On y était: le Festival International du Film de Marrakech

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  • dimanche 14 décembre 2014 à 20:41 GMT

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Le FIFM en est déjà à sa 14e édition, et il continue de séduire et d’attirer des stars du cinéma des quatre coins du monde. Princesse des Almoravides et égérie d’Yves Saint Laurent, la ville ocre se transforme en l’espace d’une semaine en un carrefour d’amants du 7e art. La poussière dorée s’élève du tapis rouge sous les pas de ces monstres sacrés et ces divas élégantes en commençant par la Directrice du festival, la ravissante Mélita Toscan du Plantier qui a donné sa vie à cet événement unique. Parfois critiqué pour le lourd budget qu’il engage, le FIFM n’a rien perdu de son éclat.  Loin des autres festivals où le business prime, loin de la Mostra, de Cannes ou du César où il faut vendre son film, Marrakech est un point de rencontre de réalisateurs et de cinéphiles qui prennent le temps d’échanger leurs idées et de partager leur passion. Le soir venu, le Palais des Congrès se met sur son trente-et-un, le tapis rouge voit défiler Jeremy Irons, Adil Imam, Mélanie Laurent, Alan Rickman ou encore le créateur de chaussures français Christian Louboutin.

Un jury diversifié et fringuant

Succédant à Martin Scorcese, le jury est présidé cette année par Isabelle Huppert. Révélée par Goretta pour son rôle dans La Dentellière, elle a tourné avec les grands noms du cinéma français: Chabrol, Godard,  Jacquot mais aussi avec l’autrichien Haneke avec son rôle dans La Pianiste. A ses côtés, la très belle et sensuelle Mélanie Laurent (Shoshana dans Inglorious Basterds de Tarentino), le très british et dandy Alan Rickman (Snape dans la saga Harry Potter), mais aussi l’indien Ritesh Batra, le rital Mario Martone, le français Bertrand Bonello, la danoise Susanne Bier, le roumain Cristian Mungiu ou encore le cinéaste marocain Moumen Smihi. Le jury honorera Adil Imam (L’immeuble Yaacubian), le polyglotte Viggo Mortensen (Aragorn dans Le seigneur des Anneaux, Frank Hopkins dans Hidalgo) et Jeremy Irons ( Le Mystère von Bülow et Tibérias dans Kingdom of Heaven) qu’Orson Welles décrivait comme « un acteur « royal », un acteur dont la voix, la stature, la présence et la classe sont ceux d’un monarque ».

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Mélanie Laurent, membre du jury, honorant Viggo Mortensen

Le Maroc à l’honneur avec l’Orchestre des Aveugles

Émouvant, poétique et nostalgique, son auteur, Mohamed Mouftakir, y rend un hommage à son père et y traite de sujets difficiles, voire tabous,  tels que le manque de liberté d’opinion durant les années 60 et 70, mais on y retrouve aussi des valeurs fortes qui y sont dépeintes à travers la relation liant le père, le violoniste Houcine Bidra (joué par le grand Younès Mégri), à son fils, Mimou (joué par Elias El Jani, âgé de 10 ans seulement, une révélation!) . Le film change des long métrages aux thèmes recyclés, souvent mal tournés. L’Orchestre des aveugles est un film esthétique où l’image et le son sont travaillés, où le scénario est structuré, solide et séduisant. L’Orchestre des aveugles est enfin un espoir pour le cinéma marocain.

Article détaillé: Coup de coeur : L’Orchestre des Aveugles de Mohamed Mouftakir #FIFM 

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De gauche à droite, Bille August, Benoit Jacquot et Alex de la Iglesia

C’est dans la salle des ambassadeurs, où les grands viennent faire leurs confidences et parler les yeux dans les yeux de leur art en se prêtant enfin à la myriade de questions du public assoiffé. C’est avec Alex de la Iglesia que s’ouvre la bal. Ce réalisateur natif de Bilbao qui fait lui-même des blagues sur les basques est une personne non seulement charismatique mais à la personnalité déjantée. Nul autre que lui ne sait mieux jongler avec l’humour noir qu’il maitrise tant. On citera volontiers des titres qui font pleurer de rire comme El Crimen ferpecto, Balada Triste où de tristes clowns se mettent a terroriser tout le monde ou encore Les sorcières de Zugarramurdi où Jésus cambriole un bijoutier en plein Madrid. Catholique de conviction, son humour n’a point de limites, des références religieuses aux personnages de dessins animés, il n’épargne rien. Derrière ses petites lunettes et ses airs d’intello, Bille August est l’un de ces réalisateurs qui font partie de ce cercle très fermé des lauréats de la Palme d’Or, lui en a eu deux! Il a adapté plusieurs romans au cinéma, on citera a titre d’exemple Pelle le conquérant ayant obtenu l’Oscar du meilleur film étranger. Il revient en 2007 avec Goodbye Bafana qui retrace la période d’incarcération de feu Nelson Mandela. Son dernier film très émouvant, Silent Heart, projeté durant le Festival, est une leçon de vie qui met les larmes aux yeux. Enfin, c’est le français Benoit Jacquot qui nous parle très franchement du cinéma et encourage les jeunes à se jeter à l’eau et à plonger dans l’incroyable aventure qu’est le septième art. Amant des femmes et des actrices, autoritaire et perfectionniste, il a eu plusieurs muses dont Isabelle Huppert, présidente du jury. Ce sont à présent, Léa Seydoux et Diane Kruger qui entament un chemin prometteur auprès du réalisateur avec le film en costumes Les Adieux à La reine, sorti en 2012. Jacquot nous rappelle que la France est le pays qui a vu naitre le cinéma et où les jeunes réalisateurs ont la chance de vivre leur passion sans entraves.

Les projections:

Des films en compétition à ceux qui en sont en dehors, Artisthick vous offre un bref aperçu et une petite critique de quelques films projetés dans la Salle des Ministres:

Mirage (Sczabolcs Hajdu): Avec son allure de western hongrois, il relate l’histoire d’un footballeur qui commet un crime et doit fuir. Ce dernier arrive dans un petit village où il découvrira rapidement qu’il est la proie d’une forme d’esclavage moderne et doit tout faire pour gagner sa liberté. Un film où le dialogue est minime pour ne pas dire absent. On est tenté de croire qu’il n’y a presque pas de scénario, le coté esthétique demeure néanmoins présent. Tueries à l’AK47, frissons et instants d’hystérie, le protagoniste ne distingue plus la réalité des tours que lui joue son esprit fatiguée sous le soleil brûlant.

Labour of Love (Aditya Vikram Sengupta) : Un film indien plein de poésie débutant par une douce mélodie au sarangi, qui rompt avec les conventions cinématographiques liées principalement au scénario censé présenter une évolution assez schématique des péripéties (premier obstacle, deuxième obstacle, climax puis dénouement). Le film ne commence véritablement qu’à la fin. Le réalisateur semble avoir pris le risque de perdre le spectateur et son attention, mais c’est un paris bien gagné. (Prix de la mise en scène)

Silent heart (Bille August): Un film émouvant et cathartique. Très beau tableau d’une famille danoise qui peine à accepter la décision de la mère âgée et atteinte d’une maladie rare. Celle-ci désire mettre un terme à sa vie pour arrêter de souffrir et faire souffrir les gens autour d’elle. Les thèmes de la famille, de la mort, du bonheur s’invitent à ce long métrage qui fait verser des larmes au plus rigide des cœurs et fait méditer le plus éparpillé des esprits. Dommage qu’il soit hors compétition.

Corrections class (Ivan Tverdovsky): Librement adapté du roman d’Ekaterina Murashova, le film traite d’un important sujet de société, celui de la vie parfois (toujours?) difficile des personnes physiquement handicapées. Les personnages du film issus d’une catégorie sociale très modeste (HLM russes) sont des ados en classes correctionnelles où il doivent faire leurs preuves pour intégrer une classe « normale ». La colère du spectateur monte au fur à mesure que Lena, la fille en fauteuil roulant, doit faire face à un milieu difficile, hostile, pressant et totalement en marge. Tombée amoureuse d’Anton, quelques instants d’adrénaline lui font oublier sa triste situation. Brisée, presque détruite mais toujours forte, elle est cet espoir qui se relève. Il s’agit du grand lauréat du Festival avec l’Etoile d’or.

Chrieg (Simon Jacquemet): C’est l’histoire d’un adolescent, Matteo, puni par ses parents et envoyé dans une ferme dans les montagnes suisses où il sera condamné aux travaux forcés. Il devra y faire ses preuves, car la vie y est rude. Il apprendra à voler avec ses autres amis, à vivre par la violence et à aimer la violence. Une haine envers le père notamment qui se développera et se déchaînera pendant ces quelques mois d’isolement, de vagabondage et de délinquance où ces jeunes mèneront leur « guerre » (chrieg en suisse germanique) à eux. Le film a été doublement récompensé, un prix décerné à l’acteur principal, très jeune et un deuxième au réalisateur Simon Jacquemet.

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Le monstre sacré du cinéma égyptien, Adil Imam, dansant sur le tapis rouge

Hommage au cinéma japonais

Ce mardi, une importante délégation nippone s’est déplacée à Marrakech pour recevoir l’Etoile d’or du festival. L’immense Salle des Ministres est pleine à craquer, même des invités de marque à l’instar de la danseuse orientale Noor ont du mal à se trouver une place. Ozu, Mizoguchi, Kurosawa ou Kitano sont tant de grands noms du cinéma japonais, ils en sont les pères fondateurs. Du cinéma muet aux premiers films inspirés du No et du Kabuki, le théâtre traditionnel japonais, le pays au soleil levant a été de très loin très prolifique et s’est depuis longtemps imposé sur la scène internationale auprès de Hollywood et son équivalent indien. D’après le grand réalisateur de films d’épouvante et de documentaires Hideo Nakata (Ring et Dark Water), près  de 500 films sont réalisés chaque année par les cinq grandes sociétés de production japonaises (GhibliKadokawa Herald PicturesNikkatsuShôchikuTôhô). Enfin, la directrice du jury Isabelle Hupert clôt son discours d’hommage par cette belle phrase : «Le Japon n’est pas un pays du cinéma mais le Cinéma ».

Jeremy Irons, cet amant caché de Marrakech

(Retrouvez toutes les vidéos inédites des cérémonies et interviews sur le site officiel du Festival)

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Nos remerciements à M. Karim Belbachir et à M. Mehdi Benssid, professeurs de l’option Cinéma Audio Visuel au Lycée Descartes de Rabat.