Tyrant, la série américaine tournée au Maroc

 

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Cela flatte toujours les Marocains de savoir que leur pays est choisi parmi tant d’autres pour le tournage d’un film. Les oasis d’Ouarzazate tout aussi fertiles et intarissables que l’imagination de Ridley Scott ont toujours attiré le réalisateur britannique pour le tournage de ses plus grands chefs-d’œuvre cinématographiques,  on se rappellera volontiers de Gladiator et de Kingdom of Heaven pour ne citer qu’eux. Mais cette fois-ci ce sont les séries qui se bousculent pour les décors du « pays du soleil couchant » (Al-Maghrib). Après la série au succès planétaire Game of Thrones dont une petite partie à été tournée en 2009 entre les créneaux et merlons des bordjs portugais d’Essaouira, c’est la toute nouvelle série Tyrant des réalisateurs de Homeland qui vient poser ses caméras au Maroc en 2013. La toute première saison vient de s’achever cet été. Vous n’avez pas pu regarder la totalité des 10 épisodes ou bien vous n’avez pas encore entendu parler de Tyrant ? Ce n’est pas grave. Artisthick vous fait un bref retour sur cette série à gros budget.

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Tyrant c’est l’histoire d’un certain Bassem Al Fayeed qui a fui son pays natal pour la nation à la bannière étoilée où il fonde une famille et devient « Barry », pour l’instant tout va bien. A l’occasion du mariage de son neveu il revient au bercail et se voit forcé de prendre les rennes d’un pays car oui Barry qui jusque là a le profil d’un être normal est le fils d’un dictateur. Vous avez surement déjà fait le lien ; des dunes, des palmiers, on a tout pour le décor d’une dictature à la libyenne. A présent inutile de revenir sur le sens du titre de la série. En 2013, l’épisode pilote (15 millions de dollars à lui seul) est tourné à Rabat, à Tétouan et à Marrakech ;  la ville ocre dont la médina recèle de véritables joyaux éblouit par ses demeures resplendissantes aux zelliges ciselés que l’on peut voir sur la photo. Par ailleurs certaines scènes ne manquent pas de rappeler les patios éclairés du Palais Tazi à Rabat qui s’est autrefois prêté au tournage du film « Les Hommes libres » (2010) d’Ismael Ferroukhi. Outre les fastueux palais d’inspiration hispano-mauresque, les bidonvilles « slums » sont aussi partie intégrante du décor et s’inscrivent dans ce contraste social qui coïncide avec les demandes du scénario de Tyrant. Cependant, bien qu’étant particulièrement attractif pour sa stabilité, le Maroc n’est plus à l’honneur car l’équipe décide de poursuivre le tournage en Israël. En plein été 2014 la guerre éclate entre l’état hébreu et la branche armée du Hamas, les situations géopolitiques poussent cette fois l’équipe de tournage à déménager pour la Turquie.

Le Maroc fait ainsi face à une réelle concurrence, en plus des pays d’Europe de l’est, de l’Espagne, de l’Afrique de Sud, ces endroits offrent tous autant d’équipements et de décors propices mais à des prix bien plus bas et plus alléchants. Mais même au court de ce bref séjour de quatre semaines au Maroc, la société marocaine de production Sahara Productions chargée de l’organisation technique de la production de la série au Maroc est loin d’avoir chômé. La présence de l’équipe de tournage a permis la participation de nombreux techniciens du cinéma et de l’audiovisuel marocains.

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Cependant, la série n’échappe pas au crible des critiques. Série à gros budget à coup sur, elle est jugée un véritable fiasco pour certains. En effet, il va sans dire que malgré le fait que l’histoire se déroule dans un pays fictif du nom de Abbudin, Tyrant est une représentation stéréotypée des dictatures moyen-orientales. Gratte-ciel au milieu du désert, grosses cylindrées, palais aux  bulbes dorés à la très longue et oblongue entrée plantée d’équidistants palmiers, rien n’empêche de penser au très comique « The Dictator » (2012) de Larry Charles où s’accumulent les clins d’œil entre le pistolet en or de Kadhafi et la coiffe afghane de Karzai sur la tête du très ressemblant Ben Kingsley. Dans Tyrant, les femmes sont maltraitées, la violence est banalisée (incarnée par la figure du frère Jamal), où se créent involontairement peut-être des amalgames sur la société arabe. Le personnage de Barry, pédiatre aux Etats-Unis, ne manque pas de rappeler d’ailleurs le jeune étudiant en médecine Bachar el-Assad alors à Londres et qui succède plus tard à son père Hafez el-Assad. Dans la série on voit le soulèvement du peuple contre le régime, une révolution naissante non sans rappeler les vents du Printemps Arabe auxquels tente de résister le chef d’état syrien en ce moment. Série à succès ou échec embarrassant, la série ne demeure pas moins du point de vue cinématographique un bel ouvrage qui ne manque pas de beaux décors, une beauté que l’on doit entre autres aux sites historiques et aux riches paysages naturels du Maroc.