Leila Alaoui, l’adieu à une ambassadrice de la photo marocaine

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Le Maroc et le monde de la photographie sont endeuillés par la disparition de Leila Alaoui. La jeune et brillante photographe de 33 ans a succombé à ses blessures ce 18 janvier suite à l’attaque perpétrée par le groupe terroriste Aqmi à Ouagadougou. Alors qu’elle est au Burkina-Faso pour réaliser un reportage pour Amnesty International, Leila est en proie à une prise d’otages le 15 du mois dans un café-restaurant nommé Capuccino. Près de trente personnes perdront aussi la vie dans l’hôtel Splendid à proximité. Touchée par cinq balles, Leila est hospitalisée à la clinique Notre-Dame De La Paix et y est lourdement opérée. Son pronostic vital ne semblait pas être engagé. Mais la jeune femme a finalement été rappelée au Ciel en laissant une infinie tristesse chez ceux qui la connaissaient.

Getting my portrait taken by a Syrian boy in a refugee settlement in the Bekaa Valley, Lebanon.

Un garçon syrien prenant Leila en photo dans le camp de réfugiés de la plaine de Bekaa au Liban

Morte pour avoir toujours cherché à capturer la beauté, même dans le pathétisme d’un regard fou et innocent d’un enfant dans un camp de réfugiés de la banlieue de Beyrouth. Morte pour nous avoir raconté, à travers la poésie d’une photo, la vie que ses différents voyages conjuguaient. Son oeuvre fut une pellicule de l’humanité. L’humanité dans son sens premier, dans sa fragilité, dans sa finitude et sa pitié suscitée, ainsi que dans la compassion et la noblesse éternelle que le terme renferme. L’art aura finalement toujours raison de la barbarie. L’art est un combat, et Leila fut une combattante. Elle a disparu en faisant ce qu’elle aimait. Elle a disparu en aimant ce qu’elle faisait.

The Moroccans exhibition at the Black Gallery (Beirut souks) as part of Photomed Liban.

Leila devant ses portraits lors de l’exposition Les Marocains au Black Gallery (Souks de Beyrouth) en partenariat avec Photomed Liban

La photographie au service du dialogue

Née à Paris en 1982 d’un père marocain et d’une mère française, Leila a d’abord étudié au Lycée Victor Hugo de Marrakech avant de rejoindre la City University de New York où elle étudiera la photographie et obtiendra son Bachelor of Science. Depuis 2008, Leila est partagée entre le Maroc et le Liban, entre la Ville Ocre et le « Paris du Moyen-Orient ». Ses thèmes de prédilection ont toujours été les identités plurielles et la migration. Elle-même appartenant à deux pays et à deux cultures, elle désire « témoigner de la réalité contemporaine de l’immigration en France ». Dans ce contexte de repli communautaire, la photographe s’intéresse d’autant plus à la question identitaire. Ses travaux sont une construction de la mémoire individuelle et de l’histoire collective. Courageuse et engagée, Leila a toujours été à la recherche du singulier, de l’esthétique et du naturel. Son activisme auprès d’Amnesty International dans un pays parmi les plus démunis témoigne d’une volonté de rendre compte de la réalité et de tracer le sentier du dialogue à travers la photo. Funambule de la tolérance dans une société minée par la peur de l’autre, elle a choisi de célébrer la différence même dans les endroits où la concorde est la plus fragile.

Depuis 2009, ses travaux font l’objet d’expositions internationales, de l’Institut du Monde Arabe (IMA) au Art Dubai. Leila a même exposé au pavillon du Maroc à l’Exposition Universelle de Milan. Ses photographies sont reprises aussi par le New York Times et le magazine Vogue entre autres. Son dernier opus, « Les Marocains », est une série de clichés pris sur le vif lors de son road-trip au Royaume qui brossent la société marocaine dans sa diversité à la manière de « The Americans » de Robert Frank. Son travail est exposé à Paris à l’IMA et à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 17 janvier dans le cadre de la Biennale de la photographie arabe.

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Brillante, engagée, charmante et pleine de vie, Leila Alaoui s’était déjà faite un nom dans son milieu. Même ceux qui ne la connaissent pas, en la voyant, croient l’avoir toujours connue. Les hommages sur les réseaux sociaux se multiplient et partout son sourire gagne la toile et lui survit. Leila a été arrachée à sa famille, à ses amis, à ces centaines de portraits qu’elle fit de ces centaines de visages qui par leurs yeux reflètent les siens. Ses photographies parleront pour elle, ses photographies vivront pour elle.

Repose en paix Leila. Pensée à toutes les victimes du terrorisme à travers le monde.

Retrouvez son travail sur son site officiel: http://www.leilaalaoui.com/