Lire en arabe, et pourquoi pas ?

  • Livre 
  • mercredi 3 avril 2013 à 18:41 GMT

Petit  test vite fait : Pensez, là tout de suite, à cinq bons romans français, n’importe lesquels. Fini ? Maintenant, même tâche, mais des livres arabes, cette fois. Des difficultés ? Normal. La lecture serait-elle l’une de vos  mœurs les plus chères, vous seriez de la confrérie des nantis si lire en arabe était parmi vos habitudes.  Pourquoi ce phénomène ?  Et il faut s’accorder à dire que, loin d’un chauvinisme exagéré,  c’est en effet un phénomène, une incongruité qui dérange.

L’arabe, comme entité, que ce soit la langue ou la personne, n’a de crédit à nos yeux que corrélée à un  passé glorieux. Et il est, aujourd’hui, un aberrant stéréotype qui accule ses adeptes : ils sont perçus comme des chauvins invétérés qui ne ratent aucune occasion de s’attaquer aux francisants dès qu’un ‘‘surtout ’’, un ‘‘ voila’’ leur échappe, ne serait-ce que par inadvertance. Certes, une diction purement française dans un contexte purement marocain, hormis celui administratif est, peut être, condamnable pour des raisons identitaires, mais prôner l’usage exclusif de l’arabe, de l’amazighe sans aucune once d’aucune autre langue est aussi condamnable, à la limite de la xénophobie. De la modération, messieurs !!!

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Pourquoi donc ne lisons-nous pas en arabe?

J’aime à penser que ce n’est que, simplement, l’idée n’est pas là. Il y a beaucoup de bonne volonté chez l’humain et il suffit parfois de l’orienter. Il y a, de nos jours, une grande part pour l’ostentatoire dans le fait de lire dans nos contrées, mais qu’importe le flacon…pour un début, et c’est tant mieux si c’est là ou nous plaçons notre respect. Le marocain, du moins celui qui a de l’estime pour la lecture, entretient une certaine hiérarchie des langues ou on la pratique : Plus celles-ci sont exotiques, plus haut on vous place. Pour l’arabe, honteusement déclassé, c’est un sentiment mitigé de dédain et de mélancolie qu’on lui voue, et personne n’y lit plus, ou presque. Il faudrait la rendre à la mode.

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Pour une nation dont les sujets lisent deux minutes par an, c’est quelque peu abusé de leur enjoindre une quelconque contrainte. Mais là ou on verrait la difficulté, peut être qu’il y a opportunité. Le peuple marocain, en matière de lecture est, pour ainsi dire, cette vestale en passe de perdre sa virginité, qui ne manque pas de s’enticher de son premier amant. Si, par le biais de nos médias, de nos écoles et de nos faiseurs d’opinions et d’attitudes, à la diversité de leurs horizons, nous venions à créer et canaliser cette passion vers l’arabe, alors celle-ci pourrait avoir une chance de subsister, au lieu de ne plus exister que dans les psalmodies des pratiquants de plus en plus rares. Et comme  » Man chabba 3ala chay2in chaba 3alayh« , cet enseignement se doit faire dès la plus tendre enfance, l’habitude de la lecture serait gravure sur pierre et non dessin sur sable, à l’image des œuvres au programme que l’apprenant ne rencontre qu’à un âge avancé. Plutôt que de donner aux petits des débuts d’arthrose par d’innombrables manuels pleins de couleurs, donnez-leur un livre de poche, au lieu de mercantiliser l’étude par des supports toujours nouveaux et plus chers. Vous  soulageriez et leur bourse et leurs vertèbres, en plus de semer en eux l’amour du livre, leur sauveur, notre sauveur. C’est encore là l’histoire du bon vieux chinois, qui ne veut pas qu’on lui donne le poisson mais qu’on lui apprenne à le pêcher. Si l’oubli et le souci pragmatique dont nos écoles taguent la connaissance freinent entre autres l’accès à celle-ci, il faudrait bien le relancer, et il ne se saurait trouver de meilleur moyen que d’injecter la passion des livres, puisqu’on y joint l’utile à l’agréable.

Car comme il est des Balzac, des Molière, et des Shakespeare, il est aussi des Darwish, des Mahfouz et des Manfaloutis. La langue arabe ne souffre de handicap que le dédain de ses gens, elle ne manque ni d’art ni d’œuvres. Pour  nous autres musulmans, elle est la langue de Dieu, par laquelle Il transmit Sa parole aux humains, et y a t-il meilleur gage que le sceau divin pour témoigner de la valeur de celle-ci ?

*Man chabba 3ala chay2in chaba 3alayh:  celui qui grandit avec une habitude continuera avec dans sa vieillesse.