Le Péril Raciste: Maroc-Hebdo, ou l’Art de l’ambiguité.

  • Etc 
  • lundi 5 novembre 2012 à 16:32 GMT

 

Il y a quelques jours, Maroc Hebdo a publié un numéro pour le moins scandaleux. « Le Péril Noir ». Dûment commenté sur les réseaux sociaux ou récemment, par une journaliste du même  Maroc-Hebdo.

Pourquoi ce titre, cette couverture, au lieu d’une autre ? Pourquoi cette phrase : « Le Péril Noir », en lettres capitales ? Pourquoi mentionner que les Subsahariens:  » posent un problème humain et sécuritaire pour le pays » ?

Bien sûr, d’aucuns pourront nous opposer que le Péril Noir se rapporte à eux, à leur condition; Ils sont en péril dans un pays ou ils vivent clandestinement, ou ils sont extrapolés par les réseaux illicites. Mais quand nous en venons aux autres points, comme celui du problème humain et sécuritaire, nous ne pouvons nous voiler la face par ces interprétations apologistes et sinueuses.

Nous n’avons malheureusement pas une large palette de choix : Ou bien il y a mauvaise foi, ou bien Maroc Hebdo verse dans l’amateurisme, pour cultiver autant d’ambiguïté dans des écrits qui, malheureusement, seront largement diffusés.

Il est à noter que la couverture n’est pas hasardeuse; Le choix des couleurs ainsi que la taille du titre sont similaires à celles du Point, dans ses publications fustigeant le « Spectre Islamique hantant l’occident ». Pour notre plus grand plaisir, ce spectre est resté spectre, malgré les cris de populistes qui jurent l’avoir vu.

Cette similitude des deux couvertures nous incite à poser des questions. Sommes-nous en train de transférer le racisme visant les Maghrebins à nos frères Subsahariens ?  L’idée serait tentante pour quelques esprits : L’essence du racisme est de se considérer comme appartenant à une race supérieure à d’autres. Exprimer son mépris vis-à-vis du noir revient à se placer au dessus de lui, dans la hiérarchie raciale.

Maroc Hebdo souligne également qu’ils « Vivent de mendicité, s’adonnent au trafic de drogue et à la prostitution ». Effroyable amalgame qui réunit toute la communauté noire, avec toute sa pluralité, sous le même drapeau. Cela nous ramène à un problème d’interprétations, dans lequel un travail d’herméneutique s’impose : Il va sans dire que le Maroc n’est pas exempt de racisme. Comment sera lu ce discours ? N’y aura-t-il pas des lecteurs qui verront en la présence de Subsahariens une source de problèmes sociaux? Au creux de cette phrase, c’est une partie de nos malheurs qui sera attribuée à la communauté noire; Il y a ici responsabilisation du Subsaharien, comme étant un élément nuisible à la sécurité de la Nation.

Mais le paradoxe devient de plus en plus opaque, lorsque nous abordons la phrase disant : « Ils font l’objet de racisme & de xénophobie ». Est-ce un simple constat, ou une dénonciation de leur condition ? Bien sûr, le racisme est un fait social qui n’épargne aucun pays. Au Maroc, le noir est souvent vu comme un sous-produit, en escale ici afin de regrouper l’argent nécessaire à la suite de son voyage. Bien sûr, le noir est maltraité; il suffit de visiter quelques dictons du langage populaire pour se rendre compte que la conception des « Aabid Al Boukhari » est toujours présente.

La couverture de Maroc-Hebdo, que ses rédacteurs le veulent ou non, n’a fait qu’entériner la haine raciale, les violents ressentis dont le Subsaharien — mendiant ou étudiant, chômeur ou employé, toutes conditions sociales confondues — est victime. Les vives réactions, l’indignation générale ayant accueilli l’article, montrent fort heureusement que le racisme au Maroc n’a pas de ramifications aussi profondes qu’on le pense.

Nous retiendrons cette couverture très significative. Parodiant Maroc-Hebdo, Detresse-Hebdo souligne une problématique récurrente à la presse : La soif du Scoop.

La publication de Maroc-Hebdo représente le summum de cette obsession : C’est une manipulation de la haine raciale, de la phobie noire, pour des buts lucratifs, au détriment de toute notion d’éthique journalistique …

Nous ne pouvons émettre un jugement définitif dans ces conjonctures, tant que l’affaire n’est pas tirée au clair. Nous attendons la réponse de la partie concernée, Maroc-Hebdo, dont le mutisme actuel ne fait qu’engranger les masses déjà mobilisées contre sa publication, dont nous avons retenu quelques réactions sur Twitter, en bas de l’article.

En ces temps de vive polémique, le Silence lui-même n’a pas le même poids, la même signification: C’est une prise de position.

Sur Twitter, les réactions ne se sont pas faites attendre:

 

Des personnalités tel que Laila Lalami, l’auteur marocaine vivant aux Etats Unis, s’indignent à leur tour :