Rattle that lock de David Gilmour: une escale hors du temps

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Depuis la sortie de The endless river, album presque posthume de Pink Floyd, qui en était en tous cas le dernier, les fans n’attendaient que ça: le quatrième album studio du chanteur, guitariste et leader de la formation mythique; David Gilmour. C’est avec un disque de dix titres, entièrement écrits et composés par ses soins et ceux de sa femme, Polly Samson; écrivaine et déjà à l’écriture pour certains titres de Pink Floyd, que le chanteur nous revient après 9 ans d’absence. Comme son titre l’indique, Rattle that lock (que l’on peut traduire par « fracasse ce cadenas ») se veut une échappée hors du temps, hors de l’actualité anxiogène et morose. Bien qu’évitant les euphories maladroites, l’album nous plonge dans un univers presque crépusculaire, à l’heure ou les angoisses s’envolent et laissent place au rêve. Artisthick décrypte pour vous ce qui fait de Rattle that lock un album indispensable de la rentrée. 

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Lorsque l’idée et le concept de l’album ont été présentés publiquement, Rattle That Lock pouvait avoir l’air d’un ovni tant l’histoire du morceau éponyme paraissait absurde. C’est ainsi lors d’un voyage à Aix-en-provence en France, que l’idée de Rattle That Lock est venue à l’esprit de Gilmour. A ce moment là, il n’y a toutefois pas réellement de concept, simplement un petit air musical qui ne le lâche plus. Ce petit air, chacun d’entre vous ayant déjà visité la France le connaît, puisqu’il s’agit du jingle de la SNCF ! Autour de ces quatre notes se construit finalement un titre, qui malgré la surprenante idée qui est à son origine, convainc très facilement.

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C’est après un premier morceau instrumental, « 5 a.m. », où l’on retrouve tout ce qui fait Gilmour dès la première note de guitare, que « Rattle that lock » ouvre l’album. L’artiste commence par le jingle original avant de progressivement le transformer en un tout nouveau travail, si bien que l’on finit par fredonner cet air qui avait pourtant l’habitude d’annoncer un retard de train… C’est une démonstration de sa maîtrise que nous fait David Gilmour en réussissant le pari de transformer cet « objet » du quotidien en une oeuvre inédite et porteuse du message de tout un album: « fracasse ce cadenas, défais ces chaînes ! » nous dit l’artiste dans un appel au voyage, à la liberté.

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C’est « Face of stone » qui suit, un titre qui rappelle le « pocket full of stone » de son précédent album, On An Island. La guitare de Gilmour revient encore, fidèle au poste comme elle l’est depuis A Momentary Lapse of Reason, premier album de Pink Floyd dans lequel Gilmour était leader. Une composition toujours parfaite et des paroles toutes aussi bien ciselées parachèvent une oeuvre tout à fait Gilmourienne.  Un court solo de guitare lancinante prend ensuite la main, prélude à « A boat lies waiting ». Quelques mots difficilement compréhensibles et un rire d’enfant ouvrent le morceau, introduisant un titre lancinant mais néanmoins très poétique, dont le texte onirique, écrit dans un anglais recherché, nous laisse libres d’imaginer ce port auquel Gilmour semble faire allusion, possiblement celui du Styx (représenté dans le clip de « Rattle that lock »). Titre plus dynamique mais toujours dans la même veine, « Dancing right in front of me » poursuit le voyage. Toujours aussi typique de Gilmour, ce morceau se dote toutefois d’un intermède extrêmement jazzy plutôt surprenant mais tout à fait en cohérence avec le reste du morceau.

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C’est par un air sifflé que débute « In any tongue », sixième titre de l’album. Beaucoup plus lourd de sens et moins abstrait que les précédents morceaux, celui-ci s’attèle à raconter les sentiments d’un jeune soldat au champ de bataille. Plus profondément, c’est une sorte de critique de l’engagement militaire et notamment de l’incompréhension de ce qu’implique le meurtre que tente de formuler l’artiste. Gilmour semble d’ailleurs faire une référence au fameux « Bohemian rapshody » de Queen  à la fin de son deuxième couplet avec cette phrase: « I hear « Mama » sounds the same in any tongue »; le mot « mama » étant une partie importante de la complainte du condamné dans l’oeuvre de Queen.  La pression de ce titre un peu plus profond redescend rapidement avec celui qui suit. « The girl in the yellow dress », morceau très jazzy, plein de saxophone et de piano « lounge », offre une toute autre perspective et tranche un peu avec le reste de l’opus, bien que la voix de Gilmour assure la cohérence.

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C’est ensuite « Today » qui achève la partie chantée de l’album. Titre très 80’s, « today » rappelle beaucoup les précédents albums de Gilmour, notamment About Face. Beaucoup plus entraînant que les précédents morceaux, celui-ci redonne le dynamisme avec lequel « Rattle that lock » ouvrait l’album. Le texte, un peu plus accessible que les autres, raconte tout simplement l’histoire d’un homme pris dans le quotidien et l’anxiété qui décide de lâcher prise et de retourner à l’insouciance. L’album se ferme avec un morceau instrumental, « And then… ». Le titre reprend le thème de « 5 a.m. », le morceau instrumental qui avait ouvert l’album, bouclant ainsi la boucle, refermant un album extrêmement Gilmourien.

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Finalement avec Rattle That lock, Gilmour nous ramène à l’essence de son travail, un style qu’il avait introduit avec Pink Floyd sur A Momentary Lapse of Reason et The Division Bell puis en solo avec ses trois premiers albums. Finalement, c’est aussi le cadenas de Pink Floyd que Gilmour entendait fracasser, les chaînes qui le ramenaient sans cesse à ce groupe qu’il considère aujourd’hui comme terminé mais qui toutefois revient sans cesse dans sa musique et son écriture, dans son style onirique et intemporel.