Melody Gardot, l’interview: Je resterai reconnaissante envers le public marocain

  • Musique 
  • mercredi 10 avril 2013 à 16:54 GMT

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Il est minuit passé de quelques minutes, les mélomanes de Jazzablanca quittent l’Hippodrome d’Anfa transformé le temps d’une semaine en carrefour de Jazz pour la 8ème édition de Jazzablanca. Pour la première soirée du festival, Melody Gardot a réussi son pari, celui de transporter son public des bars à tango de Buenos Aires au déserts marocains en passant par Rio de Janeiro, dix-huit mois de déambulation autour du monde qui verront naitre son dernier album The Absence. Tout au long de son concert elle donnera beaucoup et recevra en retour de la part d’un public qui a répondu présent.

Si l’histoire de Melody Gardot commence tragiquement par un accident dramatique qui a failli lui coûter la vie,  elle se reprendra de belle manière puisque pendant sa convalescence, elle décide de devenir chanteuse tout en apprenant à jouer de la guitare et en écrivant des chansons. Ses parents l’ont appelée Melody, comme si le destin était tracé pour cette chanteuse mystérieuse qui finira par s’imposer après trois albums comme la nouvelle Diva du Jazz.

Melody Gardot me donne rendez-vous dans sa loge, un large sourire aux lèvres, un turban sur la tête, le regard caché derrière ses fidèles lunettes noires. Elle commence par inverser les rôles en me posant des questions, elle me demandera ce que j’ai pensé de son concert et de lui conseiller un endroit à Casablanca ou l’on mange bien. Elle m’interroge également sur Artisthick, je lui confie que l’on vient juste de changer la peinture du site, puisque le nouveau design a été lancé le même jour que l’interview. Elle me parlera de ses voyages, de son dernier album, de son amour pour la musique, et de Jazzablanca. Extraits de notre entretien.

Ses voyages au Portugal, au Brésil, en Argentine, au Maroc …

J’ai énormément voyagé avant l’enregistrement de mon dernier album. J’écoute de la musique partout, je suis une audiophile, avec mon dictaphone que je ne quitte jamais, j’aime enregistrer les sons là où je suis, il suffit juste pour moi d’ouvrir la fenêtre de ma chambre pour que je puisse m’évader, que ce soit au Portugal, au Brésil, en Uruguay, en Argentine, ou encore au Maroc.

D’ailleurs, mon premier voyage au Maroc, à Marrakech était fabuleux, l’odeur des roses m’a marquée, et je suis très heureuse de revenir cette fois-ci à Casablanca, une ville si différente du reste du Maroc et qui montre la diversité de ce beau pays. Vous parlez Arabe et Français, vos tajines sont merveilleux, d’ailleurs mon restaurant préféré quand je suis à Paris est marocain.

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Le titre de son dernier album: The Absence

Je trouve cela plutôt drôle d’avoir un titre du genre. J’aime beaucoup ce mot – on ne peut parler d’absence sans présence, l’absence peut-elle toujours être considérée comme négative ? Il y a également l’absence d’habits dans la couverture de mon album. Pour moi, c’était juste le bon titre, pendant toutes ces dernières années j’étais constamment à la recherche de nouvelles musiques, de nouveaux instruments, de nouvelles langues , de nouvelles choses. Cette absence de routine m’a permise de me redécouvrir. Ce seul mot décrit ce que j’ai pu vivre ces dernières années.

 

The Absence, un mélange de tango, samba, et fado

Ce sont les musiques qui m’ont inspirée sur le moment. Lors de mon voyage au Brésil, je suis tombée amoureuse de cette culture, écouter de la samba, voir tous ces petits groupes en live. Une société où tout est prétexte à faire de la musique. Et ce qui m’a marquée le plus reste ce sens de la communauté qu’ont les brésiliens. Cette culture du partage et cette ouverture d’esprit m’ont beaucoup inspirée pour ce dernier album. J’étais très heureuse lors de mon passage au Brésil, et je pense que cela s’est ressenti dans ma musique. Je dansais, je chantais, j’étais heureuse de vivre.

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Son concert à Jazzablanca

Le public était fantastique, j’étais très surprise et je ne pensais pas que le public marocain connaissait si bien mes chansons. Les marocains sont généreux et cela s’est ressenti pendant mon concert, et chose absolument fantastique le public connaissait Cesaria Evora ( Elle lui a rendu hommage lors de son concert en interprétant Sodade), et vous savez lorsque je me produis en concert très peu de personnes reconnaissent cette grande artiste qu’est Cesaria Evora. Et puis je ne sais pas si c’est propre à votre culture, mais c’était très amusant de voir le public de Jazzablanca entrain de demander des chansons à chaque fois. J’étais heureuse de les voir m’accompagner dès la première chanson, ou encore reconnaître mes premiers titres. Merci Jazzablanca pour ce beau moment, il y a tellement d’amour dans ce festival. Ce festival de Jazz n’a que 8 ans, c’est encore un bébé ( rires ), mais je suis certaine qu’il ne cessera de grandir. Merci à toute l’équipe du festival, à Moulay ( Moulay Ahmed Alami, promoteur de Jazzablanca ), à sa femme et à sa maman qui sont des personnes adorables. Je suis heureuse d’être ici.

 Crédits photos: Peps Photography