Les semaines du film européens #3: El Gusto

  • Cinéma 
  • mardi 12 mars 2013 à 20:04 GMT

Les Semaines du Film Européén continuent entre Rabat et Casablanca. Après quelques premières projections timides en créativité, et décevantes pour certains, la qualité reprend crescendo. Plaisir également est de constater le nombre important de personnes, surtout jeunes, attirées par le festival.

Ce fût ainsi à la jeune réalisatrice Algéro-irlandaise Safinez Bousbia, de subjuguer complètement le public du cinéma Lynx à Casablanca par son film « El Gusto », durant la soirée du samedi 09 mars, et de mériter ainsi une ovation unanime, à elle et aux artistes de l’orchestre fondé à son initiative, baptisé justement « El Gusto ».

EL GUSTO

El gusto, qui veut dire « La bonne humeur », raconte l’histoire de plusieurs musiciens du Chaabi algérien, tous originaires de la Casbah d’Alger, que les évènements politiques d’un pays en turbulence permanente depuis son indépendance jusqu’à la fin des années 1990, ont séparés, et que la musique a enfin su réunir, pour le bonheur des fans de la musique Chaabi.

En effet, Safinez Bousbia a vécu une expérience similaire à celle de Wim Wenders au Cuba, avec les légendaires Buena Vista Social Club. En 2003, cette jeune fille qui était loin du monde du cinéma ou de la musique – et qui se projetait dans une carrière en architecture -, était en voyage dans son pays natal l’Algérie. Durant son séjour, elle rencontra l’un des anciens chefs d’orchestre du Chaabi, qui l’envouta par ses contes sur le beau passé de la Casbah, des artistes qui la peuplaient, des délicieuses soirées dans les cafés, bars, ou maisons closes ! C’est en voyant les larmes de nostalgie de M. Ferkaoui, que Safinez Bousbia prit sur elle le devoir de réunir des hommes, juifs et musulmans, qui avaient dans leur jeunesse joué ensemble il y’a plus de 40 ans, et qui depuis, ne s’étaient plus jamais revus. Il lui fallut 10 ans pour venir à bout de ce rêve.

repetition el gusto

On découvre ainsi l’origine de la musique Chaabi et le génie de El Hadj Mohammed El Anka qui eut le mérite d’inventer ce style musical en 1920. Voyant que la musique classique et celle andalouse était surtout écoutées par la classe supérieure de la société algérienne, El Hadj El Anka mélangea ces deux styles, et y ajouta un brin de musique berbère, donnant ainsi naissance à une musique qui, un siècle durant, et jusqu’à nos jours, coulera dans les veines des algériens, surtout les algérois, et connaitra des gloires même au Maroc, où des maitres comme Dahmane El Harrachi ou El Hachmi Guerouabi ont de fervents fans.

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Ce film, très émouvant, nous fait voyager avec ses protagonistes. Entre la France et l’Algérie, on les accompagne dans leur quête du passé et de ses splendeurs. On les écoute attentivement, et on les suit dans le chemin des retrouvailles, jusqu’à l’aboutissement d’une gloire qui renait, et mène l’orchestre de « El Gusto » aujourd’hui, à publier trois albums et à se produire dans les salles les plus prestigieuses du monde.

FRANCE EL GUSTO

Un hommage est ainsi rendu, à l’inestimable trésor qu’est la musique Chaabi, à son inventeur, et aux grands maitres qui l’ont marqué. C’est un trésor dans lequel des chanteurs de grande envergure ont puisé leur gloire. Je cite à titre d’exemples très limités « Wahrane Rohti Khssara » et « Alach Tloumouni » de Ahmed Wahbi, reprises par Khaled. « Ya Rayeh » de Dahmane El Harrachi reprise par Taha. « Chahlet Laayani » dont la mélodie est reprise par Mami dans « Bladi hiya El Djazair ». Safinez Bousbia est allée donc repêcher cette musique du fond de l’ingratitude, et elle en est chaleureusement remercié.

Bande annonce

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PS : l’Orchestre « El Gusto » se produira en concert le 31 Mai au Théâtre Mohammed V à Rabat, dans le cadre du Festival Mawazine, ainsi que le 12 Juin à Fès, durant le Festival des Musiques Sacrées.