Leila Ghandi, Bent Battuta

 

Un jeune homme marocain, à l’âge de 21 ans, grandit dans la ville portuaire de Tanger, se met à partir en pèlerinage.  Au cours des mois il traverse les plaines du désert et les régions montagneuses, suivant les multiples itinéraires des tribus autochtones kabyles et numides. Il traverse les pays du Maghreb le long des routes fatimides. Il explore la vallée du nil et les grandes et fières capitales arabes du Mashrek.  Il passe par les côtés sud de la péninsule arabique jusqu’à Kilwa kisiwaniet sur les côtés est africains de cultures swahilie et voyage vers la Turquie, la mer Noire ainsi que l’asie centrale jusuqu’aux bords de l’océan pacifique.  Ibn Battuta est le condensé d’un esprit de rencontre et de réconciliation maghrébo-andalous.  Selon l’auteur espagnol Gala Valesco, c’était  un esprit d’universalité.  Et c’est dans cet héritage de curiosité, de rencontre et d’universalité que Leila Ghandi s’inscrit – jeune  artiste et journaliste marocaine de 31 ans.  Des fois on l’appelle Bent Battuta; élogieuse référence à son fameux précurseur.

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DREAM FACTORY SAVAGE DANCE.  Danse sauvage par Leila Ghandi qui la caracterise bien. Un court métrage caché entre les divers présentations de Y-people, les débats sur TV5 Monde et les interviews sur des innombrables chaînes marocaines de télévisions téléchargés sur Youtube.  Tous un peu pareils, seule cette  création de Cyril Skinazy se singularise.  Elle revele le valeur que la jeune marocaine accorde à l’individu. Le scénario est inquiétant et abstrait. L’image est brouillée, peu nette et peu claire. Les couleurs sont faibles, les bordures se perdent dans le noir .  Des personnages suspects cheminent dans l’espace.  Au milieu de ce scénario irréel, délirant, abstrait se trouve Leila Ghandi. Ses pieds circulent sur le sol le long du rythme sud-américain. Le beat est lourd, fort et énergétique. Il fusionne avec des sons caraïbes et hispaniques. Xylophone accompagnant, tambour rapide, saxophone interrompant.  Leila Ghandi porte une peau blanche sur la tête, des bracelets dorés autour les mains, un  regard superficielle, flou, éloigné – le corps dénaturé.  Elle montre les dents,  lève les yeux, les ferme, les ouvre entièrement et les rive sur le spectateur.

Le Maroc de nos jours est une cartographie de passages culturels, de mœurs diverses et de multiples individus. Arabes et musulmanes, occidentales et chrétiennes, méditerranéennes et andalouses, berbères et nomades.  Leila Ghandi a grandi dans ce métissage permanent d’individualités . Elle l’a vécu au cours de ses multiples voyages.  Née en 1980 à Casablanca, elle a passé ses derniers vingt ans entre Bordeaux et à Paris, entre le Royaume-Uni, le Chili et le Chine.  Elle a voyagé solitairement entre l’Australie et le Péru, entre le Thailande, le Kenya et la Sibérie. Par ses origines et son parcours, elle est un trait d’union entre les deux rives qui l’ont vue grandir ainsi qu’entre les communautés qui l’ont accueillie. Elle vit à travers ses passions – écriture, photographie et réalisation. Des passions, produits de son regard universel, qui miroitent son univers plurivalent, rempli avec des personnages aux apparences, mœurs et religions diverses. Des individus qui ont laissé la jeune marocaine entrer dans leurs vies. Voir et expérimenter leurs quotidiens bariolés pour s’y adapter et si perdre.  Que ce soit les hommes, femmes ou enfants népalais, chinois, tibétains, marocains ou sahraouis, tous les personnes qu’elle a rencontrés et expériences qu’elle a faites au cours de ses trajectoires sont inscrits dans ses photographies, réalisations et ouvres écrits. Des mémoires délocalisées et artificielles qui surviveront au temps. La photographie est une machine à voyager dans le temps et dans l’espace. Elle nous rapproche le lointain. Elle nous présente le passé.

À travers la captation de modestes instants d’individualité et d’intimité, Leila Ghandi tente de redessiner les communautés contemporaines dans leur diversité.,de se rapprocher de la constitution complexe des sociétés – constructions de différentes intérêts et histoires culturelles, de différentes orientations sexuelles et identités multiples. Elle essaie de réconcilier les cultures sauvages stigmatisées de bizarre et distant avec le proche et l’ordinaire, au delà des conflits et débats sociaux et politiques, au delà de la xénophobie quotidienne. Leila Ghandi appartient à une nouvelle epoque et une nouvelle génération de jeunes marocains.  Emancipés et indépendants, offensifs et innovateurs, ils aspirent au boulversement des perceptions dépassées.  Leila Ghandi se crée son propre univers.  Et ils y jouent le premier rôle.

Prochainement: Exposition « Vies à Vies », du 6 mars au 13 avril 2012 à la Galerie d’art de la Fondation CDG, Rabat.