On y était : Le Trio Joubrane à Casablanca

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Ils sont trois, se disent six. Hier, ils étaient huit, neuf, si l’on compte feu Mahmoud Darwish dont l’esprit et les oeuvres accompagnent et inspirent le trio. Ils se disent six parce que, comme tout artiste qui se respecte, ils chérissent leur art et leurs instruments comme on chérirait un ami, un compagnon de route,un confident. Les trois autres, ce sont leurs trois Ouds, façonnés de la main de Wisssam, ayant appris l’art de la confection des instruments musicaux de son père puis sur les bancs de l’illustre Institut Antonio Stradivari dont il fut le premier lauréat du monde arabe. Ajoutez-y le virtuose Youssef Hbeisch à la percussion , et voilà les huit.

Le trio jouait au Studio des Arts Vivants en l’honneur de l’Association Al Ihsane qui acceuille les bébés et enfants de bas âge et sans famille. C’est que, sillonnant le monde avec leurs Ouds et leurs chants, la mission du Trio est humanitaire au delà de son côté artistique. Véritables porte-voix de la cause Palestinienne de par le monde, ce sont les Darwish de la musique, et ils ont à cette occasion fait une digression par rapport à leur vocation principale. Quelque part, les palestiniens sont aussi des enfants privés d’une mère, d’un foyer, de la patrie châtrée par la main du colon, quoique le trio ait dit, en évoquant la situation de la Palestine: « Nous ne sommes pas des victimes et ne voulons pas être des héros. Nous voulons vivre en paix « .

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Le reflet du jeu de lumières tamisées sur les trois Ouds, les seuls illuminés par moments, rappelait une bougie éclairée dans le noir, symbole de la survivance  de l’espoir et du rêve, créant une ambiance mystique propice au délice et à l’enchantement. Les trois Joubrane, accompagnés du savant percussioniste Youssef Hbeisch ont ainsi joué, chanté, inspiré, commémoré, instruit, aidé, le tout dans une soirée que l’on n’oubliera pas de sitôt. Pour clore, les trois se sont réunis, en choeur sur un seul Oud pour jouer un magnifique morceau qui en dit long sur la parfaite harmonie des trois frères.

J’avais fait le voyage de Meknès avec l’espoir que les poèmes de Darwish, auxquels le jeu du trio servait de fond musical de son vécu, seraient de la partie. Je n’ai pas été déçu. A trois reprises, la voix de l’éminent poète a retenti et rimé, sortie d’un autre âge, mélancolique  rappel de la plus grosse perte de ce siècle. En plus de leur virtuosité, , la seule idée que ces trois avaient côtoyé Darwish leur conférait un charme particulier.  Vivront-ils à jamais dans son ombre? Nous n’en serions pas désolés.