Série UK: Downton Abbey ou le succès du so british

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Livrée soignée, chemise à plastron et queue-de-pie, c’est ainsi que l’on sert à Downton. Tout y est mesuré, calculé, on ne laisse rien au hasard. Le majordome Carson, à l’inébranlable intransigeance et l’immuable conservatisme, compte bien faire perdurer la tradition. Sous ses ordres, quelques valets de pied et gouvernantes dont la bonne tenue reflète le prestige de la maison des Grantham. Downton c’est le symbole des vieilles valeurs aristocratiques, du raffinement anglais et des mœurs de la haute société du début du siècle précédent qui tend vers l’excentricité dans son gout du luxe et des festivités. On y vit sur un grand pied et en parfaite  insouciance, presque en autarcie, on y dispose surtout de ses propres règles.  Mais le monde change et le Comte de Grantham (Hugh Bonneville) en a conscience. Le naufrage du Titanic où disparait John Astor IV (l’une des grandes fortunes des Etats-Unis à l’époque) proche de la famille Crawley (la famille est fictive quant à elle), l’assassinat de l’archiduc héritier du trône austro-hongrois constituant un casus belli à la Grande Guerre ou encore l’assassinat du Tsar Nicolas II et de sa famille suite à la révolution bolchevique sont d’autant de signes qui sonnent le glas de l’aristocratie et de la bourgeoisie. Downton Abbey n’en est pas épargné, la Première Guerre Mondiale fait serrer les coudes aux anglais. Face à la mort, les supériorités s’effacent et les prétentions altières s’estampent. Néanmoins, il est toujours mal vu d’épouser un avocat ou un médecin à Downton. Mais quand Lady Sibyl, féministe et suffragette, annonce à la famille qu’elle désire épouser le chauffeur, le coup porté aux armoiries gueules et azur de la famille est dur. D’autant plus que le chauffeur, digne représentant du prolétaire qui aspire à grimper l’échelle sociale, est imprégné de marxisme et se fait de facto journaliste et révolutionnaire pour la cause irlandaise. La réalité toque encore une fois à la porte lorsque commencent les soucis pécuniaires, même les Crawley n’en sont pas à l’abris. La dot de Cora dilapidée en bourse fait couler des sueurs froides au Comte, les jours de Downton sont comptés.

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Le domaine étant soumis à l’entail, Lord Robert Crawley pense à sa succession. Il n’a pas d’héritier mâle. Mais son cousin lointain Matthew Crawley qu’il désigne comme héritier gagne son estime et s’apprête à renoncer à son ancienne vie pour en consacrer une nouvelle à Downton. Marier ses filles devient aussi une obsession pour la famille et pour la Comtesse (Elizabeth McGovern) en particulier, celle-ci les affiche lors de dîners de marques et de bals où se pressent marquis et nouveaux riches américains, c’est ce qu’on appelle the season (la saison des rencontres). Comment ne pas penser aux sœurs Bennet dans le chef d’œuvre de Jane Austen Orgueil et Préjugés où Mr. Darcy doit faire face à une montagne de conventions protocolaires pour se rapprocher d’Elisabeth Bennet ? La ressemblance en est pour le moins frappante et il est tout à fait difficile qu’un gentleman aborde une demoiselle à Downton. L’honneur est une question qui prime et pour laquelle on saurait mourir chez les Grantham, mais les erreurs ne sont pas rares et demeurent regrettables pour longtemps comme en témoigne la brève aventure de Lady Mary avec le turc Pamuk qui meurt dans son lit.

La série est pleine de rebondissements, d’histoires d’amour mais pas celles que l’on trouve dans les contes de fées, les malheurs sont fréquents et à Downton les commérages sont chez les grands comme chez les petits. Le couple de vipères Thomas et O’Brien sont toujours prêts à fomenter de mauvais coups pour évincer des « concurrents ». Mais même eux font parfois preuve d’humanité, une valeur que porte bien M. Bates qui garde le sourire même s’il porte comme Atlas tout le fardeau du monde.

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Si Downton Abbey s’apprête à entamer une sixième saison annoncée en novembre 2014, c’est que le coté très « british » que constituent les bonnes manières et l’extrême délicatesse plait. En vu du nombre croissant de téléspectateurs dans le monde, le mode de vie anglais s’exporte bien. La nostalgie d’un temps révolu y est peut-être aussi pour quelque chose. Du moins, l’intrigue, l’exactitude historique, le décor raffiné et les costumes élégants en plus du faste du Château de Highclere éblouissent. Un château néo-jacobin en plein Hampshire qui mêle la grandeur de Bleinheim à la beauté de Wollaton Hall. Le casting a tout aussi sa part de mérite dans l’histoire. La voix grave et l’accent anglais de Carson (Jim Carter) donnent une force au personnage, mais c’est la Comtesse douairière (jouée par la grande Maggie Smith) qui incarne le mieux la dame « Ancien Régime », « snobbish » mais plaisante dans sa représentation caricaturée de l’anglaise pétrie de coutumes.  Avec 3 Golden Globes et un bon nombre d’Emmy Awards, Julian Fellows, fin connaisseur de l’histoire et de l’époque Edouardienne ayant déjà brillé avec son film oscarisé Gosfrod Park, a bien remporté son pari. Et encore une fois, si nous aimons tant l’univers de Downton Abbey, c’est parce que c’est « sooo british! »

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