Roshdy Zem : Cet hommage est non pas pour ce que j’ai fait, mais pour ce que je vais faire

Le festival international de film de Marrakech a consacré son deuxième hommage à un acteur qui a commencé sa carrière il y a 20 ans de cela. Il est ensuite passé à la réalisation en 2007.  Que ce soit dans « va, vis et deviens », dans « indigènes » ou autres, ses travaux ont tous ce piment  d’engagement qui vous fait vivre dans l’émotion, mais qui vous pousse à aller au-delà de cela pour donner lieu à un vrai travail de réflexion. Roschdy Zem est  fils d’immigré, le fait que son premier hommage soit au Maroc, son pays d’origine,  le laisse sans mots et ému. Dans cette interview qu’il nous a accordée, il exprime ses ambitions, il étale sa vision sur le cinéma marocain et se dit flatté et honoré par un hommage qui lui a été présenté  par la jeune actrice qui, grâce à lui, a su  grimper les échelles du succès. Cette jeune qui n’est autre que  Leila Bakhti, a ouvert la cérémonie d’hommage avec un discours des plus touchants, sur ce que représente Roschdy Zem pour elle ainsi que pour les autres acteurs de sa génération.

Artisthick : Que représente pour vous l’hommage qui vous a été rendu à Marrakech ?

R. Zem: Je suis très ému. Dans le mot hommage, il y a souvent cette représentation d’une fin de carrière. Je suis surpris et flatté à la fois parce que c’est la première fois qu’on me rend un hommage, le fait que je le reçoive au Maroc, mon pays d’origine, est un grand honneur pour moi. J’ai commencé ce métier il y a 20 ans, ça s’est passé d’une façon très pacifique. Pour moi cet hommage est non pas pour ce que j’ai fait, mais pour ce que je vais faire, ce qui est important à mes yeux, Je pense que les belles choses sont à venir.

Quel regard portez-vous sur le cinéma marocain ?

Le cinéma marocain a mis du temps pour se faire sa place. Aujourd’hui dans beaucoup de festivals nous avons de plus en plus de films marocains en compétition. Je pense qu’il y a une réelle vocation et une diversification dans les scénarios marocains. En revanche, le problème se pose au niveau du financement. On manque généralement d’argent parce que les ambitions des réalisateurs marocains sont grandes et ils ont raison.
En tout cas moi j’y travaille, j’envisage de réaliser des travaux de plus en plus ambitieux.  Cela va forcément prendre du temps mais on y arrivera.

Pensez-vous que ce festival va booster un peu le cinéma marocain ?

Ce que j’ai constaté c’est qu’il y a de réelles progressions qui sont là depuis l’arrivée de ce festival.
Un festival comme celui-là ne peut pas faire du mal au cinéma marocain, bien au contraire, il l’aide à se faire une place. Moi je travaille en France, l’un des rares pays  en dehors des Etats-Unis,  qui a su garder son cinéma, contrairement au cinéma italien ou anglais. Ceci s’est fait grâce au financement. Comment aujourd’hui pourrait-on financer les jeunes talents marocains ?  C’est à ce niveau là que la question doit être posée.

Vous aviez dit que vous avez de grands projets  au Maroc. Pourriez-vous nous en parler plus ?


Je ne peux pas vous en parler à l’heure actuelle. Il s’agit d’un projet d’ampleur. Je vous promets dès qu’il y aura de la sauce, je vous en parlerai.

Vous êtes acteurs depuis 20 ans, et vous êtes passé ensuite à la réalisation en 2007. Sous quelle casquette vous sentez-vous le plus à l’aise ?

Les deux, j’aime les deux. Mais j’ai encore cette envie de jouer dans les films des autres. J’ai cette chance de faire les deux. Vous savez, quand vous êtes acteur fils d’immigré, et que vous jouez dans un film ou deux c’est déjà beaucoup. J’ai eu la chance de non plus jouer, mais de passer à la réalisation aussi et de pouvoir raconter nos histoires, les histoires de nos parents ainsi que celle du Maroc. Tout reste à faire.  Quand je parle de représentation de ma culture mère, il ne s’agit pas de limiter cela aux  beurs». C’est le cas de mon film  qui a été projeté en début de soirée à la place Jamaâ El Fna, «Omar m’a tuer». Ce film est un vrai plaidoyer pour le personnage d’Omar Raddad. C’est l’histoire de Omar Raddad mais c’est également un combat éternel de l’Homme contre l’injustice.

Propos recueillis par Imane Nigrou.