« Pantha Du Prince » – Le voyageur contemplant une mer de nuages

« music slumbers in all matter; any sound, even silence, is already music. »

La carrière musicale de Hendrik Weber, alias Pantha du Prince démarrait en 2002 avec la parution du maxi Nowhere. Son premier album, Diamond Daze suivait en 2004 sous le label Dial Records, localisé à Hambourg dans le nord de l’Allemagne, Pantha du Prince représente probablement mieux que beaucoup d’autres DJ le caractère et l’esprit romantique d’une génération de jeunes allemands dans les centres urbains sombres et froids des grandes métropoles. Une génération de ceux qui se languissent d’un refuge dans une sphère isolée dans une conscience de nostalgie et de mélancolie qui ressemble beaucoup à celle du romantisme allemand du 18ème siècle s’opposant au rationalisme rigide de la société. Aujourd’hui, comme à l’époque du grand poète et romancier Novalis, la génération de jeunes allemands et de jeunes partout dans le monde, semblent faire face à une réalité envahissante et complexe qui s’impose avec beaucoup de puissance et qui risque d’effacer toute sorte de merveilleux, de fantastique et de mystérieux.

La crainte omniprésente du chômage et d’une descente sociale, devant l’effondrement du système financier mondial après les crises des dernières années. Devant les révolutions politiques et sociales dans le monde arabe qui laissent les pays de l’Europe, étonnés et perplexes, face à la vitesse des bouleversements populaires. Pour ceux qui se sentent perdus dans un océan immense, profond et tellement complexe d’énonciations et d’informations, les sons électroniques de Pantha du Prince leur proposent le calme, la simplicité et la clarté d’un autre monde. D’un monde énigmatique de chaleur de douceur et de sécurité. D’un monde loin de la rationalité pénible et des nécessités pragmatiques qui permettent la faiblesse et l’imperfection. Enregistré en partie dans un chalet situé en pleine montagne, dans les Alpes suisses, Black Noise  (en 2010, cette fois sous le label Rough Trade) offre une atmosphère organique, orageuse, fortement imprégnée du climat environnant. Hendrik Weber a notamment utilisé des sons enregistrés en pleine nature pour atteindre ce résultat proche de l’atmosphère des tableaux de paysage de Caspar David Friedrich, chef du fil de la peinture romantique allemande. L’image de la forêt est peut-être le condensé pure de la nature, de l’esprit et du sentiment allemand. Ces forêts denses, brumeuses, humides, fraiches, dont les arbres sont boisés de mousse à couleur verte foncée, la terre recouvertes par des couches de feuilles dans des couleurs rouges et jaunes.

« Le voyageur contemplant une mer de nuages » était l’œuvre le plus répondu de Friedrich. Un voyageur vu de dos, debout au sommet d’une montagne regardant le paysage avec une canne à la main. Une mer de nuages où percent des pics rocheux. Une suite de montagnes et vue sur le ciel jusqu’au bout de l’horizon. Ce voyageur qui semble dominer la nature et qui se trouve néanmoins en position de faiblesse. Qui apprend l’humilité devant la majesté de l’arrêt et du calme et devant la dignité de l’inconnu.  Novalis disait un jour « Le monde doit être romantisé. Ainsi on retrouvera le sens originel. […] Quand je donne aux choses communes un sens auguste, aux réalités habituelles un sens mystérieux, […] au fini un air, un reflet, un éclat d’infini : je les romantise ».

Par sa musique, Pantha du Prince peint des tableaux de voyageurs modernes, contemporains qui cheminent dans des sphères de particules sonores. Pantha du Prince est avant tout un romancier allemand qui valorise la magie et la musique qui se crée dans un état de calme.