Rétrospéctives : Ces polémiques qui ont marqué le Maroc en 2012

  • Arts 
  • lundi 31 décembre 2012 à 14:32 GMT

Après avoir évité de justesse la fin du monde – Oui, le peuple des Mayas est un gros mytho- la fin de l’année elle, s’approche à grand pas.  Et en 2012, tout n’aura pas été rose pour la culture au Maroc. Entre les restrictions budgétaires, les festivals annulés et une Une raciste l’on en a décidément vu de toutes les couleurs! Avant de tirer un trait – qui on espère sera définitif- sur ces polémiques dont le Maroc se serait bien passé en 2012, un petit récapitulatif s’impose.

L’art propre : Lorsque le Parti Justice et Développement est monté au créneau

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A la veille des législatives, Mustafa El Khalfi, en sa qualité de rédacteur en chef du quotidien Attajdid , défrayait la chronique de par un édito des plus curieux. L’actuel ministre de la Communication et porte-parole du  Gouvernement y introduisit le « concept » d’art propre. Concept repris par bon nombre de ministres islamistes, notamment dans leurs batailles acharnées contre Mawazine mais aussi contre les scènes olé olé et autres impudeurs dans nos films nationaux. Cette notion d' »art propre », en plus d’avoir soulevé une grande controverse,  transcenda la scène culturelle marocaine qui réagit immédiatement en signant un manifeste de la culture libre alors que d’autres ont préféré soulever une toute autre polémique en posant dans une décharge.

Nod T9ra : La tentative avortée

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A l’occasion de la journée internationale du livre, le collectif Nod T9ra fut à l’origine d’une initiative tout à fait louable. Via une page Facebook – car ce réseau social peut s’avérer parfois fort utile – l’évènement consistait  à inviter lectrices et lecteurs à se munir de leur livre préféré afin de participer à une séance de lecture collective à la Place de la Poste, au beau milieu de la capitale du Royaume Chérifien.  Seulement, les forces de l’ordre balayèrent très rapidement les quelques lecteurs étant venu de bon cœur, prendre part à cette noble tentative. Et pour cause, lire dans un espace publique au Maroc est devenu manifestement une menace pour la sécurité nationale et ses composantes.  Ceci laissa bon nombre d’entre nous, sidérés par la tournure que peuvent prendre les choses, certaines choses, dans le plus beau pays du monde. Ceci dit, n’avançons pas de pistes erronées, car après tout, qui sait si la lecture et la promotion du savoir peuvent en effet se révéler sporadiques et dangereuses?

Restriction budgétaire : Exit L’boulvard, le Festival de Casa et le Moonfest

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Nous continuons sur notre lancée et décidément, l’année 2012 n’a pas été très rose pour certains festivals marocains. Cela a notamment été le cas du célèbre « L’Boulevard Festival » qui a été annulé pour la deuxième année consécutive pour manque de financement. Mauvaise nouvelle donc pour ces jeunes talents de la musique urbaine et undeground qui devront attendre 2013 pour enfin être révélés au grand public par le biais du « Tremplin L’Boulevard » qui a entre autres permit de propulser Les groupes H-Kayne, Fnaïre ou encore Don Bigg. En 2012 Exit donc, L’Boulevard, qui rappelons le -et enfonçons, par la même occasion le couteau dans la plaie- est le seul événement culturel à proposer et du HipHop et de la Fusion et du Métal au Maroc. Le même sort funeste fut réservé au Moonfest. En effet, le lac de Lalla Takerkoust ne festoiera pas en 2012, pour cause de budget limité. Remuons le couteau dans la plaie : le Moonfest apportait un réel soutient aux régionaux via caravanes médicales et renouveau de la bibliothèque communale : chaque festivaliers se devant d’apporter un livre, l’annulation du Moonfest prit dès lors une ampleur dramatique. Autre ombre au tableau : le Festival de Casablanca a été « annulé » et n’aura tout bonnement pas lieu en 2012. Farid Bensaïd, président du festival nous faisait part de son découragement lors de l’ultime édition de 2011 ( nous vous en parlions ici ) : Selon lui, les entreprises casablancaises ne portaient pas le festival. Résultat : manque de sponsors, manque de financement et donc festival annulé.

La Tour Eiffel à Fès : Lorsque Chabat voulut singer Paris

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Chabat a encore frappé, telle la foudre sur un peuplier. De façon prosaïque, c’est bel et bien le peuple qui paya les frais des idées farfelues du maire de Fès. Érigée sans aucun doute pour « symboliser » l’amitié franco-marocaine – mais aussi l’ampleur qu’a encore l’ère coloniale dans le subconscient de nos dirigeants-  une Tour Eiffel haute d’une vingtaine de mètres prit place dans la capitale spirituelle et culturelle du Maroc. Non seulement, la tour était de mauvais gout mais elle faisait « tache » dans le paysage et ne collait absolument pas avec l’esprit Fassi. Ceci a bien entendu entrainé une vague de colère, notamment sur Twitter où une pétition circulait pour dénoncer Chabat et sa folie des grandeurs. Entre temps et puisque la Tour Eiffel de Fès a mystérieusement disparu, nous prierons pour que Hamid Chabat réfléchisse à deux fois avant de dépenser les deniers publics. Nous prierons aussi pour qu’il pense à renforcer le patrimoine culturel de la ville dont il est maire au lieu d’investir dans des répliques grotesques de tel ou tel monument français.

La couverture de Maroc Hebdo : la Une de la honte

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En novembre dernier, l’hebdomadaire Maroc hebdo créa une véritable tollé avec une couverture que beaucoup ont jugé raciste et répugnante. Mettant en avant le visage d’un subsaharien avec pour intitulé  » Le péril noir » , la Une suscita la colère des internautes qui n’ont pas hésité à enflammer les réseaux sociaux pour crier haut et fort leur désapprobation et leur indignation. Cela dit, il ne faut nullement nous voiler la face : le Maroc n’est pas exempt de racisme et cette couverture n’a fait que souligner la manière dont sont accusés les hommes de couleurs par nous autres marocains, blonds aux yeux bleus, de certains de nos maux. Car cela est bien connu que les marocains ne touchent pas à la drogue, sans parler de la prostitution à laquelle ils ne s’adonnent jamais ! Bref, La Une de Maroc Hebdo fut parmi l’une des polémiques dont le Maroc se serait bien passé en 2012.