Les ailes de l’amour, la fausse réussite d’un érotisme à la marocaine

Cela faisait bien des années que je n’avais pas mis les pieds dans une obscure salle de cinéma. Dix bonnes années plus précisément, depuis l’époque peut-être où je m’endormais en plein Star Wars ou au début d’un film marocain auquel je ne comprenais rien. Pour cela j’accuserais principalement ma flemmardise ainsi que ma pertinente recherche de facilité pour m’avoir aussi longtemps éloigné de ce bijou du septième art. Et afin d’inaugurer mon retour en force en ces salles nationales, j’ai tout bonnement choisi d’aller voir du côté de cette sélection du dernier Festival international méditerranéen de Tétouan. Un film d’Abdelhaï Laraki au titre évocateur qui avait, au fil de ces mois qui se sont écoulés, fait couler beaucoup d’encre. Les ailes de l’amour.



L’histoire telle qu’elle a été adaptée du roman populaire de Mohamed Nedali, « Morceau de choix », est celle d’un jeune du nom de  Thami, incarné ici par Omar Lotfi. Un jeune qui décide de devenir boucher et d’affronter les contraintes de son père; un père archaïque aux mœurs des plus lacérées. Et c’est en pratiquant ce pour quoi il avait décidé de braver les interdits paternels pour devenir boucher, qu’il se trouve une toute autre passion. Une subjugation qui s’intensifie au fil des jours pour une jeune femme, cliente au début, mais qui deviendra par la suite la belle et douce Zineb (Ouidad Elma) -qui était en même temps seconde épouse d’un caporal de l’armée-. Débute alors une longue aventure semée d’embûches, d’interdits et de fruits défendus pour ce jeune apprenti-boucher, qui devra mettre en péril l’honneur de sa famille et le sien, pour un amour inavouable et des plus saugrenus.

Pour cette critique, il me faut tout d’abord porter à votre connaissance que j’ai été tout simplement déçu. Il faut dire que l’histoire est par la forme plutôt intéressante, ce genre d’intrigues dans lesquelles il faut savoir puiser profondément avec une certaine précision et tact pour éviter de sombrer dans des clichés ou des stéréotypes de film romantiques à l’eau de rose. Mais là, dans ce que nous avons pu voir en 150 minutes, il nous est forcé de dire que la tentative de percer dans ce sujet et dans ce thème restera pour le moins un échec total, ou peut-être une fausse réussite. L’intrigue de l’histoire s’est vue appauvrie puis lynchée, ce qui a rendu les ailes de l’amour comme une vaine tentative d’imitation de la magnifique adaptation qu’elle aurait pu être.

A cela, on en voudra peut-être à la bande sonore lassante ou bon marché. La fausse BO d’un Maroc profond, ainsi que la répétition forcenée de quelques musiques; chose qui est venue apporter un brin de médiocrité aux scènes, elles aussi ratées, n’étant non pas osées mais lassantes. Non, je ne m’attendais pas à pire et encore moins à n’importe quelle forme de respect d’intimités mais voilà: moi-même qui suis pour le moins amateur d’amour passionnel aromatisé par de l’érotisme dans de bons films, j’ai été bien plus qu’ennuyé. Je ne le dis pas parce que je suis complexé par l’abordage des tabous sexuels au cinéma (mes précédentes chroniques attesteront de ce que je viens de dire), mais il nous faut dire que ce n’est pas de cette manière-ci que l’on saura briser malicieusement des tabous. Ce n’est pas en déshabillant une femme et en la faisant prendre des postures des plus ridicules -pour se laisser dépouiller par un caractère masculin des plus sauvages et des plus offensants-, que l’on saura redorer un cinéma marocain jeune qui peine vraiment à prendre son envol pour ce qui concerne le sexe et l’érotisme. Quant au scénario des acteurs, il est d’une facilité exorbitante qui nous fait penser à  un rafistolage ou à un rapiècement immédiat des scènes pour laisser place au thème primaire qui, à mon avis,  n’était autre que le sexe, afin de le servir à ces spectateurs friands d’interdits et assouvir par la même occasion leur perpétuelle recherche de tabous fissurés.

Ouidad Elma, la belle surprise de ce long métrage

Et pour ne pas sombrer dans un cruel démontage de cette œuvre cinématographique, il me faut alors tirer ma révérence à l’excellent jeu des acteurs, qui en dépit de la bande sonore et des scènes, ont su se surpasser pour nous faire directement ressentir les émotions et les appréhensions adéquates. Saluer aussi  Ouidad Elma, qui a su remarquablement jouer la timidité et la douceur de Zineb, ainsi que pour Omar Lotfi qui a su quant à lui, représenter sans faille l’archétype d’un jeune homme qui aurait voulu être fort mais qui a fini par succomber aux durs feux et étincelles d’un amour profond et d’une puissante passion. Sans oublier aussi un Driss Rokh, un Abdou El Mesnaoui et bien d’autres acteurs secondaires qui ont eux aussi fait preuve d’une remarquable assiduité pour retranscrire les archaïques et moyenâgeux personnages d’un Maroc ancien et scellé par le dur choix du modernisme ou de l’authenticité.

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Et pour mot de la fin, je tenais à dire que ce film n’est pas un scandale et encore moins de ces films attendus, il est tout simplement là pour se faire vendre et, excusez-moi de le dire aussi crûment, vulgariser, matérialiser pour enfin escamoter un amour passionnel, auquel on aurait voulu que l’Art sous toutes ses formes s’y attelle et s’y mette des plus finement.
Puis aussi pour conseil, je vous proposerais de le voir que si seulement vous êtes en bonne compagnie. Dans le cas contraire, vous vous endormirez dès le début de la première torride scène.

Note : 1,5/5