Le cinéma marocain en 2011

  • Cinéma 
  • dimanche 8 janvier 2012 à 19:48 GMT

2011 aura été une année importante pour le cinéma marocain, d’une part du fait du volume des productions, ainsi que, d’autre part, du fait de la surprise créée par certaines d’entre elles. Néanmoins, ce cinéma en plein essor connait toujours certains déboires qui ne cessent de freiner son développement. Penchons nous sur cette année 2011.

Dans ce contexte, la 12ème édition du Festival National du Film fait office de mise en bouche présentant les plus belles promesses du royal cinéma. Parmi ces belles promesses il y avait Un Film de Mohammed Achaour, The End de Hicham Lasri ou encore le court métrage d’Adil Fadili : Courte Vie.  En effet, ces films, sont tous extrêmement étonnants et novateurs.

Pour ce qui est des longs-métrages, le plus représentatif est sans aucun doute le premier pas d’Hicham Lasri. Fable métallique racontant la fin du Maroc de Hassan II et véritable claque visuelle, le jeune réalisateur présente probablement le film marocain de l’année, pour ne pas dire de ces dernières années. Sortant totalement des clichés scénaristiques et techniques habituels, ce dernier frappe fort pour un premier long métrage. Le tout ayant pour fil conducteur l’amour impossible et quasi muet entre deux jeunes marocains, Rita et Mikhy.

Courte Vie, d’Adil Fadili, quant à lui, véritable manifeste de la relation père/fils, relate les métamorphoses qu’a connues le Maroc ces dernières décennies et qui ont constitué son visage d’aujourd’hui. La diversité des thèmes abordés est étonnante, de plus le court métrage bénéficie d’une réalisation fine, mesurée et intelligente. Nous ne pouvons que saluer le génie de son géniteur, qui fait, à travers Courte Vie, une belle promesse au cinéma marocain…

Parmi les autres longs métrages présentés au Festival de Tanger : Un Film raconte les sévices artistiques d’un réalisateur en manque d’inspiration. Ici, Mohammed Achaour, réalisateur et scénariste reprend les thèmes classiques liés au topos : une muse ainsi qu’un meilleur ami et confident. Mais là encore le réalisateur trahit toutes attentes en nous présentant une approche totalement revisitée, notamment avec une muse jouée par Fatym Layachi mêlant la volupté que lui confère sa beauté et l’humour de l’actrice. Les sujets abordés vous paraissent peut être moins profonds que les deux œuvres précédemment abordées, mais n’en sont pas moins variés. De plus, Un Film bénéficie d’une réalisation propre à ces comédies légères, drôles et touchantes à la fois dont tout cinéma a besoin.

Donnez à ce film le droit d’exister ! -Fatym Layachi

Après seulement quelques jours de projection, un grand cinéma Casablancais dont on ne citera pas le nom, retira le film de l’affiche pour cause de rentrées insuffisantes…  Il est absolument inadmissible qu’au 21ème siècle, dans un pays aspirant au développement, que la censure soit encore pratiquée et masquée de manière aussi pathétique : une véritable insulte aux artistes ainsi qu’à l’intellect du spectateur. En effet, il faut savoir que le film est porteur de certaines scènes à caractère sexuel et plusieurs scènes dans un bar. Le comble est que cette censure est dénuée de toute cohérence. Pourquoi n’applique-t-on pas ces mêmes critères à l’ensemble des blockbusters juteux en provenance du pays de l’Oncle Sam ?

Continuons à étouffer le cinéma marocain !

Paradoxalement, Jnah Lahwa, véritable échec du réalisateur Abdelhai Laraki, semble avoir reçu un bien meilleur accueil. En effet,  le film souffre d’une véritable absence artistique : Abdelhai Laraki prive littéralement l’amour de ses ailes en insérant quelques scènes érotiques laides, creuses et dénuées de toute cohérence. Si ces dernières n’apportent rien au romantisme auquel aspirait le scénario, aidées de la sublime Ouidad Elma, elles attirent un spectateur en unique quête d’érotisme et permettent au navet d’Abdelhai Laraki de s’envoler vers les sommets du box office.

En somme, 2011 aura globalement été une très bonne année pour le cinéma et les cinéphiles marocains. Par ailleurs, 2012 se révèle d’ores et déjà prometteur, notamment avec Zero du talentueux Nourredine Lakhmari ou encore l’Amante du Rif de Narjiss Nejjar.