Subventions, festivals et piratage… le bal masqué

Il y a trois constats que nous avons pu faire ces dernières années.Les subventions accordées par l’Etat pour le secteur cinématographique augmentent considérablement année après année, les festivals de cinéma foisonnent et le piratage continue de menacer malgré les efforts de l’Etat et de la Société Civile.

Et les salles dans tout cela ? Qu’en est-il de la traditionnelle exploitation en salle qui faisait les choux gras des producteurs, aujourd’hui cantonnés à exécuter la production pour les prédateurs off shore ? Ceux qui produisent pour la télévision s’en sont bien tirés.Les moins chanceux auront déjà mis la clé sous le paillasson, ou simplement remballé au placard leurs projets de sociétés de production. A la place, ils préfèrent monter un festival de cinéma.Les festivals s’imposent alors comme la solution de facilité assurant, de facto, l’intérim de l’exploitation en salle.

Personne ne l’a ainsi voulu car nous revenons de loin.Fruit d’une volonté affichée de créer un espace propice aux échanges, les festivals de cinéma ont commencé à se développer voilà une dizaine d’années, avec pour but notamment de promouvoir la destination “Maroc” en y associant des grands noms du cinéma mondial. L’expérience a réussi. Preuve en est, Hollywood sur le sable est une vérité qu’on ne prouve plus.

Aujourd’hui, force est de constater que leur mission est largement accomplie.Les festivals ont trouvé un terreau propice à l’éclosion, un vide à combler.En effet, en quatre années, le nombre de festivals de cinéma au Maroc a plus que triplé,de quoi faire pâlir de jalousie bien des pays (à condition toutefois de ne pas prêter attention aux chiffres de fréquentation des salles). Inutile de dresser un bilan alarmant sur la situation des salles au Maroc, par ailleurs, connue de tous. Ce serait remuer le couteau dans la plaie.

Les professionnels du secteur l’auront compris : face à la multiplication des nouveaux médias, seul le développement des multiplexes peut encore réconcilier le spectateur avecles salles obscures. Etrange paradoxe, puisqu’au Maroc, on n’a jamais produit autant de films que depuis queles salles ferment. On parle même d’exception marocaine.

Voici la quadrature du cercle : Face au piratage et aux nouvelles exigences du public (Internet, multiplexes, etc.), les salles ferment les unes après les autres laissant un videque des festivals sont venus combler ; des festivals beaucoup trop nombreux et coûteuxpour un pays à faible cinématographie qui tente de rehausser la barre en augmentant sessubventions étatiques aux professionnels du secteur, eux-mêmes désemparés face à unesituation, pour le moins nouvelle, où seule la télévision et la prestation de services auxétrangers proposent une alternative à la production sans diffusion.

(En attendant) des jours meilleurs

L’expérience menée par l’unique opérateur de multiplexes au Maroc semble réussie,et les deux unités à Casablanca et Marrakech fonctionnent plutôt bien (bien mieux que les salles classiques avant leur agonie). Outre la programmation de films, ces nouveaux temples du cinéma doivent leurs succès à la palette d’activités proposée en parallèle (restauration, expositions, salles de jeux, commerces, concerts et spectacles, etc.). En généralisant l’ouverture de ces salles (sur toutes les grandes villes dans un premier temps),  le secteur de la distribution pourra de nouveau aller en adéquation avec celui de la production qui, encouragé par ce mouvement, redoublera d’effort pour davantage subventionner et produire “Marocain” et de qualité. Le public en est friand ! Le piratage mine le secteur me diront certains ! Certes, oui ! Mais pourquoi ne pas intégrer les principaux réseaux de piratage (informels mais bien structurés) dans un circuit formel de revendeurs franchisés où le DVD coûtera 40 dirhams au lieu de 10, avecune part respective pour le producteur, auteur, distributeur et revendeur.L’Etat pourra alors sanctionner sans pitié les pirates sous leur forme actuelle.Les festivals quant à eux, continueront de remplir dignement leur mission : être les nobles ambassadeurs d’une cinématographie qui se développe à coup sûr.