Mon père est femme de ménage, réalisé par Saphia Azzedine

Une comédie française et sociale qui aurait pu ne pas s’imposer, étant donné le sujet cliché traité, mais fort heureusement il n’en sera aucunement le cas. La toute nouvelle réalisatrice franco-marocaine Saphia Azzedine, séduit et ravit en menant magistralement son tout premier bébé cinématographique. Elle adapte ici son précédent roman du même nom avec une histoire qui aborde des thèmes sensibles. Des sujets qui ont été mis sur la table par moult cinéastes et auteurs, d’une manière à la fois complexée et simpliste. Chose qui ne touchera nullement à la chrysalide même des  sujets épineux en question. C’est là qu’intervient Saphia, avec une très jeune expérience pour ne pas dire une expérience qui n’a toujours pas vu le jour. Elle heurte les sujets, dissout les promiscuités, et accompagne le tout avec une comédie câline et attendrissante qui parvient à toucher le plus profond de nos sentiments. Merci Saphia !

L’histoire telle qu’elle a été écrite et reprise par Saphia a pour fond une France tiraillée par la diversité. Une France, où le simple fait de faire une remarque inopportune à un camarade pourrait être considéré comme une sérieuse attaque raciale. C’est dans cette atmosphère incertaine qu’évolue une petite famille de la classe ouvrière. Le film revient alors sur les quelques années d’un garçon de cette famille. Il s’appelle Polo, a 16 ans et emmagasine en lui tous les problèmes et complexes qu’un jeune de son âge pourrait avoir. Fragilisé par une mère malade qui reste clouée dans son lit à regarder des émissions culturelles, et ennuyé par une grande sœur qui n’a pour préoccupation que la couleur du vernis de ses ongles et de son avenir de Miss France. Elle rêve de le devenir, et s’entraîne déjà devant sa petite télévision.

Le petit Polo, relativement plus instruit que le reste des membres de sa famille -incultes à ses yeux-  ne trouvera de repères que chez son père. Un père qui gère avec aisance la maison familiale en prenant soin de chaque membre; avec brio la maison, le foyer et sa femme. Mais le hic encore dans cette situation, c’est que son père est …femme de ménage. Un handicap qui s’ajoutera aux autres complexes pour ralentir Polo et l’empêcher de traverser son cap de l’adolescence. Difficile pour ce jeune qui essayera aussi de tenir tête à ses camarades qui ne se gênent pas de lui rappeler la bassesse du métier de son père. Etre à son aise avec les filles sera plus dur encore quand il sait qu’il n’a malheureusement rien de quoi être fier dans cette France matérialiste et superficielle !

Et ce sont ces contradictions et ces malaises que Saphia Azzedine saura merveilleusement traiter, afin de mettre en avant une dignité: celle de garder toujours la tête haute. Peu importe ses moyens financiers et ses dures tâches quotidiennes, le père gardera son sourire, et n’hésitera pas à offrir à son enfant la meilleure éducation possible ainsi que tout l’Amour d’un père. Dans ce rôle du père raté mais toutefois humble, nous aurons un François Cluzet au meilleur de sa forme. Sans oublier aussi le jeune Jérémie Duvall qui étonne et surprend encore une fois après Le fils à Jo, dans le rôle de l’enfant.

Quant au scénario, il ne pourra décevoir, étant donné qu’il a été concocté par la réalisatrice qui est aussi écrivaine au talent confirmé. Un scénario simple, mais riche en thèmes. Une simplicité profonde qui ajoutera à ce film  un brin à la fois humoristique et sentimental. Oui, vos larmes et vos rires feront actes de présence.

Le point fort de ce film revient également à sa courte durée: une heure et quart. Une durée relativement réduite dont Saphia a su profiter pour ne laisser place à aucun ennui possible. Des temps d’ennuis fréquents dans n’importe quel film, que la réalisatrice évite sans problème. Cela contribuera à donner au tout un aspect plus ou moins léger, toutefois riche en contenu.

En bref, pour un début, s’en est un très bon ! Mises à part les quelques erreurs de mise en scène qui frôlent le naturel excessif, le film est une très belle performance de la part de cette jeune réalisatrice native d’Agadir. Les sujets sont nombreux, les acteurs splendides, sans oublier les clins d’œil à une société française gênée de par sa diversité.

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Une note de 4/5 serait amplement méritée.
À voir absolument.