My Makhzen and Me : Un mouvement, des jeunes, un documentaire

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  • Vendredi 3 février 2012 à 20:04 GMT

Eté 2011. Nadir Bouhmouch, étudiant marocain à l’étranger revient à son pays d’origine, le Maroc. Le pays est en agitation, entre réformes et contestations, plus personne ne sait où donner de la tête.  S’y trouve aussi un mouvement qui n’est vraisemblablement pas prêt de rentrer dans les rangs ni même de rechigner devant les menaces, les obstacles et les intimidations de tous genres. Un mouvement qui fut à l’origine d’une idée, une réflexion développée et commentée entre quelques jeunes sur Facebook. Ce mouvement n’est autre que celui du 20 Février. Rassemblement de jeunes et de moins jeunes puis aussi catalyseur de quelques cris de révolte quelques peu semblables à ceux qui se sont déjà faits entendre de par les pays arabes, en Tunisie et en Egypte pour ne citer qu’eux.

Nadir,  jeune étudiant décide dès son arrivée de suivre de très prés, par un documentaire filmé,  ce mouvement qui était alors -et qui est toujours-, entrain d’enchaîner manifestations et sit-ins pour contester le régime en place et la maigreur des réformes présentées. Devant ce mouvement et comme obstacle, Nadir présente un système fortement enraciné qui se dresse, monopolisant les mentalités et s’accaparant le pouvoir. Ce système n’est autre que le Makhzen, son propre Makhzen : entité désignant un entourage, une élite régnante refusant de lâcher prise nonobstant les oppositions faisant appel à une plus claire démocratie, à un respect des droits de l’Homme et à toujours beaucoup plus de libertés encore et encore.

Nadir Bouhmouch filme alors ce combat. Ce duel estampillé par la fougue contestataire des quelques jeunes fondateurs du mouvement mais aussi des autres sympathisants, déçus eux aussi par les réformes présentées. Une modeste lutte qui se veut  avant toute chose, l’apologie de la très célèbre citation de Francois Mitterand :« Les jeunes n’ont  pas toujours tort mais les adultes qui refusent de les écouter ont toujours tort ».  Nadir, accompagné de quelques amis qui feront office d’acteurs, filme alors le tout. Les manifestations, les débandades, la peur et la joie des manifestants. L’euphorie d’être réunis pour une seule et unique cause, la fin de l’arbitraire et de l’impunité. Il donnera à son premier documentaire le titre de My Makhzen And Me. Il explique le choix de ce titre par : « le titre est un peu ironique dans le sens que le contrat social de Rousseau est violé, le Makhzen ne répond pas et ne représente pas le peuple. » 

Aventure qui rime avec dangers et risques

Le projet, certes prometteur, n’a malheureusement pas connu que du bon, dès son début. Pour cause, la petite aventure dans laquelle s’était lancé ce jeune étudiant a failli être freinée avant même son commencement. Le tout a ainsi commencé lorsque Nadir, réalisateur du documentaire s’est tout bonnement vu confisquer son matériel pour ensuite effectuer lui-même quelques allers-retours entre certains bureaux de l’administration marocaine, dont ceux du Centre Cinématographique Marocain qui n’a jusqu’à présent pas levé un seul pouce pour ne serait-ce qu’encourager symboliquement le projet et son réalisateur. Les péripéties ou disons-les complications de l’affaire ne s’arrêteront pas là  : « Je me suis embarqué dans ce projet tout seul pour me permettre de m’immerger dans la foule et ainsi éviter de me faire remarquer. Cela n’a pas empêché que l’on me poursuive un jour jusqu’à ma voiture. » nous racontera, avec un certain regret, le jeune étudiant. Nonobstant cela, il outrepassera les petites difficultés en allant jusqu’à se procurer une petite caméra afin de ne pas trop attirer l’attention et la curiosité de quelques personnes de mauvaise foi.

Un sujet pas toujours facile à aborder

Pour cause, Nadir et sa caméra n’ont toujours pas eu de la part de quelques habitants des quartiers populaires, ce qu’ils voulaient. La peur prédominante ne pouvait que laisser de marbre tous ceux qui, pourtant, ont des choses à dire, à redire et surtout à dénoncer. «  J’ai utilisé ça pour avancer, et pour démontrer le rôle de la peur » nous confiera-t-il. Quant aux manifestations, Nadir note une volonté grandissante de la part de la foule d’aider, de parler, de se laisser filmer pour mieux faire passer l’information et pour alerter.

Cette peur n’était ainsi pas présente uniquement chez les habitants interrogés mais également chez le réalisateur qui avoue que cela a été sa plus grande difficulté, celle de surmonter sa propre auto-censure et toucher là où ça fait mal : Le silence et l’oubli que le film vient briser à jamais.

« J’ai presque tourné sans budget, j’ai ma caméra et mon ordinateur. »

Pour ce qui est du budget, le réalisateur ne rechigne pas à dire que le tout n’a été tourné qu’avec une modeste somme ne dépassant pas le millier de Dirhams. Son propre matériel d’étudiant et son ordinateur ont fait l’affaire. Même en ce qui concerne le son et la musique, ce n’est qu’un collègue à lui qui a accepté bénévolement d’arranger le tout. Même chose pour la traduction où quelques jeunes du mouvement 20 février se sont portés volontaires.

C’est ainsi que Nadir Bouhmouch signe ici son tout premier documentaire. L’étudiant qui est actuellement encore à l’université avec une double spécialité en film et en ISCOR (International Security and Conflict Resolution) á San Diego State University en Californie, est aussi activiste. Et quoi de plus étonnant aussi que de le voir président du groupe Amnesty International de sa propre université. Un petit parcours qui a toutes les chances de déboucher sur une grande carrière dans l’audiovisuel, chose dont nous avons grandement besoin étant donné les conjonctures actuelles où d’autres réalisateurs ont préféré parler de la pluie et du beau temps au lieu de braquer les projecteurs sur ce qu’il  y a de plus urgent, et de plus fondamental.

Rendez-vous alors, le 20 Février 2012, premier anniversaire du mouvement et où le film pourra être disponible sur son site officiel.

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