Les Amours Imaginaires, là où la fascination tue

Un regard, une fascination, un amour, une illusion. Voici l’histoire de ce film.
Après un J’ai Tué Ma Mère qui avait révélé le jeune Xavier Dolan au monde du cinéma, ce petit prodige ne tarde pas à refaire parler de lui en réalisant Les Amours Imaginaires sorti en septembre dernier. Un film à l’ésthétique remarquable et peu conventionnelle, un film qui traite d’histoires de tous les jours, fondues dans un moule où la poésie est le mot d’ordre, et où le kitsh et le lyrique cohabitent dans une harmonie quasi-inconcevable.
Les Amours Imaginaires traite de relations ambiguës, de l’illusion amoureuse et de la destruction et de la déchéance qui en résultent. Marie (Monia Chokri) et Francis (Xavier Dolan) sont amis et vouent une fascination sans pareil à Nicolas (Niels Schneider), un mystérieux garçon qui fait tourner tant de regards et n’hésite pas à y répondre par une indifférence non dissimulée. Tous trois forment un trio amical inséparable, vivant une relation ambiguë où fantasme et réalité n’hésitent pas à cohabiter de façon agressive et troublante. Nos deux acolytes finiront par avouer leur amour secret à cette statue de marbre. S’en suivra une auto-destruction et une déchéance des plus profondes, une mort où la renaissance se fera pénible mais verra tant bien que mal le jour.
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Jusque là, il est légitime de penser que l’intrigue est quand même maigre et qu’elle demeure peu convaincante. Encore faut-il préciser que la force de ce long métrage n’est ni l’histoire ni le jeu des acteurs, mais plutôt le jeu stylistique auquel s’essaie Dolan dans son travail. Le jeune réalisateur invente une esthétique nouvelle, se manifestant à travers les costumes choisis mais aussi à travers de grands plans qui n’hésitent pas à se faire nombreux et répétitifs, on toucherait presque les acteurs. Certaines scènes se font lentes, histoire que l’on regarde mieux, que l’on ressente mieux, d’autres se font rapides, fugaces, nous entraînant dans le mouvement.
La musique joue un rôle non négligeable dans l’esthétique de Dolan, cette dernière n’est pas qu’un fond sonore accompagnateur, mais plutôt un outil aussi fort et expressif que les dialogues. Dans Les Amours Imaginaires, la musique se répète, la musique nous colle à la peau et accompagne les moindres faits et gestes des personnages, la musique annonce et rajoute cette touche d’émoi si forte dans des scènes qui se pourraient être d’un banal affligeant.
Les Amours Imaginaires se termine comme il débute, mettant l’accent sur cet aspect vicieux de l’amour et de la fascination. L’amour renaît de ses flammes aussitôt qu’il s’est consumé, l’amour nous fait renaitre aussi vite qu’il nous a détruit, et il se moque de nous dès lors qu’on essaie de le défier.
Visionnez la bande-annonce du dernier film de Xavier Dolan :
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