« This is all yours » d’Alt-J : manifeste d’une nouvelle vague

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 Après « An Awesome Wave » paru en 2012, les anglais au triangle d’Alt-j (∆) sont de retour le 22 septembre prochain avec leur deuxième opus. Artisthick vous donne son avis.

La première chose qu’il faut dire sur ce nouvel album, c’est que « This is all yours » s’est fait à trois, car c’est amputé d’un de ses membres que le groupe a écrit, composé et enregistré son second disque. En effet, suite au rythme éprouvant des tournées et de la promo qui découlaient d’ « An Awesome Wave », le bassiste du groupe Gwil Sainsbury a décidé de quitter le groupe, décision apparemment acceptée paisiblement par le reste du groupe. C’est donc presque l’oeuvre d’un nouveau groupe que l’on vous présente aujourd’hui.

Suite au succès inattendu de leur premier album, les ∆ ne pouvaient pas se permettre de baisser le niveau sur leur deuxième album. Il faut avouer qu’ils ont plutôt réussi. Dès les premières notes d' »Intro » on reconnaît le style du groupe, un peu folk, un peu pop. Ce titre reprend dans l’ensemble les codes de l’album précédent et permet une transition en douceur. Evidemment ce titre annonce la couleur de cet opus, tantôt chaud, tantôt froid, et on ne sait plus sur quel pied danser. Comme d’habitude, ∆ réinvente les codes de la musiques et nous fait passer par toutes les émotions. On sent parfois une amertume, presque un goût de sang tandis que la minute d’après nous transporte dans l’euphorie d’un choeur endiablé.

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Ce qu’il faut encore dire de cet album c’est qu’il est conçu comme un album concept, il raconte dans chacun de ses morceaux une part de la violence amoureuse, comment l’amour peut faire souffrir. On comprend d’ailleurs cela avec le deuxième titre, « Arrival In Nara »: le groupe se serait inspiré d’une ville japonaise, Nara, où les cerfs se déplacent librement, pour en faire une métaphore sur la liberté, et plus précisément sur l’homosexualité. Le titre qui suit, Nara, continue sur ce thème, abordant même le sujet du mariage homosexuel. On entend ainsi dès le début les cloches d’une église, et bien qu’engagés, ces deux titres font la part belle au style ∆, toujours si caractéristique, bien qu’évolué. C’est l’extrait suivant, « Every Other Freckle » qui assoit le nouveau style du groupe, véritable hymne à l’amour bestial. C’est un morceau presque instinctif que l’on comprend dès le début. Le titre qui suit, par contre, paraît un peu inopiné pour un groupe comme ∆,  « Left Hand Free », morceau d’un style plutôt classique, reprend le style de la musique américaine, mais c’est à l’ironie qui en ressort que l’on comprend le lien avec le groupe. En effet, si le morceau reprend les codes de la musique américaine, il aborde aussi des thèmes propres au sujet, les armes. Toujours dans son thème de l’amour qui finit mal, le trio reprend une scène très courante du cinéma américain, l’adultère sanglant, un triangle amoureux qui finit par des coups de feu. Alors que le rythme est joyeux  et entraînant, c’est d’une problématique dramatique que l’on nous parle, d’où l’ironie.

   Suite à ce morceau, le groupe veut nous ramener sur son territoire avec un titre qui ne fait aucun doute: « Garden Of England ». Extrait encore une fois extrêmement éclectique, il s’agit tout simplement d’un morceau à la flute. S’en suit « Choice Kingdom », une simple ballade, un peu décevante quand on sait ce dont le groupe est capable, mais qui est encore une fois clairement du ∆.C’est  »Hunger of the pine » qui poursuit le voyage. Premier single de l’album, il est composé en progression, conçu comme l’apogée de la violence amoureuse, récit de l’insensibilité même, le titre s’y tient très bien.

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Encore une fois le style ∆ est marqué, ancré, martelé, et c’est en écoutant ce morceau que l’on se dit qu’il y a peu d’artistes capables de mélanger un sample de Miley Cyrus et une citation d’Alfred de Musset sans choquer.  »Warm foothills » poursuit l’album, titre encore une fois marqué d’un énorme triangle, car c’est à cinq voix qu’il est chanté. En effet, le morceau est composé de façon à ce que chacun des chanteurs dise ses paroles à la suite de l’autre. Malgré cet effort de construction, il faut encore avouer que l’on regrette ce que l’on pourrait presque appeler de la paresse (en espérant que ce ne soit pas de la suffisance) car venu d’un groupe tel que ∆. On aurait vraiment pu espérer bien mieux d’un morceau comme celui-ci. Suit  »The gospel of John Hurt », inspiré de la scène de la mort de John Hurt dans Alien, le morceau redonne un peu espoir, on se dit que ce qu’on aimait du premier album n’est pas complètement mort. Malheureusement, c’est  »Pusher » qui vient après, ballade un peu trop calme, lente, un morceau guitare-voix, un peu prétentieux. Et c’est le morceau le plus attendu de l’album qui arrive ensuite, « Blooflood part II », suite directe au « Bloodflood » d’ « An Awesome Wave ». Ce morceau nous rassure encore une fois: on n’a pas tout perdu du triangle adoré. Reprenant certaines paroles de Fitzpleasure, ce titre est un clin d’oeil au premier album, sans manquer la touche de celui-ci, un petit « assassin de la police » placé au bout d’une phrase. C’est peut-être celui la LE morceau de cet album, car  on ressent, encore une fois, l’intention du groupe, cette amertume, cette inondation de sang. Finalement, on y était entré, il fallait en sortir, « Leaving Nara » termine l’album sur une note plutôt optimiste sur l’avenir du groupe puisque qu’il continue de nous rassurer, comme le morceau précédent.

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Ce qu’il faut retenir de cet album, c’est qu’encore une fois Alt-J nous fascine, casse les a prioris de la musique, les codes de la musique pop ou indie, crée son style alors que tout autour la musique se ressemble de plus en plus. En effet, même si au bout de cet album on reste sur notre faim, il faut au moins reconnaître au triangle, le mérite d’être fidèle à ses idées, à son déf: créer une nouvelle musique, sortir de la simple électro en l’incluant dans un style plus large. Finalement, là ou « An Awesome Wave » était une démonstration, « This Is All Yours » est plutôt un manifeste.