Retour sur Le Chemin des Ordalies de Abdellatif Laâbi

  • Livre 
  • mercredi 6 juillet 2011 à 20:45 GMT

 

« Libre. Vieux loup des mers carcérales. Tu es libre. »

Je tenais pour cette chronique à vous parler d’un livre. D’une assemblée de proses lyriques humanistes écrites par le grand Abdellatif Laâbi. Le ténor de la littérature maghrébine d’expression française. Un roman qu’il a écrit par la suite de sa sortie d’incarcération pour quelques délits d’opinions. L’auteur nous y fait découvrir un authentique témoignage. Celui de la torture, de l’enfermement et surtout de la remise en liberté. L’action se déroule au début des années 80 dans un Maroc alourdi par les années de plomb, un Maroc renfermé mais aux gens si ouverts sur la souffrance du héros… Le roman est composé de 7 merveilleux chapitres écrits par une plume poétique digne d’un Laâbi,  détenteur du prix Goncourt qui nous fait découvrir cette exécrable quête depuis ses moment d’évasions, de rêves et de mansuétudes dans sa cellule, lieu de son ultime supplice. Il nous racontera aussi sa redécouverte de la femme de sa vie, Awdah. Celle qui a su l’accompagner dans ses années sombres et si tristes. L’auteur saura parfaitement doubler sa narration de merveilleuses proses lyriques,  d’une puissance humaniste inégalable, et que je n’ai pu connaitre pareil jusqu’à présent.

Je vous laisserais avec quelques extraits de cet oeuvre triste, mélancolique, mais si forte.

«  Tu lèves la tête pour embrasser du regard la perspective de l’avenir. Les grands bâtiments se remettent un à un à leur place dans ta mémoire ressuscitée. Banque, poste, Gare, palais de justice et tout au fond un minaret, tour de vigie trônant au-dessus de ces temples parvenus. Tu ne te rappelles pas si ce minaret était là ou du moins s’il était aussi bien en vue. Il se peut que l’avenue ait été élargie, que des bâtiments aient été détruits pour dégager la perspective, obtenir ce rééquilibrage de l’espace qui s’est voulu reflet fidèle d’autres rééquilibrages qui ont façonné le pays pendant ton absence. »

« Fès. Dont tu soulèves le voile maintenant. Pour que t’apparaisse le visage de ta préhistoire. Tu avances dans le corps houleux de ta mémoire. Tu dévales les ruelles conduisant au centre de la médina, là où tu as donné un rendez-vous à ton père. C’est lui qui sera ton guide pour l’accomplissement de ta promesse. »

De l’auteur :

Né à Fès, en 1942, Abdellatif Laâbi est l’un des écrivains marocains les plus importants de sa génération. Il fonde en 1966 la revue Souffles, qui a joué un rôle considérable dans le renouvellement de la culture au Maghreb. Elle sera interdite en 1972 puis Laâbi sera emprisonné. Sa libération ne viendra que quelques huit années après. Pour enfin s’exiler en France en 1985. Il publiera par la suite une longue série de romans, de récits épistolaires en homme à cette triste période de sa vie qui le marquera à jamais.