Stoker : Park Chan-Wook à Hollywood

Un patronyme emprunté au papa de Dracula, une histoire écrite par l’ex Michael Scofield, le tatoué le plus célèbre du petit écran et un réalisateur sud-coréen de génie derrière la caméra. Additionnez le tout, la somme est positive, ne cherchez plus, le tiroir de caisse se referme, la petite cloche sonne. Au suivant !

En effet, on ne peut entamer ce film qu’avec un a priori favorable étant donné la dextérité écœurante dont Park Chan-Wook a fait preuve pendant ces dernières années, sa trilogie sur le thème de la vengeance en est un exemple sanglant. Tout cinéphile qui se respecte vous le dira, « OldBoy » est un petit chef-d’œuvre de cinéma, alliant mise en scène, jeu d’acteurs, scénario, musique… Le tout se déversant dans une quintessence des plus rares. Jusque-là, je suis conquis, Park Chan-Wook aura fabriqué son bijou, un classique déjà. L’idée d’en faire un remake m’exaspère, il est des choses que l’on ne touche pas, sous peine de pamphlet prolétaire. J’accuserai comme jadis le fit Zola, Wook sera mon Dreyfus, j’inviterai sous ma plume tous ses partisans à se soulever, l’on marchera ensemble, poings serrés, levés pour obliger Spike Lee (aussi brillant soit-il) à plier les chines, un refus d’obtempérer sera synonyme de guillotine !

Au visionnage de Stoker, on ne peut s’empêcher de penser au maître du suspens, il y a du Hitchcock dans l’air tout comme il y a de l’hémoglobine sur l’objectif de la caméra. La structure est celle de l’Ouroboros, une boucle qui se répète pour qu’au long du film, l’on place une pièce du puzzle, puis une autre jusqu’à constituer le tableau ultime, qui malgré sa beauté, me laisse comme une impression de désillusion. Le film est esthétiquement beau, les lumières, les décors nous transportent dans un univers sinistre, celui d’un manoir suintant le secret de famille, la tension sexuelle et le fracas d’un crane sous le coup d’une pierre rugueuse. On se laissera presque tenter par couper le son tant l’image suggère, subjugue : chez Wook, les mouvements de la caméra composent un nouveau personnage, un personnage à la main invisible qui par ses gros plans, arrêts sur images et plans panoramiques, parfois statiques fait surgir des émotions insoupçonnables de la plus anodine des scènes.  « Fais-moi pleurer en filmant une chaise » serait pour lui une requête parfaitement légitime.

L’histoire de la jeune India est fascinante, la jeune India est fascinante, l’actrice incarnant la jeune India est fascinante, Mia Wasikowska a quelque chose de mystique, du mystique meurtri. Son personnage vient de perdre son père dans des circonstances mystérieuses, l’heure est à l’enterrement. Et alors que les invités s’efforcent de garder la mine morbide honorant la cérémonie, un sourire sournois fait éclat au milieu de ces airs (faussement) graves. Ce sourire, est celui de son oncle Charlie… La suite n’est pas spécialement difficile à deviner, le récit est coutumier : celui de la famille bourgeoise dévastée par un secret, et dont les membres sont tous des Arthur Rubinstein en herbe. Pourtant, l’histoire ne nous lasse pas, le spectateur a envie de rester jusqu’à la fin, pour des raisons propres à chacun. Certains, simples d’esprit restent pour le dénouement : c’est quand même un thriller bon sang !  D’autres plus pervers restent otages des cernes morbides de la jeune Mia, et il y a ceux, amateurs de femmes mûres, qui restent sous le joug ou choqués par une Nicole Kidman ravagée par le botox, sans doute alléchée par une promotion imbattable chez le docteur nichons : trois injections pour le prix d’une !

Au final, ce film avait tout pour me plaire, tous les ingrédients étaient présents et mélangés non moins sans talent par une main de maître, mais pourquoi suis-je resté sur ma faim ? Sans doute avais-je sauté ma pause pépito de 17h ? Blague à part, Stoker a failli là où des films comme le Théorème de Pasolini avaient marqué les esprits par leurs aspects dérangeants, impudiques et surtout pas gratuits. Ceci pour déboucher sur une seule et unique réserve : Stoker est un film se croyant terriblement subversif, mais qui à mon goût ne l’est pas tellement. Cela dit, il mérite amplement d’être vu, ne serait-ce que pour le talent technique de son réalisateur.