Shamablanca de Sonia Terrab

  • Livre 
  • mardi 5 juillet 2011 à 17:45 GMT

Marchons. Du chaabi à l’électro, des chikhates au funk, marchons en groupe, jamais trop loin, d’un lieu à l’autre, du verre à la coke, de la coke au joint. Marchons dans Casa la folle, Casa la bête, Casa la grosse. Tuons le temps avant qu’il ne nous massacre tous, buvons à demain, aux rires en coin, au même refrain, au vide commun. Levons ces verres que seule la nuit autorise et dansons aussi. Dans la sueur, sur les tables, sous les chaises, dansons, avant le jour, avant la scène, entre deux rives, entre deux vies. » Shama, 26 ans, marocaine, études supérieures à Paris, installée à Casablanca depuis un an, marketing manager dans une mutinationale, marche cachée et hurle en silence sa misère dorée.Son identité imposée. Son tourment d’être elle. Entre modernité et tradition, apparences et illusions, liberté et castration, bienvenue au royaume enchanté du Maroc, où valse le clan des élus, jeunes, riches, lettrés, mais aveugles.

Entre deux interviews notamment une interview en arabe sur France 24, Sonia Terrab, journaliste écrivain nous fait l’honneur de répondre a quelques questions. Pour rappel Sonia Terrab est à l’origine du roman Shamablanca que l’on a pu découvrir au Salon du livre de Casablanca.Toujours souriante et pleine de vie Sonia contribue au lancement d’Artisthick en répondant a nos questions.

Shamablanca Vs Sonia Terrab, des ressemblances ou le perso est purement fictif? Le Choc des cultures que tu évoques dans le livre est vrai en as tu été victime ?

Le personnage est fictif dans le sens où je n’ai pas raconté ce qui m’était arrivé. J’ai un parcours relativement différent de Shama, mon héroïne. Mais celle-ci pourrait être ma meilleure amie. Je partage sa colère, sa déception ou ses frustrations, je connais son mal être comme je connais, je fréquente, je vois beaucoup de Shama autour de moi, dans le même malaise. Des hommes aussi, dans la même ambivalence. Shama, c’est un symbole, un concept, celui d’une jeunesse marocaine privilégiée, certes, mais tiraillée, parfois révoltée, une jeunesse qui revient chez elle pour ne plus savoir qui elle est, une jeunesse qui crie en silence avant de se taire en faisant un beau mariage.

Le récit est assez cadencé avec des passages assez prenant et rapide, un effet de style voulu ou ce n’est que ta façon d’écrire?

Shama est en colère et elle halète. Elle étouffe. Elle aimerait avancer et elle fait du sur place, elle stagne. Alors, le rythme est saccadé, haché, il lui ressemble. On entre dans sa vie, dans sa tête et forcement, on est contraint de la suivre. C’est une écriture directe et visuelle qui m’est venue quand j’ai pu saisir mon personnage, le connaitre vraiment pour lui donner le ton qui lui convient.

On lit beaucoup de critiques de ton livre au Maroc, qu’en est-il en France ?

Le roman, sorti il y a 4 mois, a beaucoup fait parler au Maroc et c’est tant mieux. D’ailleurs, il a été en rupture très vite et il est difficile de le trouver en ce moment. En France, cela commence à peine, plus doucement. Le public est différent et la concurrence massive.

Ta vie a-t-elle changée depuis la publication de Shamablanca?

Oui et non. Oui car on a encore souvent tendance à m’appeler Shama, même les plus proches de mes amis, c’est dire qu’on me rappelle mon livre tous les jours. Et non car je pense que mon travail a été de l’écrire, puis de passer à autre chose. Continuer sur autre chose.

Un autre livre en chemin ?

On peut dire ça comme ça … Une tentative, un chantier, une petite moitié…

Tu es journaliste, un conseil pour Artisthick.ma ?

S’il y a bien une chose que j’ai apprise dans le journalisme et qui m’a ensuite beaucoup servie dans l’écriture, c’est ne jamais dire, mais montrer. Par exemple, on ne dit pas il fait nuit, mais il est minuit. Être précis et succinct, toujours.

Un livre que je vous conseil fortement, vous pouvez vous le procurer dans toutes les bonnes librairies du pays.