Parfums d’Alger: Le film qui dérange

Après plusieurs semaines d’attente, le réalisateur Rachid Benhadj lève le voile sur la plus importante coproduction depuis «  Hors la loi », qui a été projetée le 11 Octobre en avant-première à Alger.

« Parfums d’Alger » explore le destin d’une célèbre photographe algérienne, Karima, qui avait quitté sa patrie pour une carrière à Paris, mais qui se voit obligée, apprenant son agonie, de revenir au chevet de son père, ce père dictateur repoussant contre lequel elle s’est révoltée 20 ans auparavant.

Karima se retrouve donc confrontée à son passé qu’elle a tenté de fuir et semble rattrapée par ce pays qu’elle a essayé d’oublier, ce retour parmi les siens va raviver des souvenirs et réveiller des blessures qu’elle avait cru cicatrisées, mais va surtout l’amener à renouer les fils épars de son histoire.

Extraits du débat qui a suivi la projection presse, relevés par le réalisateur Nabil Benhadj :

« Quand on perd sa mémoire on vieillit. C’est une étrangère, il ne lui reste rien d’algérien. Elle a renoncé à son algérianité, même en effaçant sa langue. Elle vit avec quelqu’un qui ne connaît rien d’elle. Elle est doublement étrangère. Elle souffre d’un gros problème d’identité. Elle est froide comme un glaçon car c’est ça qu’on devient en occident. On prend la nature de l’Occident. Karima a coupé avec sa réalité. Elle est loin de la réalité »

« Il y a des parfums qui sont bons à sentir mais faut pas exagérer, ils peuvent tuer. J’évoque la mémoire. La photographe tente de s’interroger sur ce qui s’est passé durant ses années d’absence. On a toujours cette interrogation lorsqu’on revient au pays. Qu’est-ce qui a changé ? D’autres pays arabes vivent actuellement des situations parallèles par rapport à ce qu’a vécu l’Algérie. J’ai cette impression que nous avons la mémoire courte. On ne s’en inspire pas »


Pour ce qui est du casting, on retrouve Monica Guerritore, l’une des actrices les plus glamours de la scène italienne, qui prendra sur les épaules toute la charge du rôle de Karima. Elle partage la vedette avec Adel Djafri, Chafia Boudraa, Rym Takoucht (belle surprise selon le cinéaste) et beaucoup d’autres acteurs qui se seront montrés fort convaincants.

Tourné entre Alger et Paris, le long métrage offre en outre une esthétique parfaitement réussie dûe en grande partie au directeur photo perfectionniste Vittorio Storaro, Oscarisé à plusieurs reprises notamment sur le film « Apocalypse Now » .

Rachid Benhadj qui compte à son actif quelques longs métrages, notamment « le Pain nu  »   en 1995, l’adaptation du roman éponyme de l’écrivain marocain, Mohamed Choukri, a tenté de mettre en avant les années de violence qu’a connu l’Algérie durant “ la décennie noire ” des 1990, ainsi que le conflit de générations et la longue lutte des femmes pour leurs droits.

Coproduit par l’Agence algérienne pour le Rayonnement Culturel (AARC) et la société Net Diffusion, avec le soutien du Ministère de la Culture sur avis de la commission de lecture du FDATIC, Parfums d’Alger est d’ores et déjà sélectionné dans plusieurs festivals internationaux.

Image de prévisualisation YouTube