le marocain, cet inculte

  • Etc 
  • Samedi 24 septembre 2011 à 21:31 GMT

Crédit Iain Welsh

Le marocain dépense 500 dirhams en moyenne pour toutes ses activités culturelles de l’année (loisirs et enseignement inclus), et 1 dirham par année pour l’achat de livres, pas vraiment de quoi se payer une conscience , dixit Telquel. La culture est vraisemblablement persona non grata chez nous. A qui, à quoi la faute ? Loin de pointer du doigt, on se propose ici de cerner les différentes facettes du problème, le pourquoi et le comment de la chose :

Ventre affamé n’a point de conscience.

On sort, dans les avenues de Rabat et de Casablanca, et on voit les routes combles de voitures aux prix exorbitants, et l’on se dit, le Maroc est bien, il y’a peu de pauvres. Là n’est pas le Maroc, là est le crédit. La pauvreté sévit chez nous. Et quand on est pauvre, on songe à manger, avant de  chercher à savoir. La culture ici est un luxe, réservé à une poignée de privilégiés, assez éclairée pour ne pas dilapider son argent uniquement dans les plaisirs liquides, gazeux et charnels. Quand on aura éduqué le démuni, celui qui n’est pas sûr de trouver quelque chose à se mettre sous la dent, au point de le convaincre de ne pas prostituer sa voix en échange de quelques dirhams, là on pourra progresser.

Crédit: Lamiae Skalli

Analphabétisme.

Que de fois, dans une ruelle ou devant une échoppe, ne vous a-t-on pas interpellé pour vous demander de déchiffrer un papier. C’est que, ô la honte,  quatre marocains sur dix ne savent ni lire ni écrire, et se contentent de regarder les images quand quelque hasard vient à poser un livre ou magazine entre leurs mains, chez un dentiste par exemple. Un sourire se dessine  peut être sur vos lèvres, mais c’est surtout de la désolation que cette conjoncture appelle. Soyons désolés du fait que nous sommes près de fermer la marche en terme d’analphabétisme parmi nos pairs des pays « en voie de développement ». Soyons désolés qu’au sortir de 55 années d’indépendance, beaucoup de nos concitoyens continuent à voter par le seul biais des couleurs qu’on leur pré-indique, absolument ignares des principes ou des idéaux des partis entre les crocs desquels ils jettent leur sort.

‘‘Sur- pragmatisation’’ du savoir

On est au lycée, examen d’histoire-géo. Personne, non mais personne hormis les deux cracks de la classe,  ne connait son cours. Tout le monde se tortille à gauche et à droite pour éviter de se faire attraper pour fraude.  Au mieux, on a veillé la nuit d’avant pour apprendre par cœur la perestroïka russe ou l’économie du Tchad.  Deux ans plus tard, que sait-on de la Russie ? Qu’il y fait froid , du Tchad, vaguement qu’on joue contre eux parfois en Coupe d’Afrique. Dans nos écoles, ne vaut d’être étudié que ce qui fait manger du pain, ce qui te pseudo-garantit un poste plus tard, comme si les offres d’emplois pullulaient. Nous consommons du savoir jetable, dispensé seulement parce que l’éthique veut qu’un état ait des écoles, un système scolaire. Ils font semblant de nous enseigner, nous faisons semblant d’étudier, et chacun y trouve son compte, ou pas. Songez à cette colossale quantité de leçons qu’on vous a inculquée et dont aucune parcelle, aussi infime soit-elle, ne se saurait trouver dans votre cerveau aujourd’hui.  Des  idéaux comme le savoir pour l’amour du savoir, la vocation relèvent du rêve, d’une utopie presque criminelle.

Crédit: David Lohr Bueso


Les séries,Facebook, l’emprise du virtuel

Depuis que Mark Zuckerberg a jeté son dévolu sur internet, et que les vendeurs de DVD distribuent des séries à la saison, nous ne lisons plus. Plongés, presque en osmose, dans un univers de substitution ou le mensonge, l’illusion mènent la barque, nous muons en des no-lifes qui n’ouvrent leur bouquin que quand la batterie du pc fait défaut lors d’un voyage en train. Mais là, c’est le mal du siècle, et nous ne faisons que ne pas faire l’exception, mais ça c’est pas nouveau.

Le regard porté par la société sur les ‘‘ intellos’’

Dans notre société, l’intellectuel est stigmatisé, ‘‘phénoménalisé’’.  Ouvrez votre roman  dans un bus, un café, et des regards inquisiteurs vous toiseront, comme si vous étiez venu d’une autre planète. Des ricanements voire des commentaires se feront peut être entendre. Dites que vous êtes allé au cinéma et un sourire soi-disant complice se dessinera sur les lèvres de votre interlocuteur, qui ne manquera pas de vous demander : Qui y as-tu emmené ? Moult salles de cinéma ressemblent désormais à des maisons closes, et quand on en ressort, on se rappelle au mieux, du titre du film qu’on est censés avoir vu. Et ici,on ne parle que des premiers niveaux , on est encore au vestibule de la culture. Parleriez vous de théâtre, d’art contemporain ou d’opéra, on vous immolerait sur l’autel de la prétention, par le feu des homophobes. Cette attitude frôlant l’hostilité envers la pratique de la culture est loin de donner aux adeptes de cette culture, le punch nécessaire pour aller de l’avant et créer, donner l’exemple, instruire et initier.

Crédit: Lamiae Skalli

Complot

On a tous entendu, un jour ou l’autre, l’une de ces théories de complot, ces thèses conspirationnistes selon lesquelles l’état est le seul  à incriminer pour cet état des choses, qu’il œuvre sciemment pour que le peuple demeure abêti, ignorant et donc ne présentant pas de menace réelle. Ce serait leur accorder trop de crédit que de les croire capables d’autant de jugeote. Certes , on opte plus pour le pompeux, le festif,  plus que pour le constructif, le culturellement productif, dans une campagne de tape-à l’œil on ne peut plus mesquine, mais comme on dit : faute de grives, on mange des merles. Attendre que l’état fasse tout, c’est avoir une idée faussée de la citoyenneté  (J.F.K). Nous devrions tous nous mettre à la tâche, militer comme le font ces mouvements naissants, à l’image de La Chaise Rouge dont l’effort est à saluer grandement, pour pallier à cette atroce insuffisance culturelle qui, parmi les peuples du monde, nous fait porter le chef des ignorants de service.

Presse, le désastre

Il  fut un temps ou je décidais de donner à la presse  nationale une chance de me séduire. J’en sortais toujours déçu, bredouille.  Un journal marocain, pour la plupart, ne se saurait feuilleter en plus de 10 à 15 min, si les délits de meurtre et d’inceste ne vous intéressent pas particulièrement. Je n’aurais pas l’ingratitude, la prétention de généraliser ce constat bien sûr, mais des efforts colossaux, de choix de l’information et d’analyse, sont à faire à mon humble avis. le journal, c’est la masse populaire, de la plèbe au millionnaire. C’est le pouvoir inouï de façonner les consciences au modèle adéquat pour les rendre a même de mener la nation vers l’essor. Utilisé a bon escient, il pourrait changer la face du Maroc, puisque c’est le seul moyen culturel sur lequel la précarité sociale n’a pas de prise. Mais dans nos contrées, la presse, parfois la culture en tout, est équivalente aux mots croisés d’Abou Salma, Charif El Idrissi et compagnie, et encore là, c’est l’habitude non la connaissance qui vient à la rescousse de milliers de marocains dont l’oisive existence orbite autour du café quotidien, vautrés dans des chaises bon marché.

Je sais que l’on devrait toujours positiver, donner à espérer pour clore. Je m’en abstiendrai, l’heure n’est pas aux espoirs inaniques, et l’occasion est trop solennelle  pour que je fasse dans le conventionnel : Le marocain est toujours inculte, culturellement vide, admettons le, et tant que ce sera le cas, rien de bon n’en pourra sortir.