Touria Jabran, une femme hors pair

Une femme est l’amour, la gloire et l’espérance ;
Aux enfants qu’elle guide, à l’homme consolé,
Elle élève le cœur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilé

Jamais meilleur hommage ne fut fait à la femme que par la plume de Gérard de Nerval, à travers ces vers. En célébration de la femme, la meilleure création qui soit, celle qui illumine nos jours gris par sa simple existence, il se doit de rendre à toutes les femmes du monde tous les égards qu’elles méritent, en reconnaissance de tout ce qu’elles apportent à ce monde : l’enivrante beauté de la passante qui vous fait oublier l’espace d’une seconde l’oppression quotidienne du monde, la générosité philanthrope de l’amie sans qui moult n’auraient pas passé un seul bon examen, et surtout l’incommensurable amour de la mère qui, par une inhumaine abnégation, place son bonheur dans le votre, et vous fait  présent, chaque seconde que Dieu fait, de tout son être qui ne respire que pour exaucer vos moindres caprices.

Preux exemple de la femme marocaine , forte mais bienveillante, douce mais farouche au besoin, Touria Jabrane est l’effigie incarnée de l’artiste militante, par son art et ses actes. Du haut de ses 60 ans, elle en a vu de toutes les couleurs, de l’enlèvement suivi de torture dans les ‘‘goulags’’ de l’ancien makhzen dont elle a été victime en 1993 à  une investiture au  poste de Ministre de la Culture sous le gouvernement el Fassi en 2007, ou elle fut la pionnière en tant qu’artiste, contrastant avec les ‘‘ponts et chaussées-istes’’  et polytechniciens de l’époque puisque sans haut diplôme sinon celui du Conservatoire national du ministère d’État chargé des affaires culturelles et de l’enseignement originel, ni parti politique la soutenant. Au sortir de la cérémonie, elle baigne de bisous les journalistes, rompant de facto  avec le cliché du ministre, réservé et suffisant, sinon ventru à rendre  impossible jusqu’à  l’accolade. Ce geste témoigne aussi des qualités humaines de Saâdia Kryatif, son vrai nom qu’elle quittera pour celui de Jabrane, patronyme de son beau-frère bienfaiteur. En effet, Touria, engagée jusqu’à la moelle pour secourir l’homme, mènera une vie empreinte d’une touche d’humanisme continu à travers sa vocation, le théâtre: Initiée à l’âge précoce de 10 ans aux arts de la planche, elle fera partie de plusieurs troupes et étendra son travail à la télévision et au cinéma, collectionnant les succès tous azimuts, et profitant de sa présente notoriété pour promouvoir l’humanitaire, puisqu’elle fondera et appuiera plusieurs associations et organisations des droits de l’homme.

Tout ce panache, tout ce dévouement, toute l’excellence de son art lui vaudra, hormis les couronnements dans les festivals internationaux pour meilleur rôle, mentions spéciales et compagnie qu’elle engrangea à la pelle, feu le Roi Hassan II lui décernera le Wissam du mérite national, la France celui de Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres de la République Française, puis le  prix Vermeil de l’académie des « Arts-Sciences-Lettres » à Pari.s

Touria Jabrane a peut être quitté les feux de la rampe, mais elle continue, par l’œuvre de sa vie, à honorer la femme à laquelle le monde rend hommage aujourd’hui, pour que celle-ci, dans un esprit d’émulation, excelle comme elle l’a fait et inspire comme elle l’a fait.