Street art : Rencontre avec Agents of Change

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Avec le festival Jidar- Toiles de rue, Rabat se renouvelle sous les coups de pinceaux, sprays et jets de peinture des street-artist de grande renommée. En plein cœur de Rabat, au Musée Mohammed VI, les deux membres du collectif britannique Agents of Change, Remi Rough et Juice 128, réinventent les façades du musée entre abstraction géométrique et expressionnisme, à faire rebondir les ruelles rangées et tranquilles de la capitale. Je les observe longuement se prononcer devant le silence des grands murs blancs, étalant les premières couches de peinture, sous le soleil vif de midi et Rabat qui gravite tout autour. Des passants s’arrêtent de temps à autre, les deux artistes acceptent, tout sourire, d’échanger avec eux quelques conversations. 

C’est un support particulier sur lesquels ils se produisent, puisqu’il s’agit des façades du Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain. Avec un tel initiative, le festival marque clairement sa volonté de faire sortir l’art à la rue. «  C’est probablement le seul endroit où nous pourrons peindre sur un musée en toute légalité », s’amuse Timid, membre du collectif britannique. Toutefois, le collectif britannique n’en est pas à sa première visite au Maroc, puisqu’il s’est déjà produit à la première édition du festival de Jidar l’an dernier. Plus tôt cette année, Remi Rough a réalisé 2 graffitis à Marrakech et un autre à Youssoufia. Il s’agit cette fois-ci de sa troisième visite à Rabat, une ville qui lui est particulière et dont il reviendra la première fois la tête pleine d’images et d’idées.

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L’an dernier, pendant votre participation à la première édition du festival Jidar, vous disiez avoir été très inspiré au Maroc, et particulièrement à Rabat. Qu’est ce qui vous a marqué au Maroc ? 

Remi Rough : L’architecture et la culture au Maroc m’inspire énormément. Ce qui me plait au Maroc c’est que c’est ancien, c’est un pays très traditionnel, qui essaye de devenir contemporain. L’esprit est très libre et ouvert aux nouvelles idées, par rapport à d’autres pays musulmans. Je suis toujours inspiré quand je viens au Maroc, et en particulier Rabat.

Que voulez-vous apporter à la ville de Rabat?

Remi Rough : De la couleur, des idées, et puis un petit morceau de Londres. Je travaille beaucoup avec les lignes droites, les angles, cette fois ci j’ai voulu faire quelque chose de circulaire, différent de ce que j’ai déjà fait ici [ sur la façade de technopark, ndlr ], qui puisse exprimer l’équilibre et la tension. Il y a beaucoup de tension dans mon travail, ce qui prend sens dans un lieu comme le Maroc où il existe une tension très forte entre tradition et modernité, ancien et nouveau et dans le mélange des époques.

La composition de Remi, très géométrique, joue sur les lignes, les angles et les couleurs et fait raisonner une tension, de par son dynamisme et sa palette de couleurs rouge/noir. Elle est intitulée Rotation _ V. Celle-ci serait plus intuitive plutôt qu’une composition réfléchie,« Je m’inspire énormément du constructivisme russe, du suprématisme de Malevitch et du graphic design » confie Remi.

Avant d’attaquer le mur, le plan est d’abord préparé après plusieurs esquisses et recherches. « C’est une grande surface, il faut absolument avoir un plan d’abord pour commencer. Ensuite, une fois que la structure est faite et que tu deviens plus confortable, tu peux te permettre alors de modifier et changer au moment de la réalisation ». Le résultat est impressionnant.

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A sa gauche, la composition de Rob, alias Juice 218, beaucoup moins rigoureuse, s’échappe de la géométrie. Plus Expressionniste, elle incite à la rêverie, entre contours flous et couleurs oniriques.

Juice 128: J’aimerais apporter une vision différente. Plusieurs artistes peignent dans ce festival et chacun a sa propre vision. La mienne est une sorte de chaos controllé, un chaos abstrait. J’ai peint de l’abstrait pendant 25 ans, c’est chaque jour pour moi, et celle-ci est une nouvelle expérimentation.  Ma composition est une déconstruction abstraite. C’est un bouquet de fleurs éclaté et diffus dont les fleurs s’effacent.

Son travail fait preuve de beaucoup de technicité, qu’il qualifie de « messy ». Selon lui, « La peinture est là pour être éclaboussée, déformée, démolie, coulée et moulée dans de nouvelles formes textuelles. »  Par ailleurs, son exploration de l’aérosol a largement contribué dans l’évolution du graffiti. L’effet est fascinant.

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Le street art est actuellement en plein expansion au Maroc. Que pensez-vous des artistes marocains ? 

Remi Rough : Les graffeurs marocains sont géniaux. Normal, basec sont de bons amis à moi. Je les ai tous invité à rejoindre instagram, personne n’y était (rire).  Tu dois partager ton art, échanger avec le reste du monde. Le Maroc est relativement loin, c’est important d’être sur les réseaux sociaux, cela permet d’avoir plus de visibilité.

Un conseil à leur donner ? 

Juice 128 : Choisis bien où tu veux peindre, rappelle-toi que ta ville est ancienne et à la fois moderne. Il faut choisir soigneusement son support, sur quoi tu veux peindre, ne pas faire comme en Europe où beaucoup d’artistes détruisent ce qui est vieux, et manquent de respect envers l’architecture. Ne sois pas destructeur, si tu veux faire de l’art, choisis bien ton support. 

Propos recueillis par Lina Meskine.