L’Odyssée de Pi : un petit pas pour la 3D, un grand pas vers l’Oscar

                Adaptation du roman de Yann Martel sorti en 2001, le grand rendez-vous cinématographique de cette fin d’année, L’Odyssée de Pi (Life of Pi dans sa version originale), est enfin sorti en grand écran. Après des années de travail, ce grand challenge relevé par le directeur Ang Lee, avec Suraj Sharma, Irrfan Khan et Gérard Depardieu, est l’un des évènements les plus marquants du 7ème art de l’année 2012. Artisthick l’a découvert pour vous et voici ce que nous en pensons.

Un grand challenge

                Lors de sa publication onze ans plus tôt, l’oeuvre de Yann Martel, Histoire de Pi, a été considérée irréalisable sur grand écran. En effet, avec une majeure partie de l’histoire se déroulant sur un bateau de sauvetage, au milieu du Pacifique, sur lequel un jeune indien essaye de survivre sans aucun contact humain pendant 227 jours, une adaptation cinématographique paraissait dès le départ être un challenge titanesque. Toutefois, le plus grand obstacle pour un possible réalisateur restait l’intégration de Richard Parker, le tigre du Bengale qui partage le bateau de , Piscine Molitor (ou Pi), pendant toute son « odyssée ».

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Résumons d’abord l’histoire de Pi Patel, un jeune garçon né dans une famille hindoue de Pondichéry, en Inde. Curieux et ouvert, Pi s’intéresse dès son plus jeune âge aux autres religions, notamment l’Islam et le Christianisme dont il commence à suivre les préceptes. Son père, propriétaire d’un zoo, décide un jour de déménager au Canada pour y faire affaire. Alors qu’ils partaient pour l’Est,  – avec tous leurs animaux -, une orage terrible frappe leur navire au milieu du Pacifique et les fait chavirer, ne laissant derrière lui que Pi et Richard Parker, leur tigre du Bengale, à bord d’un bateau de sauvetage. Cette tragédie ouvre de longs chapitres d’aventures pour le jeune garçon qui devra apprendre à survivre au milieu de l’océan avec le dangereux félin.

L’histoire paraît difficilement commercialisable car longue et déjà vue. Précédent Lee, plusieurs directeurs et écrivains ont essayé, à plusieurs reprises, de faire naître ce projet, sans succès. Ce n’est qu’après quelques années de travail, et plus de 3000 auditions pour le rôle de Pi, que Ang Lee a décidé de prendre en main cette entreprise en Octobre 2010, aux côtés du scénariste David Magee et de l’acteur Suraj Sharma dans le rôle du jeune protagoniste. Avec un budget d’environ 120 millions de dollars et 3 lieux de tournage (Inde, Taiwan et Canada), ce chef-d’œuvre cinématographique a enfin vu le jour en décembre 2012 et promet un certain succès…

Points forts : Vers l’Oscar de la meilleure image ?

                    Les points forts qui font le succès de l’adaptation de Lee de L’Odyssée de Pi ne se résument ni aux actions ni aux évènements narrés dans le film mais aux images qu’il contient : mouvements de la caméra, décors et une impressionnante utilisation de la technologie 3D ont peint un indescriptible tableau qui met en scène une beauté intacte de la nature, dans toute sa dureté et sa grâce. Un moment de pur cinéma comme nous en avons rarement, ou du moins pas récemment, vu. Certaines images sont tellement raffinées que nous en avons facilement le souffle coupé. Une magie s’installe dans la salle et le public est transporté.

Le rendu numérique est aussi très beau à voir, notamment celui des animaux : la scène d’ouverture dans le zoo familial est un remarquable montage de la nature, magnifique dans sa simplicité. Les nombreux clichés réalisés numériquement sur le bateau de sauvetage sont tout aussi impressionnants, concurrençant les plus belles scènes jamais filmées au cinéma. Avec un excellent maniement de la 3D, Lee nous transporte dans une fusion entre réalité et fiction, où chaque scène est splendide.

Ce film sera définitivement l’un des favoris pour décrocher un (ou plusieurs) Oscar dans les catégories de la meilleure image, meilleurs effets spéciaux ou encore meilleur directeur. Ce que Lee et son directeur photo – Claudio Miranda, ont inventé avec l’eau, l’élément clé de la réalisation, et l’intégration d’un tigre totalement numérique, mais plus vivant que jamais, reste spectaculaire. L’Odyssée de Pi pourrait être le phénomène 3D que les Oscars attendaient.

Mais le film n’est pas uniquement un documentaire aquatique sur grand écran, c’est l’histoire d’un jeune homme qui lutte contre ses démons intérieurs pour survivre au milieu de l’océan, sans ressources et face à un féroce félin qui partage son espace vital limité. C’est dans cette précision difficilement remarquable que réside la plus grande faiblesse du film.

Ses faiblesses : un contenu décevant, confus et bâclé

             «L’histoire de Pi pourrait faire croire certaines personnes en Dieu». Tel est, dès le départ, le but de l’histoire que nous raconte le protagoniste, Piscine Molitor; démontrer que l’on peut apprendre à vivre en harmonie avec la nature créée par Dieu, sublime et dangereuse à la fois. Ce thème reste toutefois confus et mal véhiculé.

Un début de film très long nous plonge dans une certaine litanie en nous racontant l’enfance de Pi dans sa découverte de la spiritualité et ses questionnements sur la croyance et la foi. Rien de remarquable pendant plus d’une demi-heure composée de flashbacks, ce qui nous rend presque reconnaissant envers la tempête qui arrive et qui fait chavirer le navire japonais. Malgré de splendides images, il reste difficile de garder son attention pendant les 127 longues et répétitives minutes du film où le thème stagne au rythme auquel le personnage erre au milieu de l’océan Pacifique. Rempli de métaphores, le long-métrage pose plus de questions qu’il ne donne de réponses, déroutant le spectateur qui peut facilement rater le cœur de l’histoire.

Film familial ? Conte philosophique ? Ou ensemble de tableaux sans réels sens et unité ? Il est difficile de qualifier L’Odyssée de Pi sans avoir lu l’œuvre originale auparavant. Ang Lee essaye d’utiliser tous les outils pour faire du voyage de Pi une histoire passionnante racontée sur un fond de musique qui rythme les scènes les unes après les autres. Toutefois, l’effet est raté : le rebondissement final censé redéfinir l’intégralité de l’histoire et donner au film tout son sens, dans le genre de Sixième Sens (M. Night Shyamalan, 1999), est brusque et peu convaincant. Même si complètement compréhensible, cette fin est décevante. Dans le livre, deux versions de l’histoire sont possibles puisque l’auteur veut démontrer qu’il existe plusieurs façons de voir une même réalité selon la croyance de chacun. Mais le film illustre très mal cette volonté de Martel. L’histoire alternative est bâclée et expliquée précipitamment juste avant le générique, montrant que David Magee voulait une adaptation davantage active d’un livre plutôt centré sur une réflexion philosophique à propos de l’existence de Dieu.

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Verdict

          Cette simple histoire – celle d’une quête de spiritualité et de survie – dégage à la fois étonnement et confusion. Mais les points forts du film l’emportent facilement sur ces déroutantes notes finales, le public retenant davantage les effets spéciaux et les sublimes tableaux que peint cette réalisation plutôt que « l’odyssée » de Pi. Expérience davantage visuelle qu’émotionnelle, le film ne vous oblige pas à adopter une pensée particulière. Mais si vous voulez voir plus loin que ce que l’on vous montre, l’adaptation de Lee vous chuchote quelques questionnements sur la nature et l’être humain tout en caressant vos sens avec des images et une bande sonore des plus fabuleuses.