« Sur la planche » de Leïla Kilani : Un autre avis

Je ne suis ni un critique professionnel, ni un cinématographe ni même un acteur. Je suis, comme bien d’autres, un simple jeune marocain en soif de productions cinématographiques marocaines. Il faut dire, en se félicitant, que l’élan que connaît notre cinéma pendant ces dernières années, laisse à espérer plus de génie, de créativité et surtout de réalisme dans les thèmes traités, ainsi que le genre de discours réalistes que nos scénaristes et nos réalisateurs ont enfin commencé à adopter. Les exemples de « Casanegra », « The End », « L’amante du Rif » ou « Death for sell » en sont de très belles illustrations.

Dans ce sens, « Sur la planche » était attendu comme une prolongation de ces réussites. Une belle œuvre de plus à additionner au palmarès de ce que les réalisateurs, ou réalisatrices, marocains ont accompli. Hélas ce n’est pas le cas, au moins de ce qui est de mon avis et de celui de bon nombre de personnes qui ont vu le film, et dont on commence à entendre l’écho.

Ayant regardé le film, je ne peux cacher ma profonde déception. Celle-ci ne pouvait être que plus grosse quand on voit l’accueil que les critiques, les jurys des diverses manifestations et la presse lui ont réservé. Heureusement que cette fois-ci, il ne s’agit pas de ces films dans lesquels, à défauts d’arguments,  on taxe le spectateur lambda d’inculture, de manque de perception et de discernement de concepts « philosophico-artistique » ! Le long métrage dont nous parlons ici, est une histoire bien simple, avec un fil conducteur et des personnages traitant de faits et de conditions sociales.

On ne serait pas en désaccord sur l’importance du sujet évoqué. A ceux qui ne voyaient en Tanger qu’un nouveau pôle de développement économique pour le Maroc, il fallait montrer ce que la belle façade cachait, la condition ouvrière de milliers de jeunes, surtout de sexe féminin, vivant dans la misère et l’exploitation sauvage de l’industrie. Une situation qui contraint certains parmi ces jeunes, à s’adonner à d’autres activités lucratives, souvent peu honorables, pour arrondir leurs fins du mois, voire des fois pour espérer sortir carrément d’une vie qui est tout sauf humaine.

Ceci existe, ceci est vrai. Et Leila Kilani, la réalisatrice, a bien raison de mettre le doigt là-dessus. Cependant, ayant personnellement vécu quelques années à Tanger, et pu côtoyer de près la population objet du film, je peux dire que les protagonistes de « Sur la planche » sont loin de représenter le profil type de ces filles qu’on veut présenter au spectateur. En outre, et osons le dire sans vergogne, la jeune actrice « Soufia Issami » qui a assumé  tant bien que mal le rôle principal, a bel et bien incarné l’allure d’une aventurière prête à tout pour gagner son pain, mais pas celui d’une fille qui est, ou se fait passer pour; une prostituée aux genres de fréquentations que le film essaie de lui attribuer.

A tout cela s’ajoute quelques petits ratages, comme le discours du personnage principal au débit trop rapide, qui, à défaut de représenter ce pourquoi il a été un choix, oblige pas mal de spectateurs à suivre le film en sous-titrage, ce qui est à mon avis, fatal pour un film sensé être adressé aux marocains. En dernier lieu, le « Nœud », si on peut l’appeler de la sorte, qui prend place à un certain moment dans l’histoire, vide le thème de son importance, et accapare l’attention au détriment de choses plus importantes, pour déboucher en fin de compte sur une fin ordinaire sans trop de goût.

Enfin, je voudrais seulement qu’on me corrige, si comme j’ai dit au début, en simple jeune spectateur, j’ai raté quelques idées ingénieuses présentes dans le film, et qui font sa beauté, que mon esprit, peut être borné, n’a pu apercevoir ! Mais de grâce, qu’on nous épargne l’argument que tel ou tel journal ou magazine français a fait l’éloge du film, car ce n’est pas à un journaliste, confiné dans son salon de je ne sais quelle avenue de Paris, de me démentir sur ce que j’observe chaque jour et même chaque nuit, dans les rues et milles coins de mon Maroc.

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