« Life » de Keith Richards: Un Rolling Stone,des rides en cordes de guitare

  • Livre 
  • samedi 30 juillet 2011 à 03:21 GMT

1,2,3,… » Sex Drugs And Rock’N’Roll », Ian Dury  a bien résumé  l’histoire de cet enfant bâtard du  »Rythm and Blues » et de la Soul, qu’est le Rock’N’Roll. Un bébé né dans les cultures de maïs, sous l’esclavagisme anglais du 18ème siècle, et qui fût allaité par sa mère noire « Brown Sugar », aimante et rebelle.  Un enfant, ce Tarzan, qui depuis est adopté par des parents blancs chaleureux au nom très accrocheur, les Rolling Stones. Une famille nombreuse composée de Mick Jagger, Ronnie Wood,  Charlie Watts, et de l’éternel guitariste au torse nu, l’emblématique Keith Richards. De son enfance comme un boy-scout à Dartford, jusquà son rocher, digne du « Roi Lion », qui s’érode à petit feu, le plus célèbre des solistes de la bête à six cordes, publie son autobiographie « Life ».

 

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Keith Richards artiste, est comme le Bing Bang, c’est un jeu de guitare simpliste, mais diablement explosif et jouissif. A l’inverse d’un Satriani, c’est presque un mathématicien de la musique. Bien que nous savons que Richards est un personnage absolument unique parmi les stars du rock, nous avons tendance à penser que son profond être et sa musique sont comme deux entités identiques, maîtrisées et commerciales. C’est en partie vrai mais ce n’est pas tout. Nul doute, rares sont les magazines Rock qui auraient parlé de ses albums solo méconnus  » Learning The Game », « Main Offender » et « Talk Is Cheap », où il s’improvise par moments, chanteur à la Bruce Springsteen avec sa voix cassée. Richards paraît ainsi  comme un modèle d’insolence cool.

Make No Mistake- Keith Richards:

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Le titre du livre –la Vie en francais- suggère un marathon épique de l’excès créatif et du rock roulant comme une Pink Cadillac durant les  changements sociaux successifs de la fin des années du siècle dernier. Co-écrit avec l’ancien journaliste du Sunday Times, James Fox, son récit tout comme sa vie, ne sont pas exactement un chef-d’œuvre de l’éloquence , mais plutôt un mix de « Doutes » et de….. « Wow Baby ».

Jumpin’ Jack Flash ( Live) – The Rolling Stones:

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Les mémoires de Richards sont la symbiose parfaite de  deux mots: plaisir de lecteur et émotion . Cela ne veut pas dire que le livre a un vocabulaire splendide, où qu’il est élaboré comme une succession de potins People pour des fans boutonneux de Tokio Hotel, désireux de découvrir la préhistoire du Rock. Dès lors, ce pavé aux milles pages est loin d’être une pâle copie d’un écrit du comte de Sade, sous amphétamines. En effet, c’est un chef-d’œuvre de l’autobiographie littéraire. D’ailleurs, il sonne comme une suite de confessions intimes enregistrées sur une cassette audio, qui de plus dépasse largement le cadre d’une réécriture des commérages entre vieilles peaux que sont Mick Jagger et Keith Richards, toujours aimantes l’une envers l’autre. Devant ses mégots de cigarette, le vieux Keith nous raconte avec une lucidité exemplaire, des souvenirs très sexy mais tendres des différentes femmes de sa vie, entre son premier vrai amour Haleema Mohamed, et son premier garçon avec Anita Pallenberg.

Miss You (Live)-The Rolling Stones:

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Sur ses pages, on ne le voit jamais flancher ou douter qu’il improvise; c’est net, clair et précis. Seule sa psychédélie sonne dans ses moments les plus drôles. Notamment, durant la tournée début 70’s des Rolling Stones aux U.S, où on voit entre autres les Gentlemen rebels dans un tribunal au juge loufoque, ou encore plus loin à la fin du livre, le vieux briscard s’extasiant de joie durant sa rencontre sur le plateau de tournage de Jerry Bruckheimer avec son enfant illégitime sur grand écran, Jack Sparrow (alias Johnny Depp). S’en suivent les anecdotes croustillantes sur les processus de conceptions des albums les plus emblématiques de son groupe (comme « Sticky Fingers », »Exile on Main Street », »Some Girls », et « Let It Bleed »), sa passion pour le cinéma avec Jean Luc Godard et Martin Scorsese, ses voyages en Jamaïque -puis le reste du monde- ainsi que sa relation amicale très secrète avec John Lennon. Un Walt Disney pour mecs, entaché de façon rythmique par cet encre noire qui nous ponctue d’événements beaucoup plus glauques et douloureux, comme la mort et sa haine envers ce personnage de Brian Jones, son rôle d’amant et père atypique, et du massacre des fans pendant le festival d’Altamont par leurs gardes du corps de l’époque sur Harley, les Hell’s Angels.

Gimme Shelter ( Live)-Rolling Stones:

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Je l’ai acheté un jeudi après-midi, dans une petite librairie très mondaine de New York. Sept heures d’avion plus tard, et quelques kilomètres au compteur pour le grand plaisir de la RAM, je finissais les dernières pages de cette encyclopédie du Rock de 547 feuilles, assis sur un tabouret à l’English Pub d’Agadir, tenant une de ces rares boissons non alcoolisées de cet établissement au décor anglo-saxon, avec ma main droite frémissante à l’idée de voir la page Index. Une fabuleuse et crasseuse histoire  d’une icône, fan de Chuck Berry, qui a su survivre et apprécier la vie dans toutes ses nuances et même dans ses facettes les plus troubles. Une sorte de douche, où se baignent un ado et une belle blonde nue, sous la blancheur d’une lumière aveuglante d’ampoule Eco-Philips. Comme nous tous, le Keith admire la gestuelle toute essoufflée de cette belle ingénue en délire, criant les F words les plus improbables, sous des pupilles fatiguées par les shots à répétition d’un Coca Cola acidulé au Jack Daniels. Une relecture métaphorique et moderne du mythe d’Adam, d’Eve, et leur serpent avec  l’obsession, la passion et la bêtise comme crochets venimeux. Clairement, une partition crue et endiablée.

Rain Fall Down -The Rolling Stones:

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Verdict: Mégalomanie, dichotomie, Easy Money, seront les opposées de ces belles vraies paroles, d’un circoncis de la chaire vieillissante. Une rockstar qui a su se libérer, le temps de ces lignes, de cette cage de la célébrité. Plus qu’un homme, c’est une figure herculéenne qui s’est accrochée au panthéon de cet empire musical, devenu trop prévisible. Ce roman est une preuve que la vie n’est pas affectée par le brutal, et, dans son sketchiness occasionnel, nous rappelle qu’un malheur n’est juste qu’un autre obstacle et non pas une fatalité. Avec les Rolling Stones et leur chanson « Can’t Get No Satisfaction », je serai toujours avide de vivre de nouvelles histoires , tout aussi romanesques qu’improbables. Merci, Mr. Keith Richards!! (5/5)

Can’t Get No Satisfaction (sur « Shine A Light » de Martin Scorsese) – Rolling Stones:

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