Que reste-t-il de Bowie ?

  • Musique 
  • jeudi 14 janvier 2016 à 11:48 GMT

« Do you remember a guy that’s been
In such an early song
I’ve heard a rumour from ground control
Oh no, don’t say it’s true »

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Après près d’un demi siècle de carrière, à l’âge de 69 ans, David Bowie a rejoint Ziggy Stardust au panthéon des Rock stars que l’on croyait immortelles. L’artiste laisse derrière lui plus d’une vingtaine d’albums, dans des genres extrêmement variés, et surtout une présence presque divine dans le monde du Rock, et de la musique en générale. Ayant collaboré avec les plus grands, de Queen à Mick Jagger en passant par Iggy Pop et Lou Reed, David Bowie s’est imposé comme LA référence dans son domaine. Alors que reste-t-il de ce qu’était Bowie ?

Bowie et le troisième sexe

« You’ve got your mother in a whirl
She’s not sure if you’re a boy or a girl »

L’une des principales originalité du style Bowie, c’est son androgynie. Parfois homme, parfois femme, parfois aucun, Bowie a réussi à surpasser la question du genre au travers de son oeuvre, allant au delà  de sa propre identité et toujours en quête de questionnement. Par des personnages comme Ziggy Stardust ou Halloween Jack, Bowie propose des personnalités ambigües, parfois échappant même à leur humanité (le personnage de Ziggy étant un extraterrestre), tandis qu’au travers d’autres personnages comme the Thin white duke c’est un style bien plus masculin qu’il arbore. Alors que reste-t-il de cette ambivalence ?

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Du côté francophone, on peut bien sur penser à Christine & the Queens. Se définissant elle même comme un petit garçon, l’artiste est le plus souvent habillée à la garçonne, un peu comme un Bowie époque Thin white duke. Toujours francophone, mais un peu plus ancien, on pourrait citer Indochine et plus particulièrement Nicolas Sirkis comme des descendants presque directs de Bowie. L’interprète de troisième sexe revendique ainsi un style androgyne, qui bien que beaucoup plus sobre que les costumes de Bowie, induit un héritage claire, un genre de Ziggy Stardust gothique. Un groupe plus international comme Placebo incarne lui aussi cet esprit de questionnement sur l’identité, le genre et la sexualité qui faisait partie de ce qu’était Bowie. Le groupe connaissait d’ailleurs intimement le thin white duke, dont ils avaient assuré la première partie au tout début de leur carrière. Au travers de ses textes et de son style, le chanteur, Brian Molko, entretient depuis toujours l’ambigüité autour de son androgynie, un peu à la façon des légendes urbaines sur la vie sexuelle de David Bowie a qui l’on prête des aventures avec Tina Turner, Liz Taylor ou même Mick Jagger. Finalement, comment ne pas parler de Lady gaga lorsque l’on parle d’identité et de travestissement ? l’écart musicale en Bowie et Gaga est certes conséquent, mais en matière d’exubérance, aucun doute que les costumes de la Mother Monster n’auraient eu aucune chance d’être crédibles si Halloween Jack ou Ziggy Stardust n’avaient pas été là avant ! D’ailleurs la tenue de Pierrot de la Lune que la chanteuse arbore sur la pochette de son single applause n’est pas sans rappeler le clown de Ashes to Ashes

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Rock & Roll is not dead

« He took it all too far but boy could he play guitar »

Soumis comme tous les artistes à la loi du marché, Bowie a suivi les modes musicales successives, mais toutefois sans jamais abandonner ses racines rock’n rollesques. Bien qu’en perpétuelle évolution, la musique de Bowie garde cette constante d’appartenir à des genre différents du Rock, du progressif au Rock’n Roll l’artiste a exploré pendant sa carrière la large palette qu’offre le genre. Mais qui aujourd’hui pourrait être aussi doué que David Bowie pour nager à contre courant, le Rock’n Roll est-il mort avec lui ?

British singer, actor and musician David Bowie, 1974. (Photo by Terry O'Neill/Getty Images)

Durant sa carrière, Bowie s’est chargé lui même de nommer ses dauphins. On a déja évoqué Placebo, qui a jouit durant toute sa carrière de la bienveillance du Thin white duke, mais plus récemment, l’artiste anglais s’était révélé très emballé par les québécois d’Arcade Fire pour lesquels il avait d’ailleurs accepter de faire une apparition sur le titre Reflektor. Dans des styles plus hétéroclites, on pourrait citer Coldplay qui partage avec Bowie l’idée des albums-concepts et de l’évolution constante dans le style musical, ou Lana Del Rey qui a travers des morceaux à la Nancy Sinatra ou son personnage très 50’s perpétue une certaine facette du Rock’n Roll. Comme l’a montré David Bowie par des albums comme Let’s Dance, le Rock’n Roll et la pop ne sont pas mutuellement exclusif, Le Rock’n Roll n’est donc pas mort, il est simplement plus dissout dans la culture populaire.

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Bowie l’inégalable

 Si Bowie ne part pas sans laisser d’héritiers, il est certain qu’aucun n’arrivera jamais à la cheville du maître. L’artiste aura fait de sa vie entière une oeuvre d’art exubérante, singulière et baroque, allant jusqu’à mettre en scène sa mort prémonitoire dans son album testament, Blackstar, notamment dans la chanson Lazarus où Bowie qui se voit déjà mort fait un bilan froid et sans concession de sa vie, un morceau qui sonnait comme un avertissement seulement quelques jours avant sa disparition.

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« Look up here, I’m in heaven
I’ve got scars that can’t be seen
I’ve got drama, can’t be stolen
Everybody knows me now »