Necropolis, le nouveau timelapse de Hamza Benkirane

  • Arts 
  • vendredi 17 mai 2013 à 16:18 GMT

Nous vous avions introduit Hamza Benkirane il y a quelques mois déjà, avec son premier timelapse « Casablanca doesn’t exist ». Cette fois, il nous reviens avec un nouveau travail sur la ville de Tanger intitulé Necropolis. Découverte.

« Chaque ville a ses objets inutiles.
Tanger s’est arrêtée en 1957 dans une cave, où sous les gravats on trouve un soupçon de vie et de vertige
Et l’on ne sait plus comment en finir avec la nostalgie,
cette maladie de la mémoire… »

Ce sont par ces propos que le jeune vidéaste décrit sa vidéo. Pourtant, comme je la vois, la ville de Tanger avance, avec son nouveau port, sa zone industrielle, ses nouveaux quartiers et immeubles. Pourquoi alors en garder cette image immobile ? Même si une partie de la population reste nostalgique de l’époque de gloire de tous les bâtiments que l’on voit dans le timelapse, une autre partie est dynamique et avance. Les Tangérois seraient-ils « coincés » dans la passé ? Le jeune artiste nous explique son ressenti.

« A Tanger, les cimetières occupent un champ d’espace urbain, où normalement ils ne devraient pas exister, contrairement à d’autres villes, où les cimetières se font plus discret, on va dire. Ici, ils y sont exposés, et peuvent prendre la fonction de parc, de terrain de jeu, ou même d’espace de repos ou de rencontres amoureuses. Aussi, il y a tout ce mythe dont « souffre » Tanger, celui de la nostalgie, de l’oubli, de l’hors temps. Sans oublier le nombre de vestiges, de traces qui marquent cette ville et qui l’ancrent dans tout son contexte. Chaque endroit, chaque coin de rue, chaque façade, retrace une vie antérieure, dans une poésie-grâce à la magnifique lumière dont jouit cette ville- et une authenticité remarquable.Elle serait aussi la première terre découverte par Noé, après le déluge, et donc après la mort.

Une très belle phrase de Tahar Ben Jelloun, qui synthétise de manière efficace, ce ressenti que j’ai. Bien sur la ville se développe dans les domaines qui touchent l’économie, mais c’est plutôt cet aspect qui pour moi est immobile. Sans vie, parfois même sans sens – je pense aux blocs de bétons qui ont pollués visuellement cette magnifique baie- alors que le centre regorge de vie et d’histoire, ce qui la rend incontestablement mobile avec son temps. Contrairement à Casablanca, cette poussée de l’économie tangéroise, n’a finalement pas altérer le plus important, son identité.

Je ne pense pas que les Tangérois soient coincés dans le passé, bien au contraire, ils ne souffrent pas de déphasage avec notre temps, c’est plutôt leurs visions de la vie, de l’échange, du relationnel, qui fait des Tangérois ce qu’ils sont. Des sortes de spectateurs du mouvement qui les entourent. C’est une passivité plaisante.

[A la question le travail sur cette vidéo a-t-il quelque chose de plus spécial que la première ?, il nous répond :] Je suppose que oui. « Casa n’existe pas » était un travail qui allait plus dans la réflexion, l’analyse. Alors que ce dernier timelapse a été réalisé de manière vraiment plus instinctive. Au coup de chance ou au coup de coeur, tout dépend du moment.

C’est un travail qui m’importe, dans la mesure où, j’ai pu capturer des images que je cherchais et qui me travaillait depuis quelques années dans mon imaginaire de Tangérois. Sans sombrer non plus dans un Tanger du déjà vu, je voulais vraiment en faire ressortir l’essence. Une chose qui a été assez compliqué, car cela pouvait vite basculer au Tanger carte postale, ce qui n’était aucunement mon envie. Il ne faut jamais trop lui forcer la main. »

Vous pouvez également regarder sa première vidéo sur sa chaîne Vimeo : http://vimeo.com/hamzabenkirane