Sur la planche : Tanger au devant de la scène

Sur la planche, premier long métrage signé Leila Kilani. Inconnue du grand public, elle ne cesse d’accumuler les succès depuis sa présentation l’année dernière à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. Le film sorti le 1er février sur les écrans français, a conquis le cœur du public par son énergie et l’incroyable vitalité de ses interprètes.

Sur la planche dépeint la détresse d’une jeunesse interprétée par un quatuor explosif de vingt printemps : Badia, Imane, Nawal et Asma qui refusent la voie qui leur a été tracée et rêvent d’un destin meilleur. Ce gang de jeunes filles insoumises se répartissent en filles-crevettes : Badia et Imane qui passent leurs journées à crever sous l’odeur tenace des crustacés qu’elle décortiquent, ensuite on a les filles- textiles Nawal et Asma, deux petites bombes sexy qui caressent une industrie aux grandes marques internationales. Ces deux bataillons réunis par le désir féroce de changer leur destin et passer en zone franche où l’on gagne plus proprement sa vie. Badia, l’une des  » filles crevettes  » interprétée avec une énergie folle par Soufia Issami, est la plus révoltée des quatre ouvrières, entrée dans une lutte sans merci avec soi même, inlassable et indomptable, déclare à voix haute sans folklore et avec une énergie désespérée d’une fille qui veut s’en sortir : « Je ne vole pas, je me rembourse. Je ne cambriole pas, je récupère. Je ne trafique pas, je commerce. Je ne me prostitue pas, je m’invite. Je ne mens pas. Je suis déjà ce que je serai. Je suis juste en avance sur la vérité : la mienne !  » Ce constat abrupt jacté à toute vitesse et scandé avec une rage gutturale qui bouleverse, fait mal et fait mouche.

Le tournage qui a débuté  fin décembre 2010 a été interrompu faute de manque de subventions et à cause d’une intoxication alimentaire dont a souffert Leila Kilani qui selon le magazine Télérama « ne lâche pas d’une semelle ses héroïnes en marche (caméra ultra mobile, bel éclairage hyper réaliste -le noir de la nuit contre le blanc de l’usine) », s’affirmant ainsi comme « une étonnante directrice d’actrices. Avec une volonté de fer, la réalisatrice a vu 320 filles avant de se décider pour ses actrices et finalement choisir les incroyables Soufia Issami, Mouna Bahmad, Nouzha Akel et Sara Betioui.

Leila déclare :  » Les actrices ne sont pas professionnelles. On les a filmées en rodage diesel, en équipe réduite avec mon compagnon chef opérateur Eric Devin, pour limiter les coûts de tournage ». Ce thriller social tourné à Tanger cette ville vampire qui se présente comme un nouvel espace à conquérir pour ces jeunes filles qui se retrouvent révolutionnaires, pas au sens politique du terme, mais qui cherchent tout de même à justifier les révolutions arabes en démontrant subtilement les prémices du printemps arabe en dénonçant le mal être d’une jeunesse dépitée par un pays n’offrant que peu d’espoir en obligeant la jeune génération à s’insérer dans la mondialisation par son aspect le plus sombre.

Après sa sortie mercredi dernier, le journal  » Le Monde  » écrit dans sa chronique : « Avec ses défauts et son énergie, le premier film de la Marocaine Leïla Kilani est un diamant brut, un chant de liberté » alors que son confrère de « Libération » salue « un pur bloc de nerfs et d’intelligence » ou encore « un genre de polar social féministe rongé par le sel et la rouille« .
Un succès capable d’imposer les règle du jeu et de nous y plier, un film choc qui ne va pas vous laisser indifférent et qu’on est impatient de voir sur nos propres salles nationales.

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