Mannibalecter de Brotha Lynch Hung, entre le Rap et l’Horreur

Le tout dernier opus de Brotha Lynch Hung est sans doute l’une des sorties  phares du monde du Rap de ce mois . Pour ceux qui ne le  connaissent pas, il s’agit de  Kevin James Mann, originaire de Sacramento, et dont le nom de scène (donné par son demi frère, rappeur aussi, Sicx) vient du fait que durant les premières années de sa carrière, il lynchait sans difficultés ses adversaires lors des battles.

Contrairement à d’autres rappeurs plus mainstream, citons Eminem, DMX, ou même Notorious B.I.G qui ne se sont essayés au Rap Horrorcore qu’occasionnellement,  Brotha Lynch Hung en a fait son genre, malgré sa grande inaccessibilité. C’est ainsi que dans le troisième et dernier volume de sa Strange Music Trilogy, il nous sort un Mannibalecter pour le moins morbide.

Ne vous y trompez pas, sa restriction à ce genre particulier ne réduit en aucun cas sa richesse au niveau de la production, des violoncelles sinistres de « Krokadil » à la production très minimaliste de « MDK », il est clair que Brotha Lynch Hung maîtrise ce qu’il fait à la perfection. Les collaborations aussi sont très réussies. Yelawolf, Hopsin, et Techn9ne signent les meilleures apparitions. Le refrain très RnB de « Something about Susan » rend ce titre beaucoup moins sinistre qu’il ne  l’est en réalité. Notons toutefois que « I give up » est surprenante dans cet album, en effet on ne voit pas très bien ce qu’elle vient y faire. Tout simplement hors sujet, hors style, et très mal placée.

Il fallait s’attendre aussi à ce que même les clips ressemblent à des films d’horreur, chose que ne manque pas de confirmer le clip de « Krokadil » :

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Mannibalecter jouit d’une très belle production. Les instruments à cordes très bien utilisés, les percussions lourdes, les phases de guitare électrique très Metal Rock, servent à merveille l’objectif de créer une ambiance sinistre et glauque à l’écoute de chaque titre. Les cris stridents et les pleurs qu’on entend assez souvent y sont aussi pour beaucoup, comme dans « Disappeared ».

Pour finir, le Rap Horrorcore est un genre très spécial, et l’amoureux du rap peut l’apprécier ou pas. Toutefois, Brotha Lynch Hung va au-delà de ces considérations et plaît à un plus large public grâce à son très grand talent au niveau des paroles et sa technicité exceptionelle, qui lui permet de varier les thèmes et les narrations apparemment sans effort. Comme Hannibal Lecter, le personnage de Thomas Harris, Brotha Lynch Hung se veut terrifiant car attirant, une violence dans la douceur et la subtilité.

L’ambiance sinistre et des paroles réussies font de Mannibalecter l’album Horrorcore le plus accessible, témoignant du grand talent de Brotha Lynch Hung.