Les semaines du film européen 2013 #1 Reality

Cap: Italie

Il est dit que les pires déconvenues puisent toujours leur source dans les grandes attentes. Après une édition 2012 qui s’était démarquée par sa qualité et son savant choix de films, le public espérait quelque chose de grandiose, du rang de l’autrichien « Amour » de Haneke ou du français « De rouille et d’os ». Bien mal leur en prit d’ainsi hisser leurs espérances à de telles hauteurs. Sur ce,  à mes amis férus et connaisseurs en cinéma , je pose, honnêtement, cette question : est ce que, quand il faut faire un film appartenant à une certaine catégorie temporelle, avec un certain budget, il faut nécessairement filmer son dû en minutes, histoire de ne pas gâcher un nickel de l’argent du producteur ?

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C’est que le film d’ouverture « Reality » déçoit,  tant par sa durée disproportionnée par rapport au scénario maigrelet que par sa risible prévisibilité qui en font, en somme, un preux descendant de la lignée des navets.
Cependant, dans les 45 minutes à une heure maximum que ce long métrage aurait dû faire, le merveilleux se rencontre, dans ses débuts: une parole par-ci, une image par là, un cliché de ce côté,une suggestion de l’autre,  comme  des miettes de beauté semées sur un champ trop vaste. Il s’y critique une société affolée par le « bling-bling », si obsédée par le paraître qu’elle en perd ses attaches à la « réality » et demeure ballotée par les vents, quelques faibles que soient leurs souffles.

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Luciano, humble poissonnier et bon père de famille, avec une once de talent comédien, mène une existence imprégnée de simplicité et d’amour. Il est comblé, jusqu’ à ce que la télé-réalité s’invite chez lui. Il s’inscrit, bon gré mal gré, à un show de télé-réalité, El  Grande Fratello (Big  Brother en italien), et c’est là que tout bascule. Le culte de l’image a vicié tout, et réduit à néant l’estime de soi face à cet alter-égo supérieur fictif  que les médias préconisent. En témoigne le subtil choix du métier de Luciano, poissonnier qui « sent mauvais » et se débarrasse de sa « souillure » dès que le rêve vendu par la télé s’immisce dans sa tête. Mais , comme dirait un sage marocain,  » Quand Dieu veut torturer une fourmi, il lui donne des ailes ». Luciano perd la poissonnerie, sa famille et bien plus. Il tentera tout. A en perdre la raison,  il croira aux sornettes des stars, singera les élus d’El Grande Fratello dans leur vaine existence, essayera de forcer le karma par des œuvres caritatives,  offrira chaque souffle de son âme  en offrande à cette télé « dieu » omniscient,  pour décrocher une place au soleil, qu’il n’atteindra que fatalement. Clandestin, il accèdera virtuellement à un monde déjà virtuel: l’inception du rêve, dans le rêve, dans le rêve.