Sélection littéraire estivale #4

  • Livre 
  • jeudi 11 août 2011 à 18:31 GMT

Il y a de ces livres enchanteurs qui n’ont pas besoin d’apporter grand chose à votre niveau intellectuel, mais se contentent de vous gratifier d’un bon moment de détente que vous ne regretterez pas. Nous sommes en vacances et il ne manque plus qu’une lecture qui nous transporte par ces journées torrides de Ramadan où la faim frappe aux portes et l’ennui prend place. Une bonne dose de calmants face à ces contraintes avec du pur Carlos Ruiz Zafón, grâce à son œuvre prolifique « L’Ombre du Vent ».

Le jour de ses 10 ans, Daniel Sempere est accompagné par son père au Cimetière des Livres Oubliés, dédale regorgeant de livres tombés dans les oubliettes. Le père demande à son fils de choisir un livre et se l’approprier. Daniel, dont le choix tombe sur « L’Ombre du Vent » de Julian Carax, se réjouit de voir un tel monument littéraire entre ses mains et ne reste pas indifférent à son mystère après l’avoir lu. Pourtant, il ne sait pas encore que c’est le début d’une longue quête d’apprentissage, un voyage vers l’inconnu pour dévoiler le mystère qui entoure l’histoire de cet écrivain inconnu dénommé Carax, remettant ainsi en surface un passé dangereux qui ravivera des sentiments longtemps enfouis sous des chapes de silence.
C’est un roman fait d’évènements imbriqués les uns sur les autres à la façon des poupées matriochkas; une mise en abîme qui entraînera le lecteur dans un labyrinthe de faits magnifiquement menés sous la plume de Zafón, avec un style à la fois fluide, simple et poétique très facile à lire; car il faut dire que l’auteur n’est pas un avare de la littérature, il nous subjugue, nous coupe le souffle, nous transporte dans des envols métaphoriques des plus étourdissants,…sans parler d’émotions! Une fioriture d’amour, d’amitié, de jalousie, de beauté, de sensualité, de haine, de douleur mais aussi d’humour grinçant dans une intrigue rocambolesque à la fois fantastique et policière.


De nos jours, beaucoup d’auteurs s’affairent à écrire ce que j’appellerai un galimatias philosophique pour prouver leur intellect, mais on oublie souvent qu’un roman aussi simple mais envoûtant pourrait faire rêver nombreux lecteurs, sans pour autant avoir recours à l’angoisse du savoir. Ce pavé de 636 pages m’avait découragée au début, mais je fus d’emblée entraînée dans l’intrigue sitôt entamée. Chaque chapitre ressemblait à une bouffée de nicotine, chaque page se tournait avec curiosité, excitation et angoisse. J’oubliais même que leurs nombres déferlaient sous mes yeux sans que je m’en sois aperçue, éveillant mes sens comme un bon vieux tabac, voire une sorte de stupéfiant romanesque qui m’empêchait d’être simple lectrice mais, au contraire, laissait mon esprit prendre part aux multiples aventures de notre héros, dans les rues d’une Barcelone du XXe siècle noyée sous un ciel de cendres.

Cependant, il faut avouer qu’au fil de quelques pages, j’avais l’impression que l’auteur se perdait dans des descriptions inutiles, des événements qui n’apportaient rien à l’histoire en somme, ou alors mettait en joue un suspens qui semblait être en désaccord avec la part de génie du roman… Toutefois, je me rendis compte que ma fâcheuse manie de la critique instantanée avait tort de se manifester trop tôt, car l’auteur nous accable à la fin avec un détournement de situation tout à fait inattendu, regroupant tous ces détails jugés sans importance avec une imagination fertile qui vous rappellera sans doute ces petites histoires d’enfance qui vous laissaient babas et consternés.
A la fin, quand la dernière page était retournée et qu’il n’y avait plus rien à lire, j’étais triste sous l’effet du sevrage, même les médias les plus convoités n’auraient su me faire réjouir, me laissant froide et caressant l’image d’un monde chimérique que je venais de quitter d’un pas navré.

 

Somme toute, ce roman est un incontournable de l’été, et c’est pour cela que je le choisis pour vous, car vous l’aurez fini, mais les personnages continueront encore à vous hanter avec la rentrée des classes.