Livres : Le style Fred Vargas

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  • mercredi 27 janvier 2016 à 13:11 GMT

Je ne sais pas vous, mais il ne m’est jamais venu l’idée de qualifier un récit policier contemporain de roman. Je vois s’entasser des mots qui racontent, pas des mots qui touchent ou remuent quelque chose en moi en racontant.Il s’agit d’aligner les évidences et d’en faire, avec les contorsions d’usage, une farandole plus ou moins cohérente, plus ou moins rusée. Ce à quoi arrivent d’ailleurs beaucoup de ces écrivains qui versent dans le récit d’investigation. Les idées sont là, souvent recyclées, rarement ingénieuses, mais toujours dépourvues de littérature.

Pourtant et à ma grande surprise, comme je l’espère à la votre également, un écrivain aura su donner ses lettres de noblesses à la brebis galeuse livresque, le roman d’investigation ou plus généralement le roman noir.

 

Celle à qui nous devons le salut de la littérature policière est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique et Vargas son nom de plume. Passionnée d’archéologie, elle étudiera l’histoire, plus particulièrement le moyen-âge, intègrera par la suite le CNRS et fera de la littérature policière pour selon elle, « contrer l’austérité scientifique du métier d’archéologue ».

Vargas a une façon toute particulière d’insuffler à ses personnages une humanité des singularités, pas une simple présence. Ils sont beaucoup à avoir réussi ce petit tour de force littéraire, mais Vargas elle, fait en sorte que les paroles, les gestes, les liens qui unissent ses personnages résonnent tout le long et bien après la lecture de ses romans.

Ils ne sont ni plus beaux, ni plus sympathiques que d’autres. Simplement, ses personnages ne fayotent pas.

Il est difficile d’expliquer dans quelle mesure la construction de ses personnages se fait à la fois librement et selon un échafaudage précis et singulier, qui parfois dérange, souvent étonne mais n’en oublie jamais de rappeler le lecteur à son humanité. C’est là pourtant bien le tour de force que réussit cette grande dame de la littérature. 

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La sensibilité des individus qui font le livre ne s’efface jamais au profit du morbide et se place toujours – même subtilement, surtout subtilement – en deçà de l’investigation elle-même. Une investigation qui ne perd pas pour autant de son inventivité hors-normes !

L’admirable est cette faculté de l’auteure à poser son petit monde, à le faire interagir et vivre envers et contre le tragique. Confortant ainsi l’idée que le courageux et le beau en chaque individu, dans nos différences les plus criardes, est notre seul vrai bouclier contre les ravages du vil et du mal.

Mais en plus du beau petit monde qu’elle met en scène avec brio, la dame a le don de l’intrigue et de la scène. Que ce soit dans les landes Québécoises ou dans les caves de la Città del Vaticano, la valse des mensonges, des meurtres et des dissimulations n’en finit jamais d’étonner. Parce que ficelée et parce qu’unique.

Vargas est donc sur tous les fronts.

Mais son ingéniosité est indéniablement et premièrement littéraire.

Et c’est en faisant de ses personnages le creuset de son travail littéraire, en leur donnant la capacité de manier la littérature à leur façon propre, qu’il y a distinction. Quand l’inspecteur Adamsberg, personnage dissonant, déglingué et rémanent dans les romans de Fred Vargas prend des libertés avec les mots, en invente ou s’en plaint, son adjoint à la « culture encyclopédique » joue de son érudition et serait capable de lui conter l’étymologie de tous les mots qu’il saccage. Pourtant, et sans qu’il y ait « complémentarité » ces deux personnages s’entendent comme larrons en foire.


Chez Vargas les mots bercent l’intrigue et le poétique s’insinue entre les trames du tragique. 

C’est l’écrivain des meurtres et des identités. 

Et de ce fait, elle opère a mon sens une refonte véritable des caractères du roman policier.

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