Portrait : Hicham Lasri, l’instinct…

 

Le film The End a sans aucun doute fait partie des films qui ont le plus suscité l’attention lors du festival de Tanger. Pour certains, il est le précurseur d’une nouvelle vague. Pour d’autres, rien de plus qu’un délire…. Artisthick est allé chercher, pour vous, l’origine même de cet intérêt : Hicham Lasri. Donner simplement un nom et prénom à cette origine serait le vulgaire travail d’un générique dénué de couleurs. Qui est-il ? Comment crée-t-il ? Deux questions qui permettent d’éclairer la constitution et le fonctionnement de ces hommes qui, à l’ombre des projecteurs, forgent vos rêves.

 

Les débuts…

Hicham Lasri semble être l’incarnation même du réalisateur atypique. Juriste de formation, rien ne laissait paraitre que la vie le mènerait derrière une caméra. En effet, après sa formation de juriste, il décide d’aller en France pour étudier sa passion qu’est le cinéma, non pas dans les livres, mais aux côtés de vrais cinéastes; car comme nous le précise-t-il : « La formation d’un réalisateur va bien au delà de la simple théorie. Certes celle-ci est importante, mais être réalisateur nécessite le développement d’une forte personnalité qui vous permettra d’aller au bout de certains aléas : problèmes techniques, gestion des acteurs, surmenage… » Il a ainsi travaillé quelques années en tant que scénariste aux côtés d’autres cinéastes, ce qui lui a permis, outre sa personnalité, de développer un certain perfectionnisme et goût pour le détail, conditions sine qua non au travail qu’accomplit le réalisateur.

 

 

 

L’inspiration…

La première question qui se pose lorsque l’on porte un regard sur une œuvre traite sans doute de l’origine de cette dernière. C’est donc légitimement que nous nous sommes intéressés aux inspirations d’Hicham Lasri. Néanmoins, toujours dans cet originalité, celui-ci nous répond que percevoir « le cinéma comme une inspiration pour un autre cinéma » n’a pas d’intérêt pour lui. En effet, le cinéma, selon lui, doit être la retranscription de la vie, de certains moments de poésie que peut vivre un homme et qui, donc, est fondamentalement différente selon l’homme qui l’effectue. Ainsi, son film The End, n’est autre que la vision personnelle d’une sorte de « rêve sociologique » d’un Maroc qui n’existe plus : « un Maroc de mon adolescence » précise-t-il. Cependant, curiosité oblige ! Nous insistons, quelles œuvres ? Quels hommes ont bien pu forger ce caractère, cette vision ? Hicham Lasri concède que malgré un désir de se détacher de ces inspirations, l’inconscient est présent : « C’est toute la beauté de l’inconscient, bon nombre de personnes m’ont cité des réalisateurs auxquels je n’avais pas pensé ! ». De plus, il ajoute que durant toute la durée du tournage, il avait eu en tête Robert Bresson, célèbre réalisateur et scénariste français (L’argent, Lancelot du Lac…) pour sa rigueur et son caractère. En effet, le cinéma de Bresson est très loin de la complaisance, en plus d’un caractère très marqué lors des tournages.

 

Vous écrivez, non ?

Lorsqu’il ne fait pas de cinéma, Lasri lit mais surtout écrit. Il ne manque pas de nous le faire savoir lorsque nous abordons ces inspirations : « Je ne me limite pas uniquement au cinéma pour faire du cinéma. Avoir d’autres sources d’inspirations tels que les livres permet d’ouvrir bien plus d’horizons… » S’inspirer d’un livre ne se limite pas uniquement à une simple recherche de thèmes ou sujets, mais consiste aussi à développer ou enrichir le côté technique ainsi que l’approche du film.

 

 

Vous regrettez…

Hicham Lasri nous explique que depuis quelques temps, les progrès technologiques ainsi que la nouvelle génération de cinéastes tentaient désespérément de reproduire ce qui leur a plu : un plan, une image, un effet… « C’est une chose que je condamne, car au fond, ce n’est pas sain… Ça ne sert à rien d’être un réalisateur si c’est pour laisser sa sensibilité au placard et venir jouer les vulgaires copistes. Le film doit être le plus proche de ce qu’on est, et ce n’est qu’à ce moment que le film sera sincère. »

 

Cinéma « marocain »…

Après avoir vu le film d’Hicham Lasri, nous avons été interpellés par sa singularité qui se détache totalement du paysage cinématographique marocain actuel. C’est ainsi que nous l’avons questionné sur sa vision de cet actuel paysage. Seulement, encore une fois, la question qui semblait admettre grosso modo deux modèles de réponse ne rentrait pas dans « le moule Lasri ». En effet, Hicham insiste sur le fait qu’il ne se place dans aucun cinéma : « Le cinéma ne se limite pas aux frontières, et chaque réalisateur, pour peu qu’il ne s’adonne pas à de simples exercices de copie, a son propre cinéma qui est en conséquence unique. » Il affirme qu’il réalise un film s’adressant à toute personne susceptible d’avoir une sensibilité. De plus, ce dernier ne semble pas apprécier l’idée que son film soit perçu comme une vulgaire envie de se démarquer d’un quelconque groupe, et ce, outre le fait qu’il ne reconnait aucune appartenance. « À force de se préoccuper de ce genre de choses, on se retrouve à faire du cinéma exclusivement pour les autres : c’est sans aucun intérêt. »

 

 

The End, de l’audace ?

The End est clairement un film qui ne laisse pas indifférent. Prévu pour décembre, le film de Hicham Lasri est le fruit de plusieurs choix plus ou moins surprenants : noir et blanc, absence de musique… Serait-ce le désir de relever un défi ? Défi dont l’aboutissement serait d’autant plus gratifiant étant donné que c’est le premier long métrage de notre réalisateur. Il ne répond ni par « oui », ni par « non ». Le cinéma doit être un regard porté sur le monde, un monde complexe : c’est donc un simple syllogisme qui amène l’idée, que selon lui, le cinéma se doit d’être complexe pour être fidèle au regard qu’y porte son réalisateur. C’est aisément qu’il explique un à un certains des choix les plus intriguants : « Si je raconte la fable d’un Maroc d’hier, c’est pour moi inconcevable de le faire en couleur ! »

 

Et parce que c’est pour vous Artisthickeur/euses !

« Mon film est porté par certains cinéphiles, j’espère avoir crée certaines aspirations, vocations et surtout discussions. Nous vivons dans un monde où la communication est simple. Profitez-en ! Au lieu d’enchaîner des fresques de « smileys », parlons de choses intéressantes qui feront avancer les choses. Lorsque j’observe ces jeunes qui s’intéressent de plus en plus à la culture, je ne peux qu’être confiant. »

 

La Bande Annonce de The End, sortie prévue en Décembre