Les semaines du film européen #4 Amour

CAP: Autriche

Il y a quelque chose de fractal dans « Amour », on y décrit une émotion intense et cette émotion se ressent et se transmet au public. A un certain moment, Georges, le mari, parle d’un film qui l’a fait pleurer et c’est justement des larmes que vous risquez de verser, tant grand est l’émoi que le film infère. Il porte bien son nom, puisqu’il s’en veut faire la définition, de cet amour à la fois « saint graal » et tâche indélébile. Celui-ci s’inscrit dans la durée, dans le meilleur mais surtout dans le pire, quand des cieux trop peu cléments en malmènent l’existence et le mettent à l’épreuve.

Anna et Georges sont deux époux octogénaires qu’un monde individualiste a relégué à l’indépendance, à l’auto-suffisance. Vivant dans un état d’osmose à leurs vieux jours, leur amour a toute la force de l’âge et le pétillant d’une jeune flamme. Ils ont, à priori, l’un pour l’autre tous les égards, toutes les attentions que l’on porte à une nouvelle conquête et cherchent encore à se séduire, à 80 ans et plus. Seulement, pour l’œil expert, cette passion est quelque peu teintée, souillée par trop de politesse, surtout de la part de Anne. Comprenez bien que je ne prends nullement position pour ma gent, mais il se remarque chez les acteurs en général et chez Anne en particulier, un ton affecté qui donne à questionnement:   Est-ce intentionnel, pour dépeindre des sentiments à l’apparence forts mais qui ne sont qu’un tissu de convenances ? Est-ce là juste un piètre doublage, enlevant son naturel à la diction des acteurs, ou les autrichiens ne parlent-ils tout simplement pas un français correct ? Va savoir.

Outre cet amalgame entre politesse et affection sincère, Amour recèle de nuances, d’insinuations secrètes: le pigeon, symbole de paix, que Georges poursuit mais n’arrive que fatalement à attraper et qu’il relâche aussitôt, n’est autre que l’image de la sérénité qui ne vous rend visite que rarement. Vous l’avez, un instant et elle disparaît le suivant, dissipée par votre propre main. Les portes de la maison que le couple habite sont toujours closes et closes sont les relations qu’entretient la famille en son sein, par ce monde matérialiste et marginalisant. On a habité le même toit, mais on est devenus des étrangers et notre filiation n’est plus que coutumière, une nécessité et non un désir. La fille, comme il est courant par ces temps modernes, a livré le couple, ce poids mort,  à lui-même. Seul l’acharnement de Georges au chevet d’Anne compromet cet aspect d’isolement dans la proximité, puisque ses actes corroborent sa passion.

Quand il parle de sa diphtérie qui lui avait valu la quarantaine, Georges symbolise en même temps le divorce perpétuel  entre le sentiment éprouvé et son expression gauche, et la détresse du souffrant à faire comprendre son chagrin et son mal: un petit clin d’œil au film/nouvelle « le scaphandre et le papillon ».
Amour peut ennuyer le quidam non désireux d’introspection et de réfléchir le monde et ses choses et peut être que cela vaut mieux de ne pas le penser, ce monde. Mais pour les autres, Amour est une projection de soi, pour les jeunes, dans un futur pas si lointain que ça, vers leur propre vieillesse. C’est un rappel à l’ordre pour les ingrats auxquels les vicissitudes de la vie font oublier leur priorités et qui rejettent leurs géniteurs, au mieux, vers les maisons de retraites, telle la plus vile des substances, périmée et à l’échéance expirée. Ainsi, il se devrait peut être ajouter une barrière d’âge, en dessus de laquelle il se devrait éviter de voir ce film, parce que remuant peut être, inexorablement, des couteaux dans des plaies fraiches.

Par tant de richesse et d’art, Amour a amplement mérité sa palme d’or de Cannes, confirmant cet aspect « iso 9001 » des prix Cannois. 

 

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