Majid, l’enfant qui voulait se souvenir de ses parents.

Pour notre deuxième critique d’une œuvre cinématographique marocaine, nous avons tout simplement décidé de nous rendre au cinéma de la ville, dans l’espoir de vous dénicher un petit quelque chose d’actualité qui saura raccourcir vos longues et chaudes journées de ce mois de Ramadan.
Le joyau visionné ces jours-ci est celui de Nassim Abassi, au titre éponyme de Majid.

Le film met en scène un garçon d’une dizaine d’années qui partage avec son grand frère une petite chambre à Mohammedia. Tous les deux font face aux vicissitudes de la vie avec ce qu’ils endurent: d’un côté, le petit frère, cireur de chaussures et malmené par les divers acteurs de sa petite ville, de l’autre, un grand frère à l’allure de protecteur qui succombe de soir en soir à quelques vices, puis rêve le jour de partir au loin, vers ce lointain pays dont on ne dit que du bien : La Norvège. Quant à Majid, héros de notre film, il lui arrive de rêver. Mais à la différence de son grand frère, il rêvasse des visages de ses défunts parents, partis un peu trop tôt dans un tragique incident.

Pour pallier à sa solitude, il décide alors de retrouver le portrait de ses parents chez d’anciens amis de leur famille. Pour cela, il aura besoin d’aller à cette étrange ville qu’il n’avait jamais connue jusqu’à présent : Casablanca. Durant cette courageuse aventure, il ne comptera que sur un fidèle compagnon récemment rencontré : un vendeur de cigarettes du nom de Larbi qui lui aussi n’échappe pas aux tortures de sa propre vie.

Nassim Abassi, grand habitué des festivals internationaux et récemment auréolé du prix du meilleur scénario au festival national du film (pour ce même Majid), nous offre là une belle prestation de l’étendu de son talent. Un scénario finement élaboré ne laissant aucun détail se morfondre dans le hasard. Des détails intentionnellement  laissés à la traine, afin de pouvoir y puiser et nous fournir une succession de scènes qui ne laissera pas du tout place à l’ennui. Une fabuleuse odyssée flirtant avec divers antagonismes qui sauront merveilleusement malmener les spectateurs schizophrènes que nous sommes. Naviguant  entre les rêves et les déceptions, la gaieté et la tristesse, la clairvoyance et la confusion, puis enfin entre les sourires et les pleurs.

C’est une histoire qui nous entraîne dans le monde parallèle de la jeunesse, ou bien encore de l’enfance délaissée et errante. Celle qui tantôt se laisse sombrer dans la médiocrité tout en gardant un brin d’espoir dans les yeux. Un rafistolage de bonheur , un très bon jeu reflétant en quelques  sortes cette enfance déshéritée et souillée par l’ignorance -à noter au passage l’impressionnant rôle joué par l’acteur de Larbi-. Une enfance à laquelle la violence se révèle être une incroyable arme contre le mépris. La réussite sera alors à celui qui saura s’en sortir, qui saura éviter le policier du coin, ou le malfrat de l’autre. Un très bon thème mêlé à celui de l’islamisme que Nassim Abassi a su malicieusement incorporer avec une bonne dose d’humour: Oui, un humour marocain qui sait faire rire de bon coeur.

En somme, l’histoire reste plus ou moins plaisante et simple. Dramatique et comique. Un film qui sait jouer avec les sentiments sans se préoccuper du fait de briser un quelconque tabou, voire même de surfer sur n’importe quelle vague de scandale. J’aurais peut-être à me plaindre de l’aspect de l’acteur, bon enfant et fils-à-papa qui ne colle aucunement au rôle de Majid. Comment un enfant qui erre entre la rue et son petit appartement peut-il s’habiller de manière convenable et n’avoir de trace sur le visage ? Peut-être était-ce la propre volonté du réalisateur que d’avoir une telle opposition ? Personnellement, cela ne m’a laissé qu’une impression de contradiction nette et claire avec l’allure de ce jeune garçon, au jeu toutefois performant.

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Majid reste pour moi un de ces films marocains sympathiques, à regarder en famille ou entre amis. Un film qu’il ne faut pas rater et qui est à l’heure actuelle disponible au cinéma 7ème Art de Rabat. Et pour vous donner un petit aperçu du coup de maître orchestré ici par Nassim Abassi, je laisserais avec plaisir ma générosité faire place pour tout simplement accorder un : 8/10.