On y était : Le Trio Joubran aux Nuits du Ramadan 2013

Trio 7

Crédit photo : Anouar Akrouh

Ventres pleins, enthousiastes et prêts à vivre un bon moment, nous nous sommes dirigés un peu avant 22h au Palais des Institutions Italiennes de Tanger. Beaucoup de monde attendait déjà là que les portes s’ouvrent. Le public était majoritairement très jeune à la différence des autres événements organisés par l’Institut Français dans la ville. Mais les habitués des concerts et festivals étaient là aussi, parmi eux d’importantes personnalités politiques et culturelles de la ville.

Quelques minutes après, les portes s’ouvrent et les chaises se remplissent rapidement, obligeant beaucoup de personnes à s’installer debout sur les côtés de cette scène habituelle où se déroulent nombre des concerts d’été à ciel ouvert à Tanger. L’endroit rempli, les trois frères entrent sur scène sous une première standing ovation. Un tonnerre d’applaudissements pour un trio que l’on a plus besoin de présenter au Maroc : formé en 2004 par Samir, Wissam et Adnan Joubran, héritiers d’une famille palestinienne d’oûdistes, ce groupe fait vibrer depuis plusieurs années le monde arabe mais aussi de nombreux autres pays aux rythmes du Oûd dont ils sont virtuoses, et des percussions de Yousef Hbeisch qui viennent épouser merveilleusement leurs musiques.

 Trio 4

Ils ont en effet fait vibrer l’endroit : avec un très beau jeu d’ombres et de lumière, une ambiance poétique s’est installée, transportant le public, attentif et envoûté. Le temps s’est arrêté à Tanger pour une soirée. Mais ce n’est pas la première fois que cela arrive, ils y avaient déjà joué deux ans plus tôt, et le public savait qu’il n’allait pas être déçu. Et il ne l’a effectivement pas été. Ce fut un moment intense de partage avec les quatre musiciens.

Après une première introduction en arabe où Samir a expliqué que l’année 2013 est particulière pour eux, fêtant leur 10 ans d’une part, et leur réception de l’Ordre du Mérite et de l’Excellence de la part du Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas d’autre part, le trio a voulu rendre hommage au poète, et surtout ami très proche du groupe, Mahmoud Darwish à travers des morceaux des albums Majaz (2007) et Asfar (2011). Le public les félicite en applaudissant et en scandant des mots de soutien à la Palestine au moment où Samir commence à réciter les paroles de Darwish et son espoir de voir un jour la Palestine s’associer au Maroc, et au monde arabe en général, en tant que pays libre et autonome.

La soirée a été tantôt calme, tantôt rythmée, le tout dans une ambiance festive et légère : les « battles » entre les frères, leurs sourires complices, les rythmes de percussions effrénés qui épousaient les mouvements de hanche de la jeune danseuse improvisée qui n’a pas cessé de danser pendant tout le concert sur le côté de la scène, les applaudissements du public et les zgharets des femmes (et de certains messieurs aussi) qui ont suivi le long «Slat ou Slam» qu’a offert le public au trio en toute sincérité. Ils ont réussi à enchanter chaque membre du public, les poussant à se lever pour applaudir, et crier haut et fort, parfois même un peu trop brisant la beauté et la splendeur des morceaux et obligeant les spectateurs à redescendre sur terre et sortir de leur rêverie.

Trio 8

Mis à part ce petit bémol, la soirée fut d’une grande qualité. Beaucoup d’humilité et de simplicité se sont fait ressentir de la part des trois frères palestiniens qui ont invités le public à chanter «Ahwak» de Abdel Halim Hafez avec eux, au grand bonheur de toutes nos mamans qui ont chanté de bons coeurs, nostalgiques des grands concerts des chanteurs arabes d’antan. Une soirée pleine d’émotions donc pour toutes les générations, conclue par une standing ovation encore plus forte que la première. Le trio nous a offert un ultime morceau, Masar, une dernière occasion de vivre l’instant et d’oublier le temps. Un grand merci donc aux frères Joubran pour ce grand moment, mais aussi à l’Institut Français qui nous offre toujours de grands concerts sur la ville.

Image de prévisualisation YouTube