On a vu: 475, Quand le mariage devient châtiment

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Le 10 mars 2012, le suicide d’Amina Filali, contrainte d’épouser son violeur à l’âge de 15 ans, transcende la société civile :  ONG, associations et mouvements féministes pointèrent toutes du doigt l’article 475 du code pénal marocain qui stipule qu’en cas de viol, le « violeur » risque cinq ans de prison à moins qu’il n’épouse sa victime.

Après sit-ins et pétitions, le deuxième paragraphe de l’article 475 sera finalement abrogé par  la commission de la Justice et de la législation de la Chambre des conseillers il y a quelques semaines de là. Seulement, que savons-nous réellement de l’Affaire Amina Filali?

Le documentaire « 475 : When Marriage becomes punishment » a fait de cette interrogation sa thèse centrale. M’étant déjà penchée sur l’affaire Amina Filali à l’occasion d’un mémoire sur les mouvements de résistance féminine au Maroc, c’est donc avec un grand intérêt que j’attendis la mise en ligne de ce documentaire.

Le générique débute. Les images de festivités maritales et de fantasia se mêlent dans un tourbillon glauque. L’on flirte ici avec le belliqueux, le macabre. Le nom du collectif me rattrape : Guerilla Cinema. Ce n’est donc que ça.

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Puis le documentaire commence enfin. La narratrice commence par nous conter une légende, la légende qui a fait que le festival d’Imilchil soit  ce qu’il est aujourd’hui. Ce festival où de jeunes filles, parfois mineures, sont mariées un peu à la sauvette à de parfaits inconnus. Puis l’on nous propose une sorte de revue de presse sporadique: Des extraits du JT de 2M côtoient des bribes d’entretiens ou de témoignages. On verra défiler le Premier Ministre marocain et ses deux ministres Bassima Hakkaoui et Mostafa Ramid qui furent au cœur de la polémique.

Pour enrichir le débat et éclaircir certains points, on diffusa aussi des extraits d’entretien ou d’interview de Majdouline Lyazidi (fondatrice du mouvement Woman Choufouch), Johanna Buisson ( professeur à l’École de Gouvernance et d’Économie de Rabat) ou encore un de mes anciens professeurs et avocat à la Cour : Omar Bendjelloun. Dans un souci de transparence et d’équité du dialogue, Guerilla Cinema tentera de contacter ces derniers pour les besoins du documentaire : silence radio de la part des deux ministres. On saluera au passage la coopération de nos ministres et leur esprit de dialogue et d’ouverture.

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L’on devine l’intérêt et la pertinence de ces extraits médiatiques : en amont et en aval, l’on revisite le fait divers « Amina Filali ». Ceci dit, l’on devine aussi l’intérêt premier du documentaire  qui ne réside pas en soi dans l’histoire d’Amina mais dans la manière dont nos hommes politiques ont analysé, critiqué et colporté les faits. L’on se retrouve dans un tourbillon de propagandes, d’histoire abracadabrantes. On en oublierait presque l’essence première du débat : l’abolition du deuxième paragraphe de l’article 475 du code pénal.

Dans un deuxième temps, l’on change de décors et l’on part au village d’Amina. Ici, la narration joue un rôle conséquent car l’on se perdrait avec toutes ces images sporadiques, ces dialogues qui s’enchainent et ces histoires qui s’entre-mêlent. Guerilla Cinema  part à la rencontre du père d’Amina Filali. On écoute son histoire, on écoute la version des faits de la mère de la victime, des parents de son mari, puis on découvre aussi l’histoire de Chouaa qui vous laissera sans doute aussi sidérés que je ne le fus.

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Le documentaire n’en fini pas de pointer du doigt la mentalité patriarcale et dogmatique de la société marocaine. C’est comme cela qu’on se remémorera le suicide de Fadoua Laroui, mère célibataire, qui s’est immolée par le feu car poussée à bout par une société qui la marginalisait, qui l’humiliait.

« Si l’on pouvait, l’on fuirait ce pays. » Seulement, il faut rester. Rester et se battre.