Maintenant, de par les dépassements qui se sont fait observer, parfois à la lisière sinon au-delà du profane, on les place volontiers au plus bas de l’échelle confrérique, réduits au piètre état de fanatiques occultistes.

Lors des cérémonies, qu’elles soient publiques ou dans les ‘‘lilas’’ des sphères privées, les Aïssawas sont vêtus de ‘‘ handiras ’’, des tuniques rouges et blanches en laine et sans manches, sans nul besoin d’entretien et assez lourdes, pour ainsi être propices à l’évacuation des sueurs du ‘‘mejdoub’’ qu’elles catalysent de par leur forme et leur constitution.  Ils s’agencent  ainsi en une rangée devant le  »mqaddem », le maestro qui les dirige, balançant rythmiquement le buste et la tête dans un mouvement de va et vient  -avant et latéral-, cadencés par le jeu des savants bendirs et taarijas, des puissantes tirades  des raitas et n’fars nécessitant un souffle de chameau.

Difficile de trouver plus simple. Et pourtant, la danse et les chants, avec les traditionnels ‘‘Allah Dayem’’, la main dans la main et la tête virevoltant  dans tous les sens à en perdre toute conscience et tout repère, à cela de beau que, dans le simple, elle crée le merveilleux : toute la terre se dissout, exhalée dans chaque dodelinement, dans chaque goutte de sueur, dans chaque rire, dans la liesse générale caractéristique à ces danses. C’est que, comme disait Oscar Wilde, « Seuls les sens peuvent guérir l’âme […] » , et que l’effet ataraxique qui s’en suit rend hommage au corps, avili de tous temps, en en faisant l’accessoire de la quête du bonheur, de Dieu, en y érigeant l’autel ou l’âme renaît de ses cendres et se meut en une substance diaphane, mi-humaine, mi divine.
Voici donc, en vidéo, l’une de leurs performances:

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et dans un contexte plus festif:

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