Retour sur la deuxième édition du festival Pèlerinage en décalage

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©Crédit photo Victor Cavasino

 

La deuxième édition du festival « Pèlerinage en Décalage » était à la hauteur des immenses efforts de ses créatrices. Acclamé par un nombre croissant de spectateurs, il rencontra un succès fulgurant.

En termes de chiffres, la fréquentation du festival a doublé : plus de 2600 personnes ont accouru pour assister aux différentes prestations proposées. Au programme se sont rajoutées de nouvelles disciplines telles que la mode, la sculpture et la danse. Les deux organisatrices ont voulu varier les plaisirs en choisissant un format pluridisciplinaire :

«On a eu l’idée de proposer un voyage, ça devait être un voyage complet, sur plusieurs disciplines, pour créer des intensités variables : tu peux te prendre une énorme claque en regardant un documentaire, ensuite te mettre à pleurer en écoutant une poétesse et faire la fête à un concert. La musique, c’est trop commun. Se limiter au reste des prestations, c’est un peu élitiste, et risquerait de limiter l’audience. »

 

©Crédit Photo Victor Cavasino

©Crédit Photo Victor Cavasino

L’ambiance était tantôt sérieuse, tantôt festive « on a ramené deux DJ de Tel Aviv qui ont vraiment mis une ambiance de mariage marocain ». Nombre d’artistes, tous bénévoles et principalement israéliens et palestiniens, ont répondu présents « Il y’avait 32 artistes dont deux artistes français qui ont exposé des photos. Sinon tous les autres étaient soit palestiniens ou israéliens ». L’année dernière, les deux artistes invités étaient algérien et marocain.

Peu connu dans sa première édition, le festival fait un vrai tabac cette année. Des artistes, plus ou moins célèbres, se sont même empressés d’écrire aux organisatrices. Nadav Lapid, réalisateur de Tel-Aviv, a répondu présent en août dernier, alors même qu’il devenait une star incontournable grâce à son film « L’institutrice ». D’autres noms du cinéma comme Youssef Sweid, acteur arabe israélien, connu pour ses rôles dans « The Bubble » ou encore « Omar », étaient de la partie. « La chanteuse Noa (Achinoam Nini) nous a écrit un message sur Facebook 48h avant le festival pour nous dire qu’elle aimerait participer l’année prochaine et cette année d’une manière ou d’une autre». On l’attendra donc pour la 3ème édition. Un festival accessible à tous, aux artistes comme aux spectateurs.

Une foule impatiente a répondu présente « les gens attendaient le festival, ils avaient hâte », soit car ils avaient raté l’édition précédente soit parce qu’ils avaient très envie de réitérer l’expérience.

« On avait beaucoup de monde, mais pour des causes de sécurité – la salle ne pouvant accueillir que 600 personnes, on ne pouvait pas accepter tout le monde en même temps, on s’est retrouvé dans des situations absurdes où les gens faisaient la queue pour assister à un festival gratuit».

L’attente en valait la peine. « On ressort lessivé de ce festival ». Et pour cause, les différentes performances ne laissèrent pas les festivaliers de marbre. Le samedi, un documentaire poignant sur l’éducation en Israël et en Palestine suivi d’une déclamation de poésie engagée. Une montagne russe d’émotions : on débat, on s’offusque, on pleure, on s’interroge, on remet nos préjugés en question. Dimanche, le ton était plus léger : défilé de mode et discussion cinéma avec Nadav Lapid et Youssef Sweid. Les soirées quant à elles étaient joviales, mêlant danse et musique : une soirée pour rire, oublier, se concilier autrement.

 ©Crédit Photo Victor Cavasino

©Crédit Photo Victor Cavasino

Riches de leur succès, Kenza Aloui et Inès Weill-Rochant ont enchaîné les passages à la télé et à la radio : une couverture médiatique qui s’est étendue à des médias divers, au Canada, en France, au Maroc et en Israël. Les deux jeunes femmes pour qui tout réussit pensent même étendre le festival au-delà des frontières, potentiellement à Berlin afin de le faire de plus en plus connaître. Elles envisagent aussi de monter une entreprise, loin du sujet « Israël/Palestine », mais toujours pour la bonne cause : attiser la curiosité et soulever des questions brûlantes à travers des performances artistiques.

Loin des drames corrosifs qui, d’ordinaire, interrogent le conflit israélo-palestinien, ce festival est la nouvelle figure de l’art emblématique d’un pays gangréné par la crise, une crise d’identité, de terre et de culture.  Sans jamais porter de jugement ni répondre à la question « À qui la faute ? », Kenza et Inès ont pris -avec une lucidité fondée- le parti de la fraternité et du partage, en ces terres qui pourraient prétendre au podium olympique de l’assassinat politique. Malgré le scepticisme ambiant, elles partagent le même espoir qu’un jour la paix règne enfin.