Mawazine, un festival, mais aussi…

J’avoue, j’ai été subjugué. La conférence donnée à la villa des arts de Rabat par l’association Maroc-cultures pour présenter cette édition du Festival Mawazine, une présentation minutieuse pour ainsi dire, à la limite de l’exagération barbante. Pour ce faire, un arsenal de sept présentateurs, comme quoi  ‘‘ l7miya tatghleb ssbe3’’ ¹, un ‘‘sbe3 ’’ constitué d’une salle comble de journalistes, de blogueurs, de professionnels de l’audio-visuel et du culturel de tous horizons, et un Maroc criant au voleur, au pécheur derrière leurs plumes/claviers. Cet état, mon état, je ne sais s’il vient de la méticulosité de la conférence et l’attention accordée aux détails qui m’auraient convaincu, ou au fait que Mawazine soit venu vers moi, petit blogueur en herbe, et m’ait convié à un aussi grand évènement, et que je me trouvais lors calé entre deux journalistes de renom, d’AL Omma et Les Echos respectivement. Loin de prendre position, on essayera ici de donner à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. Ceci dit, nous ne pouvons juger que les faits, pas les intentions, faute d’une autre source, objective, d’information pour comparer.

Mawazine, c’est donc un festival musical de grande envergure, mais aussi…


De la visibilité :  Mawazine, le Maroc connu à l’extérieur

Mawazine, il faut l’admettre, est une ouverture à l’international, et le Maroc profite du bling des grandes stars, des médias étrangers présents en grand nombre. C’est un moyen, pas le meilleur certes, et l’on aurait préféré que de meilleures prestations, ne serait-ce diable qu’au foot, la science pour les plus ambitieux, fassent notre renommée, mais, faute de grives, on mange des merles.

De l’argent: Une nouvelle équation ?

Taisez-vous donc, Ô prêcheurs de la mauvaise foi, Ô accusateurs. Désormais, le festival sera autofinancé, il ne touchera à aucun rial de vos contribuables, pas même à l’argent du semi-public. Vous pouvez, la conscience tranquille, assister aux spectacles, comme vous l’avez toujours fait pendant les dix ans que ce festival a existé. Toutefois, si la mesure assez excentrique de faire témoigner les commerçants s’est faite dans un souci de transparence,  m’est avis que celle-ci aurait été encore plus souhaitable, d’avantage, quant au budget. Loin d’accuser quiconque, incomber 68% du budget à des ‘‘revenus variables ’’ entre publicités, soirées, loges, et billetterie laisse assez de zones d’ombre, de questionnement pour un esprit un tant soit peu critique, et nécessite plus d’explications de cet exploit. Comment  peut-on, dans un contexte marocain, s’arranger  pour que 2% paient  pour les 98% autres fêtards, et qu’ils y consentent ?

Ceci-dit, nous autres marocains, nous voulons que ce festival existe, mais qu’il soit financé par magie, nous voulons même en détourner les sponsors privés pour les orienter vers des œuvres plus sociales. Cela reste un choix à faire. Qu’est ce qui devrait valoir une exonération aux sponsors ?  Les sponsors privés sont-ils aussi peu nombreux pour devoir tous les attacher à la cause nationale ? A quel rang de la pyramide marocaine de Maslow plaçons-nous le culturel ?

De la culture, A n’en plus pouvoir, a en plus vouloir

Il y’a Mawazine,  mais il y’a aussi Génération Mawazine, ce tremplin pour les talents naissants, auxquels le festival donne une chance. Faute de pouvoir assurer un suivi jusqu’à asseoir une vraie carrière artistique, le festival donne le petit coup de pouce nécessaire, notamment en offrant l’expertise d’artistes au mérite confirmé qui partagent leur savoir et leur expérience avec les jeunes pousses afin de mieux les épauler. On promeut donc le métier artistique, du chant mais aussi d’autres arts, et ce à travers des workshops bénévoles initiés par les artistes, des expositions, des conférences, des créations musicales , et j’en passe. Un tout autre visage du festival que peu connaissent.  La culture, cette culture presque élitiste et dont la gratuité ne se saurait trouver ailleurs, avec autant de qualité et de diversité, est fêtée et l’on ne peut que s’en réjouir.

 

De la notoriété du festival, Mawazine pèse(nt) son poids en or

Sachez, chers lecteurs qu’il existe au Maroc pas moins de 70000 associations à vocation culturelle (oui, c’est bien quatre zéros), et que celles-ci se débrouillent pour organiser pas moins de 180 festivals réguliers. S’il est vrai que l’entreprise Mawazine  a bénéficié depuis le début  de coups de pouce de l’Etat, avec le soutien de  Majidi et compagnie, ce qui lui a conféré l’élan nécessaire pour se distinguer parmi toute l’autre populace des autres associations, cela n’empêche qu’elle a fait de ce festival un vrai winner, une vraie récré annuelle sur laquelle plusieurs alignent leurs congés . Elle lui a façonné  une image de marque impeccable, qui fait que ces dits sponsors se ruent pour s’associer à lui, qui fait que des stars de l’envergure de Mariah Carey entament des tournées entières pour y avoir été sollicitées, qui fait que moult stars font d’énormes concessions relatives à leur cachet habituel pour s’y produire et se permettent même de déroger à leurs planning à cette fin.

Rendez-vous donc le 18 mai, choisissez d’ores et deja votre clique, habillez vous adéquatement, parce que de la poussière vous serez couverts et que la marche usera vos souliers.  Apprenez a communiquer sans voix, car vos chants a tue-tête épuiseront vos cordes vocales et les oreilles de vos voisins. Bon spectacle, ca promet, cette année.

¹:  » l7miya tatghleb ssbe3’’ : dicton marocain signifiant littéralement:  « l’union vient à bout du lion ».